Lacombe Lucien de Louis Malle

09 février 1974
01m 03s
Réf. 04008

Notice

Résumé :

Louis Malle revient sur les motivations qui l’ont incité à réaliser Lacombe Lucien.

Type de média :
Date de diffusion :
09 février 1974
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le cinéma des années soixante-dix remet en cause les mythes de la mémoire officielle et déborde les perceptions des mémoires résistantes. Cette mode qualifiée de rétro présente ainsi des sujets jusqu'alors occultés dans les discours. Entre 1974 et 1978, 45 films consacrés à la Seconde Guerre mondiale, soit plus que pendant la décennie qui a précédé, sont réalisés. Les films sont toutefois très divers dans leurs formes et dans leurs modes. Il y a d'un côté les "films-procureurs", comme Section spéciale de Costa-Gavras (1975), qui cherchent à mettre l'accent sur des aspects quasiment inconnus de la période. Tous sont tributaires d'une certaine auto-flagellation collective. À l'opposé, il y a les "films-opportunistes", des comédies lourdes où l'Occupation n'est là que pour prétexte. Au centre, quelques "films-esthètes" parmi lesquels Lacombe Lucien de Louis Malle (1974).

Sur un scénario de Patrick Modiano, le film choqua énormément par sa philosophie du "chien et du loup". Contre le manichéisme des temps antérieurs, Malle raconte le destin d'un jeune homme hésitant entre la collaboration et la résistance, se demandant, loin de toute motivation idéologique, laquelle satisfera sa soif d'action et de violence. Or, tandis que l'opinion redécouvrait au même moment l'existence d’un fascisme français d'essence idéologique et pouvait donc attendre une analyse, voire un réquisitoire, le film fait l'impasse sur cet aspect politique reléguant du même coup et de manière implicite l'engagement résistant à un niveau similaire.

En ce sens, Lacombe Lucien est un film plus provocateur que provocant, attitude dont Louis Malle est coutumier. Son film précédent, Le Souffle au coeur en 1971, abordait sans détours le problème de l'inceste. Il fera toutefois, avec Au revoir les enfants (1987), son film le plus personnel et du même coup le plus consensuel, narrant l'histoire d’une amitié tragique entre un enfant de la bourgeoisie et un enfant juif qui finira déporté. Quoiqu'il en soit avec Lacombe Lucien, au même titre que Le Chagrin et la pitié, mais de façon plus subtile, Louis Malle a contribué à modifier durablement la vision simpliste de cette époque.

Vincent Casanova

Éclairage média

Louis Malle révèle ici toute sa maîtrise des rouages médiatiques. Atténuant la portée provocatrice de son film, il développe un discours extrêmement posé, calme, construit, argumenté. Assis entre les interprètes, il fait la promotion de son film. Le dispositif choisi met en scène cette dimension commerciale, les deux - et non une seule - affiches du film permettant au téléspectateur d'identifier immédiatement, s'il prend l'émission en cours, de savoir qui est invité et de quoi il est question.

Entrecoupé d'extraits, cet entretien traduit l'intérêt porté par la télévision à un sujet qui, avec l'interdiction de diffuser Le Chagrin et la pitié, divise. Mais l'attention avec laquelle la télévision contribua au cours des années 1970 à parler de tous ces films prenant l'Occupation comme toile de fond, l'inscrit au même titre que le cinéma comme responsable de la mode rétro. Elle contribua à réveiller les consciences, rompant de ce point de vue avec les années de silence incarnées par la télévision de De Gaulle.

Vincent Casanova

Transcription

Louis Malle
Je crois qu'il y a eu, dans les années qui ont suivi la guerre, il y a eu une... comme une histoire officielle... comme quoi les Français, unanimes, s'étaient dressé contre l'occupant. En fait, maintenant, on sait que ce n'est pas exactement ce qui s'est passé.
Journaliste
Peut-être à cause du maréchal Pétain qui a quand même, finalement, engagé très insidieusement les Français dans une position d'attente.
Louis Malle
Ce qui a fait qu'une grande majorité des Français, finalement, ne se sont pas vraiment engagés dans un... d'un côté ou de l'autre, pendant pratiquement toute la guerre.
Journaliste
C'est un engagement extrême, la Gestapo.
Louis Malle
C'est un engagement extrême et à la limite, absurde. Parce qu'il est évident que s'engager dans la Gestapo, au printemps 44, ça avait quelque chose d'absurde.
Journaliste
Ca relève de l'inconscience aussi, un petit peu.
Louis Malle
Ca relève de l'inconscience et puis c'est surtout les circonstances, et le fait aussi que c'est un personnage qui, indiscutablement, y trouvait des satisfactions.