L'exposition "La France d'outre mer dans la guerre"

26 octobre 1945
02m 33s
Réf. 04540

Notice

Résumé :

Les ralliements successifs au général de Gaulle et le débarquement allié en Afrique du Nord ont permis à l'Empire de servir de base armée pour la libération de la France. L'exposition de 1945 rend hommage à ce concours et loue les vertus de la colonisation.

Type de média :
Date de diffusion :
26 octobre 1945

Contexte historique

Après la défaite de l'Armée française de juin 1940 et l'occupation du territoire métropolitain par l'Allemagne, l'Empire apparaît comme la base territoriale nécessaire à la poursuite de la guerre. Ainsi, dès l'appel du 18 juin 1940, c'est dans "les forces intactes de l'Empire" que le général de Gaulle déclare puiser sa confiance dans la possibilité pour la France de continuer la lutte. Néanmoins, les colonies constituent également un enjeu diplomatique essentiel pour le régime de Vichy qui s'empresse d'y imposer sa souveraineté. La forte implantation militaire dans ces territoires d'outre mer ainsi que l'anglophobie renforcée par la destruction de la flotte française à Mers-el-Kébir encouragent la fidélité à Vichy.

Dès lors, les premiers ralliements à la France Libre sont isolés. Dans le Pacifique, les Nouvelles Hébrides, le 20 juillet, sous l'impulsion de leur gouverneur Henri Sautot, puis Tahiti et la Nouvelle-Calédonie, en septembre, rejoignent les rangs du général de Gaulle. En Afrique, le rôle du gouverneur du Tchad, Félix Eboué est déterminant. Premier gouverneur noir d'une colonie française, il prend contact avec de Gaulle au début du mois de juillet et le Tchad rallie officiellement la France Libre le 26 août 1940. Le capitaine Philippe Leclerc de Hauteclocque et le capitaine de Boislambert obtiennent également le ralliement du Cameroun. Néanmoins, l'échec devant Dakar en septembre 1940 puis en Syrie en juin 1941 des Français Libres face aux troupes restées fidèles au régime de Vichy, soulignent les limites du prestige du général de Gaulle et rendent vain l'espoir d'un ralliement complet et rapide de l'Empire. L'amiral Muselier obtient le ralliement de Saint Pierre et Miquelon le 24 décembre 1941, tandis que la Guyane et les Antilles ne rejoignent la France Libre respectivement qu'en mars et avril 1943.

Le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 procure une véritable base territoriale pour la reconquête du territoire national. A Alger, en effet, le général de Gaulle et le général Giraud s'attèlent à la reconstruction d'une armée française unifiée, comprenant à la fois les anciens cadres de l'Armée d'Afrique restée fidèle à Vichy, les Français Libres, et les conscrits et engagés d'Afrique du Nord. Un effort conséquent est demandé aux populations coloniales: au 1er novembre 1944, l'Armée française compte 176 500 Européens et 233 000 "indigènes" suivant la dénomination de l'époque. Les armées françaises participent, aux côtés des Alliés, aux combats en Libye et en Tunisie, puis en Italie, en France et enfin en Allemagne.

Reconnaissant l'effort demandé aux populations coloniales et inquiet des menaces américaines d'internationalisation des colonies le Comité Français de Libération Nationale organise du 30 janvier au 8 février 1944 la conférence impériale de Brazzaville qui réunit essentiellement des responsables d'Afrique Noire et de Madagascar. Cette conférence préparée par Félix Eboué et Henri Laurentie, jette les bases d'un programme de recommandations d'ordre administratif, économique et social, visant à réprimer les abus les plus criants de l'exploitation coloniale ainsi qu'à assurer une plus grande représentation indigène. Elle nourrit donc de vastes espoirs dans la population coloniale et justifie a posteriori le mythe d'une décolonisation française programmée. Néanmoins, la véritable évolution du statut de l'Afrique noire débute seulement avec la loi-cadre de 1956.

Au cours de la Seconde guerre mondiale, les populations coloniales fournissent un concours majeur et indispensable à la libération de la France. Cependant, ces efforts ne sont pas récompensés en retour par l'octroi généralisé de la citoyenneté. Dès lors, alors qu'en métropole, comme en témoigne l'exposition "la France d'outre mer dans la guerre" organisée en 1945, l'Empire est considéré comme un instrument indispensable de la puissance économique et diplomatique française, au sein de l'Empire, les craquements de la cohésion de l'Empire se font de plus en plus nombreux sous la pression des mouvements nationalistes.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document diffusé par les actualités françaises le 26 octobre 1945 à l'occasion de l'inauguration de l'exposition "la France d'outre mer dans la guerre" organisée au Grand Palais, est composé de deux parties distinctes.

Dans un premier temps, il rend un hommage appuyé à l'effort de guerre fourni par les colonies au cours du Second conflit mondial. La multiplication de séquences présentant les navires de guerre français ou encore les chars Leclerc, tend à souligner le fait qu'à la fin de la guerre, la France avait retrouvé sa puissance militaire. Parallèlement, les gros plans sur les devises "honneur et patrie" et "valeurs et discipline", respectivement celle de la légion d'honneur et celle de la médaille militaire, inscrivent les combats menés par les Forces Françaises Libres du général de Gaulle, dont la croix de Lorraine est l'emblème, dans la grande tradition militaire française. En ce sens, ce document illustre la thèse prônée par le général de Gaulle au lendemain de la guerre. Ce dernier plaide en effet en faveur de la continuité de la souveraineté française dans la résistance intérieure et surtout extérieure, à Londres puis à Alger, tandis que Vichy ne constituerait qu'une parenthèse au sein de l'histoire de France. Enfin, les images de défilés de tirailleurs sénégalais et marocains symbolisent la participation de ceux qui sont alors qualifiés d' "indigènes" aux combats de la Seconde Guerre mondiale.

Par ailleurs, ce document présente les ralliements successifs des colonies au général de Gaulle, après l'appel du 18 juin comme un phénomène continu et s'étant imposé d'emblée comme une évidence. Un planisphère animé renforce cette impression. Or, les territoires de l'Empire furent bien souvent le lieu d'affrontements politiques, voire militaires, entre partisans de la fidélité au Maréchal Pétain et ceux de la poursuite de la lutte aux côtés du général de Gaulle. Les épisodes douloureux de Dakar et de la Syrie sont d'ailleurs soigneusement tus. En effet, ce document exalte l'union tous les Français de France et des colonies et l'existence d'une communauté française.

Dans un second temps, cet extrait des Actualités françaises fait l'éloge des liens d'intérêt mutuel qui unissent la France et ses colonies. Alors que la défaite de 1940 constitue une profonde blessure d'amour propre, au lendemain de la libération du territoire, l'Empire apparaît à bien des égards comme un atout économique essentiel à la reconstruction française et un instrument de prestige national. Ainsi, dans une perspective impérialiste classique, ce sont les territoires d'outre mer qui confèrent à la France son rang et sa puissance. Surtout, ce document constitue une expression archétypique de l'impérialisme républicain français, tel qu'il a été développé notamment par Jules Ferry à la fin du XIXe siècle. La colonisation est tout d'abord justifiée par un argument humanitaire. La France, "en créant des écoles, éveille des esprits et des âmes", et "sauve des vies", déclare le commentaire. En ce sens, ce document présente l'action colonisatrice comme la conséquence du devoir de civilisation imposé à la France, nation éclairée, depuis la Révolution française. De manière plus pragmatique enfin, cet extrait des actualités filmées met en valeur le rôle économique de la colonisation. L'Empire doit à la fois permettre à l'industrie française de trouver des débouchés, et lui assurer le contrôle de certaines sources de matières premières comme le café, le coton ou le caoutchouc.

Ainsi, si ce document rend hommage au sang versé par les soldats coloniaux pour la libération de la France, il s'attache surtout à louer les vertus de la colonisation.

Julie Le Gac

Transcription

Présentateur
L'exposition du Grand Palais rappelle et exalte le rôle capital joué pendant cinq ans par la France d' Outre mer dans la guerre et dans la victoire. Monsieur Giacobbi, ministre des colonies, en ouvre les portes aux côtés de l'Amiral Lemonnier. Le 18 juin 1940, c'était à l'Empire tout entier que le Général de Gaulle lançait son appel. Et l'Empire répondait. La France Libre voyait se rallier à elle, les uns après les autres, tous ceux de ses fils qui refusaient la défaite, continuaient la guerre et préparaient la victoire. Le premier exemple était donné au Tchad par le Gouverneur Général Eboué. Puis le Général Leclercq arrivait à Douala et alors sur toute la France africaine se levait l'armée qui deviendrait l'armée du Gabon, celle de la Syrie, des Somalies, du Tchad, du Fezzan, celle de Bir-Hakeim, d'Italie, l'armée enfin de la libération. Dans le combat et dans l'espérance, l'Empire était devenu autre chose et plus qu'un empire, la Communauté française était née. Dans cette Communauté française la métropole a des devoirs. C'est elle qui, en créant des écoles, éveille des esprits et des âmes. C'est elle qui sauve des vies et apporte la santé dans la terre des épidémies. Les travaux des savants représentent partout la France, autant que les travaux des ingénieurs. A travers la France des cinq continents, la civilisation industrielle multipliera demain l'espoir d'un monde qui regorge de richesse. Et la France d'Outre mer elle aussi travaille pour nous. Grâce à elle, la France cultive la canne à sucre. Demain elle pourra produire son propre caoutchouc. Ses forêts sont inépuisables. Au-delà des océans la France cueille son propre coton. Elle récolte son propre café. Elle cultive le riz de ses enfants. Telle est la France d'Outre mer dont les hommes se sont levés pour notre délivrance.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque