Des enfants d'une école apprennent à se servir de masques à gaz

1918
22s
Réf. 04528

Notice

Résumé :

Dans une cour d'école, des enseignants apprennent aux enfants à se servir d'un masque à gaz pour pouvoir se protéger en vue d'une éventuelle attaque au gaz toxique.

Type de média :
Date de diffusion :
1918
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Lieux :

Contexte historique

L'utilisation de l'arme chimique consistant à attaquer l'adversaire à l'aide de gaz toxiques fut l'une des armes nouvelles la plus terrible de la guerre. Elle frappa également considérablement les esprits, même si son utilisation est au final restée assez limitée et ponctuelle. La première attaque au gaz fut menée par les Allemands le 22 avril 1915 dans le secteur d'Ypres. Alors que la guerre de position s'enlisait, l'Etat-major allemand décida de recourir à cette nouvelle arme en pensant qu'elle pourrait constituer un moyen tactique de reprendre la guerre de mouvement et de lancer de nouvelles offensives en s'emparant des lignes de défense ennemies.

150 tonnes de chlore contenues dans 5 830 cylindres amenés sur le front furent libérées dans l'atmosphère : un lourd nuage vert-jaunâtre flottant à un mètre au dessus du sol commença à dériver vers les lignes adverses. Munie de tampons respiratoires, l'infanterie allemande sortit alors de ses tranchées et commença à s'emparer des premières lignes alliées abandonnées par leurs défenseurs qui, ne possédant aucune protection, étaient impuissants et désemparés face au nuage délétère. Les Allemands réussirent ainsi à progresser de 7 ou 8 kilomètres avant que l'artillerie alliée ne réussisse à les stopper. Cette première attaque au gaz entraîna entre 800 et 1200 morts et plusieurs milliers d'intoxiqués plus ou moins graves.

Interdite par la Convention de la Haye (1899), cette utilisation de l'arme chimique par les Allemands suscita les critiques et les protestations les plus vives. Mais les Alliés décidèrent d'user de moyens similaires à titre de représailles : la Grande-Bretagne mena le 25 septembre 1915 près de Loos la première grande offensive chimique alliée. A partir de 1916, les deux camps se livrèrent à une véritable course-poursuite pour mettre au point des gaz de plus en plus toxiques tandis que pour améliorer la dispersion et la dissémination du gaz furent fabriqués des obus chimiques. Les mesures défensives ne cessaient également de se développer et d'être plus efficaces : les chimistes des deux camps travaillèrent sans relâche à la mise au point de protections respiratoires sans cesse plus performantes et capables de protéger les fantassins des effets des gaz toxiques, d'autant plus qu'un vent tournant ou contraire pouvait endommager ses propres troupes.

En juillet 1917, les chimistes allemands de la firme Bayer fabriquèrent un nouveau gaz particulièrement dangereux à base de sulfure d'éthyle dichloré. Surnommé "gaz moutarde" en raison de son odeur ou ypérite (du nom de la région d'Ypres), ce nouveau produit ne s'attaquait plus seulement aux poumons (mieux protégés grâce aux masques respiratoires) mais également à la peau et aux yeux. Utilisée pour la première fois dans la nuit du 12 au 13 juillet 1917, l'ypérite se révéla particulièrement efficace : durant les trois premières semaines d'utilisation, les Britanniques enregistrèrent 14 200 victimes et 489 décès. Au cours de la dernière année de la guerre, pendant laquelle l'ypérite fut le principal agent chimique utilisé par les forces allemandes, le pourcentage des victimes alliées des gaz ramené au nombre total des pertes passa de 7,2 % pour l'année 1917 à 15% pour l'année 1918.

Sur l'ensemble du conflit, l'ypérite fit huit fois plus de victimes que les autres gaz utilisés par les troupes allemandes. Pour survivre face aux attaques de ce nouveau gaz, les soldats ne devaient plus seulement porter des masques respiratoires mais également des gants, des guêtres ainsi que des lunettes de protection. S'ils n'ont jamais véritablement provoqué une décision militaire, les gaz ont rendu encore plus pénibles les conditions de vie des fantassins. De nombreux soldats gazés en subirent les séquelles jusqu'à la fin de leur vie.

Fabrice Grenard

Éclairage média

L'arme chimique fut sans doute celle qui provoqua le plus la panique au sein des soldats mais également des populations civiles qui vivaient dans l'angoisse d'une attaque chimique de grande ampleur. Les attaques aériennes, encore peu développées, étaient visibles et pouvaient permettre de s'abriter alors que les gaz toxiques étaient invisibles et même parfois sans odeur : ce n'est que plusieurs heures après avoir inhalé les gaz que les effets commençaient à se faire sentir (c'était le cas pour l'ypérite notamment). Les masques à gaz se généralisèrent ainsi au sein des armées mais aussi des populations civiles. Cet exercice pratiqué dans une école montre bien que l'arrière fut lui aussi concerné par la guerre et pouvait en ressentir les conséquences les plus brutales.

Les Allemands furent souvent présentés comme ceux qui avaient les premiers eu recours aux armes chimiques (alors que des engins suffocants avaient été mis au point par les Alliés dès 1914) et le gaz fut souvent considéré comme une "arme allemande" (alors que les deux camps l'utilisèrent à partir de 1915). Les reportages sur la guerre chimique permettaient aussi de rappeler que les Allemands étaient des barbares ne respectant pas les lois de la guerre et la convention de la Haye. Les attaques au gaz figurèrent ainsi dans la propagande alliée en bonne place dans la longue liste des "atrocités allemandes".

Les reportages de la Première Guerre mondiale ne sont pas datés avec précision. La date de 1918 indique que le document a été tourné pendant l'année en cours.

Fabrice Grenard

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