Le Conseil Municipal de Paris fait distribuer du charbon aux femmes de soldats mobilisés [muet]

1916
49s
Réf. 04507

Notice

Résumé :

A Paris, le Conseil Municipal organise une distribution de charbon en faveur des femmes de mobilisés. Des femmes enveloppées dans des châles font la queue. La distribution se fait sous la surveillance d'un policier.

Type de média :
Date de diffusion :
1916
Source :

Contexte historique

L'enlisement du conflit à partir de l'année 1915 provoqua une rapide dégradation de la situation matérielle des populations civiles. Lors de l'entrée en guerre, les différents gouvernements des pays concernés, confiants dans leur stratégie d'offensive et croyant en une guerre courte, n'avaient adopté aucune mesure pour lutter contre d'éventuelles pénuries sur le plan agricole ou industriel.

Mais l'allongement du conflit posa rapidement le problème de l'approvisionnement des populations civiles. Sur le plan agricole, la mobilisation de millions de soldats privait l'agriculture d'une importante main-d'oeuvre et provoquait une chute inévitable de la production et l'apparition de pénuries alimentaires. Sur le plan industriel, la mobilisation de la grande majorité des entreprises au service de l'effort de guerre provoqua une pénurie importante au niveau des biens de consommation. Il est également à noter que 10 départements dont les rendements agricoles étaient particulièrement élevés se situaient dans la zone de combat.

En France, la pénurie la plus précoce et la plus prégnante pour les populations civiles fut toutefois celle du charbon : le pays souffrait en effet de la perte des principales régions productrices du Nord, occupées par les Allemands, tandis que l'essentiel des ressources disponibles était réservée pour l'armée ou l'industrie de guerre. A partir de l'année 1916, et notamment lors de l'hiver 1916-1917, particulièrement rude, la pénurie de charbon se fit sentir, notamment dans les grandes villes, obligeant les autorités à adopter des mesures de répartition et de rationnement.

Jusqu'en 1916, les importations de produits alimentaires avaient permis de compenser la baisse de la production agricole française, empêchant ainsi que la situation ne devienne trop grave. Aucune mesure de restrictions ne fut d'ailleurs adoptée au cours des deux premières années de la guerre. Mais la situation se dégrada considérablement au début de l'année 1917 du fait de la guerre sous-marine à outrance menée par les Allemands. Dans le gouvernement qu'il avait constitué en décembre 1916, Aristide Briand créa un ministère du Ravitaillement, confié au maire de Lyon Edouard Herriot. Pour les produits où la pénurie se fit le plus sentir, un système de rationnement fut mis en place afin de répartir au mieux l'ensemble des ressources disponibles entre toute la population : la "carte de sucre" fit ainsi son apparition en 1917 (la consommation de sucre fut réduite à 1 kg par mois et par personne) suivie de la carte de pain (200 grammes par jour et par personne). Progressivement, les restrictions s'étendent à de nouveaux produits (tabac, huile, essence, lait, gaz).

Ce n'est toutefois qu'à l'automne 1918 que le rationnement se généralisa avec l'adoption de la "carte d'alimentation". Les commerces de leur côté firent l'objet de réglementations nouvelles : les boucheries par exemple devaient fermer deux jours par semaine afin de contingenter la viande. Ces problèmes de ravitaillement furent bien sûr plus sensibles dans les grandes villes qu'à la campagne, où l'on se procurait plus facilement le bois pour se chauffer et les produits agricoles pour se nourrir. Avec le problème de la "vie chère", l'apparition des restrictions à la fin de l'année 1916 joua un rôle essentiel dans le développement des grèves et mouvements de contestations en 1917.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage datant de 1916 permet de montrer que l'une des premières pénuries importantes qui frappa la population française fut celle du charbon. Dans un premier temps, les réponses furent adoptées au niveau local, par les autorités municipales ou préfectorales (ici, c'est le Conseil Municipal de Paris qui effectue une distribution). Ce n'est qu'en 1917 et 1918 que fut adopté par l'Etat un système de rationnement généralisé à l'ensemble du territoire. L'habillement des femmes (châles) montre que l'on se trouve sans doute au coeur de l'hiver. Le reportage montre une nouvelle fois l'importance des femmes au cours du conflit : elles n'ont pas seulement remplacé les hommes au travail mais ont dû également faire face à des responsabilités nouvelles au sein de la famille et s'occuper de la gestion du quotidien. Les difficultés liées au ravitaillement et la nécessité de faire de nombreux déplacements et de longues queues pour tenter de s'approvisionner pouvaient occuper plusieurs heures dans la journée d'une femme.

On remarquera toutefois que malgré l'aggravation matérielle, les visages des femmes et des enfants restent relativement réjouis. Cela tient au fait que la situation n'était pas encore dramatique en 1916. Mais un parallèle avec des photos de femmes faisant la queue pour du ravitaillement lors de la Seconde Guerre mondiale (mines austères) montrera combien l'attitude était différente. En 1914-1918, la France n'est pas occupée et les restrictions ont globalement été acceptées dès lors qu'elles contenaient une promesse de victoire. Une intense propagande fut d'ailleurs menée pour expliquer que les sacrifices alimentaires n'étaient rien au regard des soldats qui donnaient leur vie pour la victoire. En 1940-1944 au contraire, la France était occupée et les restrictions ont été vécues par la population comme un moyen pour les Allemands d'affamer et d'affaiblir une France vaincue.

Les reportages de la Première Guerre mondiale ne sont pas datés avec précision. La date de 1916 indique que le document a été tourné pendant l'année en cours.

Fabrice Grenard

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