La bataille de la Marne (6-9 septembre 1914) permet aux français de stopper l'invasion allemande [muet]

06 septembre 1914
01m 11s
Réf. 04524

Notice

Résumé :

La progression allemande est fulgurante. L'armée française doit se réorganiser pour stopper l'avancée allemande au nord de Paris. Des taxis permettent de transporter des troupes. Alors que la situation est critique, Foch décide de passer à l'attaque.

Type de média :
Date de diffusion :
06 septembre 1914
Source :
Personnalité(s) :

Contexte historique

L'entrée en guerre marqua la mise en application en août 1914 des plans stratégiques qui avaient été préparés par les Etats-majors français et allemand avant le conflit. Conformément au plan XVII, le généralissime français, Joffre, déclenchait ainsi une offensive en Lorraine le 19 août, avec pour objectif la libération de l'Alsace et une progression au coeur de l'Allemagne. Mais après les batailles de Sarrebourg et Morhange, les quatre armées françaises engagées sur ce front de l'Est durent battre en retraite. Dans le même temps, le plan allemand Schlieffen (invasion de la Belgique afin d'attaquer la France par le Nord pour ensuite progresser vers Paris et procéder à l'encerclement de l'armée française) se développait méthodiquement et avec succès : partie de la région d'Aix-la-Chapelle, l'armée allemande pénètre en Belgique et s'empare de Liège le 17 août puis de Bruxelles le 20 août. Mons et Charleroi tombent les 22 et 24 août. Les Allemands remportent ensuite la "bataille des Frontières", obligeant les armées franco-britannique à battre en retraite sur l'ensemble du front. Le 2 septembre, les armées allemandes sont à Senlis, à une cinquantaine de kilomètres de Paris. Un vent de panique s'empare des Français : le gouvernement quitte la capitale pour Bordeaux, imité par 500 000 Parisiens.

Comment expliquer ces succès de l'armée allemande au cours du mois d'août 1914 ? Plusieurs raisons doivent être avancées : l'engagement des armées de réserve allemandes dès les premiers combats (ce que l'Etat-major français n'avait pas pensé possible) conféra tout d'abord aux Allemands une supériorité numérique, qui fut déterminante pour à la fois repousser l'offensive française en Alsace tout en engageant une offensive en Belgique et dans le Nord de la France. Surtout, les victoires allemandes s'expliquent pour des raisons tactiques et stratégiques : une utilisation plus importante de l'artillerie avant de lancer des offensives d'infanterie. L'armement allemand s'est également révélé plus puissant (artillerie notamment mais aussi fusil mitrailleur) que l'armement français. Si l'armée française dut rapidement battre en retraite, cette retraite ne fut toutefois pas une déroute et l'Etat-major ne céda jamais à la panique. Le repli sur le front de l'Est fut même finalement plutôt bénéfique car il permit de rassembler des forces plus importantes au nord de Paris, de consolider les positions françaises sur une ligne s'étendant de la capitale jusqu'à Nancy et offrit à Joffre la possibilité de préparer sa riposte.

Alors que le Kaiser faisait déjà frapper des médailles exaltant l'entrée des troupes dans Paris, Joffre préparait une grande contre-offensive. Des avions de reconnaissance révélèrent que le général allemand Von Kluck, commandant de la Ière armée allemande, sans doute trop confiant, ne marchait plus sur Paris mais franchissait l'Oise afin de contourner la capitale par l'Est pour envelopper les troupes françaises. La plupart des historiens s'accordent à penser que Von Kluck désirait détruire les forces françaises qu'il croyait en déroute avant de s'engager dans Paris. En dégarnissant l'aile droite du front allemand, cette avancée de Von Kluck offrait une opportunité à l'armée française pour lancer la contre-offensive au nord-est de Paris. Celle-ci débuta le 6 septembre 1914. L'ordre du jour diffusé aux soldats précisait : "au moment où s'engage une bataille dont dépend le sort du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n'est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l'ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra coûte que coûte garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que reculer".

La bataille de la Marne dura jusqu'au 9 septembre sur un front s'étendant de Verdun jusqu'à Provins. De violents combats eurent notamment lieu dans les marais de Saint-Gond entre la 9ème armée française du général Foch et la IIIème armée allemande de Von Hausen, ainsi que le long de l'Ourcq. Profitant de l'avancée de Von Kluck vers le sud-est, les troupes franco-britanniques dirigées par les généraux Maunoury, Franchet d'Esperey et French parvinrent à créer une brèche de plusieurs dizaines de kilomètres au sein des lignes allemandes. A l'initiative du général Gallieni, commandant de la place de Paris, 700 taxis parisiens furent réquisitionnés afin de pouvoir amener le plus vite possible plus de 4000 soldats pour tenir les positions et conforter cette brèche. Devant le risque de scission de son armée en deux parties, Von Moltke donna l'ordre de repli le 10 septembre.

La victoire française ne fut toutefois pas totale. Si l'offensive allemande avait été stoppée et repoussée et si la bataille de la Marne marqua un véritable sursaut pour l'armée française, les Allemands parviennent à s'établir et s'accrocher sur la ligne de l'Aisne. Si elle ne fut pas une victoire totale, la bataille de la Marne provoqua un énorme retentissement parmi des Alliés et remonta fortement le moral des soldats franco-britanniques. Elle marqua l'échec définitif des plans initiaux puisqu'après la faillite du plan XVII, le plan Schlieffen fut à son tour pris en défaut. C'est ainsi toute la guerre qu'il fallut repenser d'un côté comme de l'autre : une guerre qui sera longue et se caractérisera par une guerre de position. A la période des grandes offensives succèdera donc celle de la "guerre de tranchées".

Fabrice Grenard

Éclairage média

Le reportage commence par la représentation de cavaliers allemands traversant une ville conquise, sans doute dans le nord de la France. Si la cavalerie n'était pas la principale arme de l'armée allemande, la représentation de ces cavaliers uhlans en tenue d'apparats avec leurs hauts casques à pointe impressionne davantage et inspire sans doute plus de crainte que celle de simples fantassins. Le plan sur les taxis de la Marne est intéressant : si ces véhicules n'avancent que très lentement, ils offrent toutefois des possibilités de transport bien supérieures par rapport au tractage animal. La réquisition et l'utilisation des taxis témoignent également de l'urgence de la situation. Enfin, on remarquera que les populations rassemblées sur le bord de la route pour venir observer le transport des soldats sont particulièrement calmes et font preuve de beaucoup de retenue, contrastant ainsi fortement avec l'enthousiasme souligné par les images de la mobilisation. Il est vrai qu'en quelques semaines, la situation a profondément évolué et qu'aux espoirs en une victoire rapide de la France ont succédé craintes et inquiétudes devant l'avancée allemande.

Montré à plusieurs reprises, le général Foch fut bien le grand artisan de la victoire de la Marne : il sut réorganiser ses troupes après les premières défaites françaises, redonner confiance aux soldats et fit preuve de clairvoyance stratégique en attaquant au centre du dispositif allemand, là où les troupes ennemies étaient les moins nombreuses, afin de créer une brèche. Le petit écriteau manuscrit permet de bien illustrer l'état d'esprit de Foch : prendre l'initiative d'une contre-offensive alors que la situation était déjà particulièrement critique. Son état des lieux est en revanche un peu exagéré car si les Allemands avaient certes enfoncé le flanc droit de l'armée française, le centre n'était nullement en train de "flancher" comme indiqué mais apparaissait au contraire en pleine consolidation afin de constituer le fer de lance de la contre-offensive.

Les différentes scènes de batailles finales, même s'il s'agit de simples reconstitutions, permettent de montrer que la bataille de la Marne ne fut pas un simple combat d'infanterie et que l'artillerie y joua un rôle important. Le rôle de l'aviation annonce également une guerre motorisée.

Fabrice Grenard