Voyage de Pierre Mauroy en Guyane et aux Antilles avant les premières élections régionales

06 février 1983
02m 40s
Réf. 04546

Notice

Résumé :

Le Premier ministre Pierre Mauroy se rend à Saint-Georges-de-l'Oyapock, en Guyane, puis à Fort-de-France, en Martinique. A Fort-de-France, précédé par Emile Maurice et Emile Césaire, il prononce un discours sur la décentralisation.

Type de média :
Date de diffusion :
06 février 1983

Contexte historique

Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, quatre anciennes colonies, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion deviennent des départements français par la loi du 19 mars 1946. Cette départementalisation marque pour ces territoires devenus des départements d'outre-mer (DOM) le terme d'un long processus politique. Dans le même temps, la majorité des autres colonies reçoivent alors le statut de Territoires d'outre-mer (TOM). A la suite de l'indépendance de la plupart des colonies françaises en 1959-1960, seuls la Polynésie française, la Nouvelle-Calédonie, les Comores, la côte française des Somalis et Saint-Pierre-et-Miquelon conservent ce statut de TOM, appliqué également aux terres Australes et Antarctiques ainsi qu'à Wallis-et-Futuna. De leur côté, si les quatre DOM disposent du même statut que les départements métropolitains, l'article 73 de la Constitution de la Ve République prévoit la possibilité d'adapter les textes législatifs et leur organisation administrative en raison de leur situation particulière.

A partir de 1982, ils bénéficient comme toutes les autres régions françaises de la mise en place de la décentralisation réalisée sous l'égide de Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur du gouvernement de Pierre Mauroy. La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion deviennent de fait dès 1983 des régions d'outre-mer (ROM), qui ont pour spécificité d'être monodépartementales, c'est-à-dire constituées d'un seul département, à la différence des régions métropolitaines. La loi du 31 décembre 1982, préparée par le secrétaire d'Etat chargé des DOM-TOM Henri Emmanuelli, prévoit ainsi que deux assemblées, le conseil régional nouvellement institué pour la ROM et le conseil général pour le DOM, gèrent le même territoire, avec un seul préfet. Le conseil régional dispose notamment d'un pouvoir spécial de proposition au Premier ministre concernant des dispositions législatives ou réglementaires. C'est dans le but de présenter cette réforme, que peu avant la tenue des premières élections régionales, le Premier ministre Pierre Mauroy se rend aux Antilles et en Guyane du 3 au 6 février 1983.

Le 20 février 1983 ont lieu ces premières élections aux conseils régionaux de Guadeloupe, de Martinique, de Guyane et de la Réunion. La gauche est majoritaire en voix dans les quatre DOM. Toutefois, la majorité présidentielle ne dispose de la majorité en sièges qu'à l'Assemblée de la Martinique. A la Guadeloupe, c'est la droite qui obtient la majorité des sièges, tandis qu'en Guyane et à la Réunion des élus indépendantistes et centristes jouent les arbitres. Vingt ans plus tard, la réforme constitutionnelle du 28 mars 2003 transforme les DOM en Départements et régions d'outre-mer et les TOM en Collectivités d'outre-mer.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet consacré au voyage du Premier ministre Pierre Mauroy aux Antilles et en Guyane a été diffusé le 6 février 1983, à la fin de son séjour de quatre jours, et un peu plus d'un mois après la naissance de Réseau France Outre-Mer (RFO). Les radios et télévisions de l'outre-mer qui faisaient partie de FR3 et étaient regroupées sous le nom de FR3 DOM TOM depuis 1974 forment en effet désormais une entité à part. Le sujet proposé ici est donc celui d'une jeune chaîne de télévision, qui vient à peine de quitter le giron de FR3. Il s'agit du reste d'un montage entre deux reportages réalisés par deux antennes régionales de RFO : la première partie de la visite de Pierre Mauroy, en Guyane, a été couverte par RFO Guyane, tandis que la seconde, à Fort-de-France, a été filmée par RFO Martinique. Le commentateur n'est ainsi pas le même dans les deux parties. En revanche, les deux équipes régionales de RFO ont adopté le même traitement institutionnel du déplacement du Premier ministre.

Les deux journalistes vont jusqu'à utiliser les mêmes termes, évoquant tous les deux "l'accueil chaleureux" réservé par la population à Pierre Mauroy. De même, les deux parties présentent des images du rituel d'une visite officielle, notamment celles d'une cérémonie devant un monument aux morts et d'un discours du visiteur. Les deux parties se distinguent toutefois quelque peu l'une de l'autre. RFO Guyane a choisi de mettre davantage l'accent sur la spécificité locale guyanaise : les danses et chants traditionnels à l'accueil de Pierre Mauroy, ainsi que le fleuve Oyapock qui marque la frontière entre la Guyane française et le Brésil. RFO Martinique a quant à elle davantage centré sa relation de la visite de Pierre Mauroy sur la politique et plus particulièrement sur la décentralisation, évoquée tour à tour par Emile Maurice, Aimé Césaire et Pierre Mauroy lui-même dans des discours.

Christophe Gracieux

Transcription

Journaliste
Accueil chaleureux et traditionnel sur les bords de l'Oyapock, mais les habitants de Saint Georges avaient aussi des questions très précises à poser à Pierre Mauroy, toutes tournant autour du même problème : l'enclavement des pays de l'Oyapock. En choisissant Saint Georges pour prononcer le premier discours de sa tournée dans cette partie du monde, le chef du gouvernement savait du reste qu'on l'interrogerait sur les relations avec le Brésil voisin qu'il a d'ailleurs pris le temps de regarder mais aussi et surtout sur l'avenir de la route de l'est.
Pierre Mauroy
Que la Guyane est un département français qu'elle le demeurera. Je suis venu vous dire que la Guyane doit connaître le même mouvement d'émancipation sociale et de progrès économique, le même changement que la métropole.
Journaliste 2
Poursuivant son voyage aux Antilles Pierre Mauroy est arrivé vendredi en Martinique où il a reçu un accueil chaleureux. Changement, développement, respect d'une identité antillaise dans le cadre de la République française ainsi que le permet le nouveau statut de la décentralisation ; tel est le message lancé avant-hier à Fort de France par le premier ministre. D'autres orateurs devaient revenir sur le thème de la décentralisation.
Emile Maurice
Pourquoi en un mot effectuer ici au nom de je ne sais quelle spécificité, une décentralisation à rebours, en réalité, une opération qui n'aurait rien avoir avec la véritable décentralisation.
Aimé Césaire
Les politiques, jusqu'ici suivies aux Antilles, faite tantôt de colonialisme, tantôt de paternalisme, ces politiques qui ont été suivies aux Antilles font que l'on peut dire avec la même assurance que la responsabilité est une idée neuve aux Antilles.
Pierre Mauroy
Vous êtes fiers d'être martiniquais et vous avez raison. Vous êtes fiers d'être antillais et vous avez raison. Et vous êtes fiers d'être français et vous avez raison. Nous, nous ne voulons pas confondre l'uniformité et unité. Le droit à la différence c'est une part essentielle de cette nouvelle citoyenneté que nous voulons avec vous faire naître.

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