La commémoration du 8 mai 1945

08 mai 1982
02m 51s
Réf. 04002

Contexte historique

La commémoration de la victoire s’impose laborieusement à la fin de la Seconde Guerre mondiale et vient révéler la difficulté d’élaborer une mémoire spécifique à ce conflit. Contrairement au 11 novembre immédiatement reconnu par tous les Français et déclaré férié dès 1922, la mémoire de la Seconde Guerre mondiale a peiné à se trouver un événement commémorable et un calendrier.

Le 11 novembre a tout d’abord capté les souvenirs de 1939-45 lorsque de Gaulle organise ce jour-là de 1945, le transfert de 15 cercueils de combattants et victimes de la guerre de l’Arc de Triomphe au Mont-Valérien, haut-lieu du martyre résistant. La cérémonie associe les morts des deux guerres mondiales en un seul geste et ancre la guerre dans la France éternelle. Le choix du 11 novembre met alors en valeur le concept gaullien de "la guerre de trente ans". De Gaulle escamote ainsi le souvenir du second conflit afin de célébrer une France victorieuse et unie.

L’anniversaire de la capitulation allemande du 8 mai est bien célébré en 1946, institué fête nationale, sous la pression des milieux résistants ; mais il n’est fêté que le dimanche suivant puisque le jour n’est pas férié. Dès lors la commémoration est concurrencée par la fête de Jeanne d’Arc. Communistes et gaullistes finissent par imposer que le jour soit férié au Parlement en 1953 mais de Gaulle le supprime en 1959, sauf pour le 20e anniversaire en 1965. Si les résistants de gauche continuent à célébrer ce jour, sa suppression en 1975 par le président Valéry Giscard d’Estaing, provoque une levée de bouclier.

Présentée comme un geste de réconciliation avec l’Allemagne, par esprit européen, cette décision est fortement contestée. Les associations de résistants crient au contresens : le 11 novembre est par essence nationaliste et anti-allemand alors que le 8 mai peut revêtir une dimension européenne puisque dans le combat antinazi se reconnaissent des Allemands comme le chancelier Willy Brandt. Mitterrand promet son retour, effectivement réalisé en 1981. Il s’est fait le défenseur de la spécificité du 8 mai par rapport au 11 novembre et a révélé le clivage entre mémoire de droite et mémoire de gauche. La première tend à gommer la spécificité du conflit, la seconde préférant la souligner.

Bien que l’anniversaire de 1945 finisse par s’imposer, il n’a pas le succès populaire du 11 novembre. Il suscite moins de ferveur que les commémorations locales d’événements qui donnent lieu à des fêtes entre résistants, chaleureuses mais marginalisées. L’hétérogénéité de l’événement et la multiplicité des acteurs et des victimes rendent difficile l’unanimisme. Celui-ci apparaît comme artificiel, dans la mesure où les déchirements nationaux entre 1940 et 1944 restent présents dans la mémoire diffuse des Français. Derrière le souvenir de 1945, point celui de la défaite de 1940, bien plus cuisant. Or il est difficile de commémorer ce qui est tristement mémorable.

Vincent Casanova

Éclairage média

L’ensemble du reportage est construit comme si la télévision rendait elle-même hommage. Après un lancement (où l’on voit que le prompteur ne s’est pas encore imposé) qui rappelle le sens du 8 mai 1945 et la suppression par Giscard d’Estaing de la célébration de la victoire, la journaliste suit pas à pas la mise en scène réglée de la cérémonie. Les longs plans sans commentaires peuvent être une façon pour la télévision de participer à l’hommage aux résistants.

Dans la continuité des grands généraux victorieux de la Seconde Guerre mondiale, François Mitterrand semble inscrire ces pas et l'hommage rendu aux résistants "inconnus" vient incarner le lien direct que le nouveau président veut instaurer avec les Français, ici téléspectateurs. On perçoit donc ici l'usage très politique de l'image fait par Mitterrand ainsi que la volonté de la télévision de participer à une cérémonie fédératrice, ce média cherchant avant tout à créer du consensus. Façonnée par d'anciens résistants, la télévision semble dès lors célébrer un peu de sa victoire.

Vincent Casanova

Transcription

Philippe Alexandre
Françoise Kramer, le 8 mai 1945, c'est une date pas comme les autres ?
Françoise Kramer
C'était il y a 37 ans, le 8 mai 45, une victoire pour la France et ses alliés, bien sûr, avec la capitualtion de l'Allemagne nazie et trois grandes voix : De Gaulle, Churchill et Truman qui, enfin, pouvaient annoncer la paix à leur peuple. Journée du souvenir, donc, ce 8 mai, mais il n'était plus célébré officiellement depuis 75, car un an après son élection, Valéry Giscard d'Estaing avait décidé que pour l'avenir pacifique de l'Europe, qui avait été divisée par cette guerre, il valait mieux ne plus commémorer la victoire militaire de la France sur l'Allemagne. Bref, vous vous en souvenez surement. Cette décision avait vivement ému les anciens combattants. Et c'est donc la première année que le 8 mai retrouve son caractère férié et tout son lustre avec des cérémonies auxquelles assistaient, ce matin, monsieur François Mitterrand et pour Antenne 2, Patricia Charnelet.
Patricia Charnelet
Le 8 mai 1945, c'était donc un mardi. A 15 heures précises, l'Allemagne capitulait. Dans un message aux français, le général De Gaulle déclarait alors : " Pas une souffrance, pas une larme n'auront donc été perdues ". Le général De Lattre de Tassigny signera le lendemain, à Berlin, le traité de reddition de l'Allemagne. Cet anniversaire, aujourd'hui, commémore donc la victoire des armées alliées, la chute des nazis, mais surtout la victoire de la résistance qu'a voulu honorer spécialement, ce matin, le président de la république.
(Musique)
Patricia Charnelet
Après avoir passé les troupes en revue, François Miterrand saluera différentes personnalités. Mais il s'attardera surtout avec des anonymes, des anciens combattants, avant de décorer neuf Français.
François Mitterrand
Marcelle Kraemer-Bach, nous vous faisons commandeur de la Légion d'honneur.
Patricia Charnelet
Cette femme a perdu son fils unique tué en mai 1940. Une autre femme sera également décorée de la Légion d'honneur, madame Dudat Creuser, résistante, déportée à Ravensbrück. Cet après-midi, François Mitterrand se rendra à Orléans, pendant qu'à Paris, à 18 heures, des athlètes remonteront les Champs Elysées pour la cérémonie de la flamme et que ce soir, à 21 heures, un concert et un feu d'artifice, place de la Concorde, commémoreront également cette journée de la victoire.

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