Des ouvriers effectuent l'assemblage d'un canon dans une usine d'armement

1916
01m 31s
Réf. 04527

Notice

Résumé :

Dans l'atelier d'une usine d'armement, un groupe d'ouvriers se livre à l'assemblage des différentes pièces nécessaires à la fabrication d'un canon. Les pièces sont amenées et déposées sur l'affût à l'aide d'un pont roulant.

Type de média :
Date de diffusion :
1916
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Contexte historique

Lors de l'entrée en guerre au cours de l'été 1914, personne ne s'attendant à la possibilité d'une guerre longue, aucune mobilisation industrielle particulière n'avait été programmée en France. Les dirigeants français pensaient que le matériel stocké avant guerre, complété par la production de quelques arsenaux (Bourges, Tarbes, Le Creusot), devait suffire. Mais l'évolution vers une guerre de position à la durée incertaine à partir de 1915 entraîna la nécessité d'une mobilisation plus importante et mieux planifiée de l'industrie au service de l'effort de guerre. Les besoins croissants de l'armée se heurtaient en effet à plusieurs goulets d'étranglements que seule une prise en charge de l'activité économique par l'Etat pouvait permettre de réduire.

Le premier problème était celui de la main-d'oeuvre car la plupart des ouvriers avaient été mobilisés en 1914 et les usines manquaient considérablement de travailleurs. Les entreprises ont certes fait appel à de nouvelles catégories (femmes, étrangers et coloniaux) mais leur qualification était souvent insuffisante. Une loi adoptée le 26 juin 1915 à l'initiative du député Victor Dalbiez permit de renvoyer à l'arrière comme "affectés spéciaux" dans les usines d'armement environ 500 000 ouvriers mobilisés. Le second problème concernait le trop faible nombre d'usines spécialisées dans la production d'armement sur le territoire. Créé en mai 1915, le secrétariat d'Etat de l'Artillerie et des Munitions (qui deviendra un ministère à part entière en décembre 1916), dirigé par Albert Thomas, multiplia les commandes auprès d'entreprises ne produisant au départ pas forcement de l'armement afin qu'elles se reconvertissent en la matière. A travers le contrôle et la répartition des matières premières, l'attribution de contingents de main-d'oeuvre et l'ouverture de crédits aux producteurs qui lui semblent les mieux répondre aux besoins de la défense nationale, l'Etat va peu à peu faire en sorte que toutes les entreprises travaillent au service de la guerre, ce qui posera d'ailleurs d'importants problèmes pour l'approvisionnement des populations civiles. Le troisième problème concernait la nécessité d'augmenter toujours plus les cadences et de produire en série afin de satisfaire les besoins des militaires en armements et munitions. L'Etat encouragea donc l'utilisation de nouvelles méthodes de travail qui avaient fait leur apparition au début du siècle mais à l'égard desquelles les entrepreneurs français étaient restés quelque peu méfiants du fait des nombreux investissements nécessaires. Un arsenal modèle fut construit à Roanne, utilisant les techniques les plus récentes et les dernières machines américaines. Le taylorisme fut appliqué au cours de la Guerre dans l'ensemble des industries d'armement et de constructions mécaniques. Le taylorisme ne se limitait plus à quelques innovations timides, comme le chronométrage, mais correspondait désormais à une véritable application de l'ensemble des principes développés par l'ingénieur américain Taylor en matière d'organisation scientifique du travail (lieu unique de production, répartition rationnelle des tâches, ergonomie).

C'est également à l'occasion de la Première Guerre mondiale que, pour la première fois, des entrepreneurs appliquèrent le système de la chaîne de travail, conformément aux théories développées par Henry Ford. Le système de la chaîne, transporteur mécanique qui relie entre elle les différentes opérations, constituait le meilleur moyen d'élever la productivité du travail et de fabriquer des produits standardisés sur une grande échelle. C'est André Citroën qui adopta le premier ce système dans son usine de Javel où il se lança en 1915 dans la production d'obus. Au total, les efforts combinés de l'Etat et des industriels afin de moderniser les structures et d'accélérer la production ont indéniablement porté leurs fruits : la production quotidienne d'obus passa de moins de 10 000 à l'ouverture de la guerre à 300 000 en mai 1917, celle de fusils fut multipliée par près de 300 entre 1914 et 1918, celle de mitrailleuses par 170. Des secteurs comme la métallurgie (+ 53 % de juillet 1914 à juillet 1918) et la chimie (+ 16%) ont également réussi à gonfler considérablement leur capacité de production.

Cette mobilisation industrielle et la prise en charge de l'Economie par l'Etat se retrouve dans tous les pays concernés par le conflit : en Allemagne, dès 1914 fut institué un Office des matières premières ayant pour tâche la planification de l'économie de guerre. En Grande-Bretagne, le "Munition of War Act" de 1915 plaça l'industrie de guerre sous le contrôle de l'Etat. En Italie, un sous-secrétariat aux armes et aux munitions fut fondé en 1915 et confié au général Alfredo Dallolio.

Fabrice Grenard

Éclairage média

Ces images d'une usine de fabrication de canons permettent d'illustrer la nécessité de produire de manière standardisée au cours de la guerre (des milliers de canons doivent être fabriqués selon les mêmes caractéristiques). Le travail est organisé de manière rationnelle : les premiers plans montrent ainsi un atelier où les ouvriers sont spécialisés dans la fabrication du tube en acier tandis que les images suivantes montrent un atelier spécialisé dans l'assemblage des différentes pièces du canon. Si le rôle des ouvriers reste indispensable pour fixer les différentes pièces, le transport de ces pièces et leur installation sont facilités par des machines (grues).

Des reportages de ce genre, démontrant l'efficacité des industries et leur mobilisation au service de la guerre, furent tournés dans la plupart des pays en guerre : il s'agissait tout à la fois d'impressionner l'adversaire et de rassurer l'opinion sur la capacité des usines à fournir toujours plus de matériels aux armées, leur donnant ainsi les moyens de remporter la victoire.

Les reportages de la Première Guerre mondiale ne sont pas datés avec précision. La date de 1916 indique que le document a été tourné pendant l'année en cours.

Fabrice Grenard

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