Le Mémorial de la Shoah

25 janvier 2005
01m 58s
Réf. 04007

Notice

Résumé :

À l’occasion de l’ouverture du Mémorial, Jacques Chirac rappelle la responsabilité de l’État français dans le génocide et l’importance de ne jamais oublier.

Date de diffusion :
25 janvier 2005
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

Depuis 1995, Jacques Chirac s’est fait un devoir de reconnaître publiquement la responsabilité de l’État français dans le génocide juif. C’est l’aboutissement d’un long chemin qui a vu, depuis 1945, progressivement s’imposer une mémoire juive spécifique de la Seconde Guerre mondiale et du régime de Vichy.

Au lendemain de la Libération, celle-ci est quasiment inaudible. Non pas qu'elle ne soit pas formulée, mais elle n'est pas entendue. Les témoignages sur le souvenir des camps en 1945 dans une société qui cherchait avant tout à oublier les responsabilités de Français dans la déportation ne sont pas les bienvenus : on préfère alors le souffle épique des résistants. Par ailleurs, le regard porté par la société et les déportés "politiques" empêche de reconnaître l'expérience singulière de la Shoah. En outre, forcément isolés, les survivants ne s'organisent pas nécessairement pour faire vivre le souvenir. Il faut attendre les années 1970 dans un contexte international qui conteste l'existence d'Israël pour qu'une mémoire juive se structure. Celle-ci vient bouleverser les tentatives de réconciliation (ou d'oubli ?) de la République en posant la question de la responsabilité. Appelant à un devoir de mémoire, celle-ci contribue à la tenue des procès au travers notamment de l'association des fils et filles des déportés de France, fondée par Serge Klarsfeld.

C’est également l’un des combats essentiels de Simone Veil, qui fut arrêtée et déportée en 1944 à Auschwitz, présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, dont la dotation provient de la spoliation des Juifs de France. Elle contribue à la création du Mémorial de la Shoah dans le Marais, ancien quartier juif de Paris. Il s’agit tout à la fois d’un musée, d’un centre de documentation et d’un lieu de mémoire. Inscrit dans la continuité du Centre de documentation juive contemporaine et du Mémorial Juif du Martyr Inconnu, le Mémorial de la Shoah constitue une nouvelle étape de la transmission de la mémoire et de l'enseignement de la Shoah, qui étaient jusqu'alors essentiellement portés par les témoins directs de l'extermination des Juifs d'Europe. Première archive d’Europe sur la Shoah, le Mémorial est aussi un "musée de la vigilance" afin que cela ne se reproduise jamais. En concentrant ces différentes fonctions, le Mémorial s’inscrit résolument dans un souci de graver dans la pierre le souvenir de ce que fut la déportation massive et systématique des juifs de France par la France, de transformer la mémoire en histoire et de faire ainsi oeuvre pour l’avenir.

Vincent Casanova

Éclairage média

Face à un phénomène comme l’antisémitisme, la télévision prend nettement position, se faisant alors l’instrument d’un combat d’ordre moral. Elle veut contribuer à rappeler les grands principes de la République française qui doit être unie. Elle retrouve, le temps d’un instant, sa mission fondatrice et éducative. A la recherche toujours du consensus, ce qui est différent de l’objectivité, l’information télévisée relaie ainsi la parole du Président de la République. Il ne s’agit plus alors de l’homme politique Jacques Chirac mais bien de celui qui est sensé incarner et représenter la France. La dernière phrase du commentaire vient ainsi rappeler, dans une adresse au téléspectateur, le devoir de ne jamais oublier.

Pour faire passer son message, le reportage cherche à susciter l'émotion : un plan sur un ancien déporté, un effet de caméra sur les larmes de Simone Veil, autant de visages saisis, tout comme ceux des enfants, dans leur douleur et leur ressenti. Il s'agit bien alors de créer l'empathie.

Vincent Casanova

Transcription

David Pujadas
La commémoration de la Libération des camps, à deux jours de la cérémonie à Auschwitz, il se confirme que ces célébrations prennent, cette année, un relief particulier. A Paris, Jacques Chirac inaugurait aujourd'hui le mémorial de la Shoah. Et cette cérémonie a été poignante. Le président de la République a appelé à ne jamais oublier. Véronique Saint Olive, Francis Forger.
Véronique Saint Olive
En caractère noir, l'identité de 76000 juifs déportés de France entre 42 et 44 est désormais gravée dans la pierre de Jérusalem. Devant des rescapés, des familles de disparus, le président de la République a d'abord rappelé que des Français ont pris leur part dans l'horreur de la Shoah.
Jacques Chirac
La folie criminelle de l'occupant avait bien été secondée par des Français et par l'Etat français. La France se devait de reconnaître sa responsabilité.
Véronique Saint Olive
Pour Simone Veil, le passé et le présent se bousculent. Rescapée d'Auschwitz, elle veut témoigner. "Pardonner, dit-elle, ce n'est pas possible, mais il faut tout faire pour que cela ne se reproduise plus jamais."
Jacques Chirac
En ces minutes si particulières, je veux redire avec gravité que l'antisémitisme n'a pas sa place en France. L'antisémitisme n'est pas une opinion. C'est une perversion. Une perversion qui tue. C'est une haine qui plonge ses racines dans les profondeurs du mal et dont nulle résurgence ne peut être tolérée.
Véronique Saint Olive
Et il y a tous ces documents qui perdureront au-delà de la mémoire, comme ces fichiers établis par Vichy, ces visages d'enfants, de bébés. Onze mille furent déportés. Et aussi le récit des familles anéanties. Bernadette Chirac n'a pas caché son émotion. La douleur de la Shoah, c'est la douleur de tous les français.

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