La mobilisation générale du 2 août 1914 en France et le départ des soldats pour le front [muet]

02 août 1914
01m 22s
Réf. 04522

Notice

Résumé :

Au lendemain de la déclaration de guerre, des ordres de mobilisation sont placardés sur tous les murs. Des troupes en partance pour le front défilent dans Paris et sont acclamées par la population. Les trains sont chargés en hommes et matériels.

Type de média :
Date de diffusion :
02 août 1914
Source :

Contexte historique

La crise balkanique déclenchée à la suite de l'assassinat le 28 juin à Sarajevo de l'archiduc héritier d'Autriche-Hongrie François Ferdinand et le jeu des alliances font que la France décrète le 1er août 1914 la mobilisation générale. Cette mobilisation se déroule dans les meilleures conditions : aucun plan de grève générale ne fut mis en application pour tenter de s'opposer à la guerre, aucune manifestation pacifiste, pourtant nombreuses au cours du mois de juillet, ne vint s'opposer à l'esprit "d'union sacrée" qui s'installe dans le pays. Surtout, les conseils de guerre n'ont retenu à peu près aucun cas réel de désertion et le nombre d'insoumis fut infime. Techniquement, la mobilisation fut également une réussite : l'organisation des transports placée sous la responsabilité des militaires mais réglée en fait par les cheminots eux-mêmes fut impeccable.

Si la mobilisation s'est donc déroulée dans les meilleures conditions, il ne faut toutefois pas en conclure trop facilement que les Français sont partis à la guerre avec "enthousiasme". Plusieurs images ou reportages tel que celui proposé ont, pour des raisons évidentes de propagande, tenté de véhiculer cette idée en montrant des manifestations de joie dans les grandes villes à l'annonce de la mobilisation, des soldats impatients, partant au front la fleur au fusil, des scènes de départ se faisant dans une totale allégresse. De telles scènes ont certes pu exister ponctuellement. Mais elles ne correspondent pas véritablement à l'état d'esprit de la majorité des Français lors de l'entrée en guerre.

S'appuyant sur la censure postale, l'historien Jean-Jacques Becker a notamment bien montré dans sa thèse que l'ordre de mobilisation du 1er août 1914 constitua plutôt une surprise générale : les Français avaient fini par se lasser des nombreuses tensions internationales et ne plus véritablement croire à la réalité d'une guerre. L'opinion française était tout aussi massivement pacifique que patriote et le nationalisme virulent ne concernait en fait qu'une minorité. Dans ces conditions, le départ des mobilisés ne se fit qu'assez rarement dans l'enthousiasme mais à peu près toujours avec acceptation et résolution. L'école républicaine n'avait cessé d'enraciner auprès des nouvelles générations que chaque citoyen avait des devoirs militaires.

Surtout, l'Allemagne fut présentée comme l'agresseur (idée confortée par l'invasion allemande), ce qui renforça la volonté des soldats de défendre le pays. Les soldats avaient donc le sentiment d'accomplir leur devoir. Ils étaient également persuadés que la guerre serait courte, ce qui bien sûr renforçait leur résolution, surtout dans les campagnes où les paysans (la majorité des appelés) étaient persuadés être de retour chez eux pour les moissons. Les départs et les transports de troupes furent l'occasion pour la population civile de venir donner aux mobilisés le témoignage de leur soutien, mais là encore, il ne faut pas exagérer l'aveuglement enthousiaste des foules. Une certaine inquiétude transparaît et le jeune lieutenant de Gaulle a par exemple noté avoir vu "des gens résolus qui retiennent leurs larmes".

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage offre plusieurs intérêts et permet d'illustrer plusieurs thèmes. Il constitue tout d'abord une illustration parfaite de cette image d'Epinal selon laquelle les soldats français seraient partis au combat avec enthousiasme, la fleur au fusil et dans un grand élan de manifestation patriotique. Les images montrent ainsi un régiment de zouaves ayant fixé des petits drapeaux à leurs fusils et communiant leur joie de partir au front avec une foule nombreuse venue les acclamer. Le passage final montrant le départ d'un train gare de l'Est (sourires, mains levées...) tient davantage d'un départ en vacances que d'un départ à la guerre.

Un autre intérêt de ce reportage sur la mobilisation concerne les précieux renseignements qu'il donne sur l'armement et la tenue des soldats français lors de l'entrée en guerre. Les soldats partent en effet dans une tenue qui est quasiment la même qu'en 1870. Les fantassins portent un long pardessus bleu à rabats et un pantalon garance fourré dans des bottes montant jusqu'aux mollets. Les zouaves portent une large culotte rouge et un gilet turc. Ces uniformes extrêmement voyants allaient rapidement devenir de lourds handicaps sur les champs de batailles, constituant des cibles beaucoup trop faciles pour les tireurs ennemis. Les fantassins français doivent également supporter le poids énorme de leur équipement : fusil de cinq kilos, baïonnette, étuis à munitions, gourdes, gros sac contenant des chaussettes et une chemise de rechange, musettes remplies de vivres de réserve.

Le chargement des trains apparaît quant à lui révélateur des armements (artillerie légère) et surtout de la place essentielle occupée en 1914 par les chevaux au sein de l'armée française. Les estimations de l'Etat-major faisaient état de la nécessité de pouvoir compter au total sur un cheval pour trois hommes. Cette place du cheval, que ce soit pour les unités de cavalerie ou le transport, diminuera considérablement tout au long du conflit.

Fabrice Grenard