La reconstruction de la Guadeloupe quatre mois après le passage du cyclone Hugo

07 février 1990
05m 55s
Réf. 04548

Notice

Résumé :

Quatre mois après le passage du cyclone Hugo en Guadeloupe, les sinistrés sont relogés et de nouvelles habitations sont construites. Les habitants comptent aussi sur l'essor du tourisme pour favoriser le redémarrage de l'économie guadeloupéenne.

Date de diffusion :
07 février 1990
Date d'événement :
16 septembre 1989
Source :
Antenne 2 (Collection: JA2 20H )

Contexte historique

Les îles tropicales françaises, et plus particulièrement les Antilles et la Réunion, sont exposées au risque cyclonique. Les cyclones provoquent fréquemment des dégâts considérables, en raison des vents violents et des pluies souvent diluviennes qui les accompagnent. Si les Antilles ont été frappées par une cinquantaine de cyclones de la fin du XIXe siècle au début du XXIe siècle, leur fréquence s'avère très irrégulière. Leur intensité, et par conséquent leur bilan humain et matériel, apparaît de même très variable.

Le cyclone Dean, qui frappa les Antilles le 17 août 2007, fit par exemple deux morts en Martinique et y dévasta les plantations de canne à sucre et de bananes. L'un des cyclones les plus violents subis par les îles tropicales françaises dans les dernières décennies a été Hugo qui a frappé la Guadeloupe les 16 et 17 septembre 1989. Des vents dépassant par endroits les 300 kilomètres par heure accompagnés de 300 millimètres de pluie ravagèrent alors la Grande-Terre. 7 personnes furent tuées et quelque 50 000 familles se retrouvèrent sans-abri. Le coût total des dégâts fut estimé à 8,5 milliards de francs.

L'agriculture guadeloupéenne fut plus particulièrement touchée: la récolte de bananes et les cultures vivrières étaient anéanties. Des sauveteurs et du matériel de secours furent immédiatement envoyés de métropole. Le 9 octobre 1989, le président de la République François Mitterrand se rendit sur place, en compagnie de son ministre des DOM-TOM Louis Le Pensec, afin de constater les dégâts et de proposer un ensemble de mesures pour reconstruire la Guadeloupe.

Le 18 octobre 1989, le Conseil des ministres adopta ainsi un plan d'aide, indemnisant les agriculteurs, les pêcheurs et les entreprises pour les dommages subis. Des moyens financiers furent également octroyés au préfet de la Guadeloupe afin d'héberger les sinistrés et de construire des logements sociaux. Les destructions provoquées par Hugo furent en effet l'occasion de moderniser les habitations, alors qu'au moment du passage du cyclone, un quart des logements de Guadeloupe étaient insalubres. Le gouvernement Rocard profita également du plan de reconstruction pour restructurer l'industrie sucrière guadeloupéenne.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Réalisé par une équipe de journalistes d'Antenne 2 qui se sont rendus en Guadeloupe, ce sujet a été diffusé dans le journal télévisé de 20 heures le 7 février 1990, soit quatre mois après le passage du cyclone Hugo. Il ne s'agit donc pas d'un reportage d'actualité immédiate mais d'un sujet d'analyse, qui bénéficie de recul pour examiner les conséquences du cyclone à moyen terme.

Ce reportage d'une durée assez longue, relativement inhabituelle pour un journal télévisé de 20 heures, traite ainsi de plusieurs aspects de la reconstruction de la Guadeloupe. S'il se découpe en trois volets thématiques distincts (destructions provoquées par le cyclone, construction de logements sociaux et tourisme), sa cohérence est avant tout formelle: les différents aspects de la reconstruction de la Guadeloupe sont illustrés de manière concrète.

Ce sujet ne porte ainsi pas sur la totalité des communes sinistrées, mais seulement sur celle du Moule. Il recourt de même à de nombreux témoignages - habitants, touristes, élus - de façon à multiplier et croiser les points de vue.

Christophe Gracieux

Transcription

Hervé Claude
Oui, nous parlions à l'instant, de la dernière tempête en France qui cette fois n'a pas fait de victime - heureusement - en métropole nous ne sommes pas habitués à ce genre de furie météorologique. En revanche, les Antilles connaissent mieux cela à cause des ouragans. Le dernier, il y a 4 mois, a été un véritable désastre pour la Guadeloupe et la reconstruction n'est pas aisée. En Guadeloupe, les palmiers repoussent plus vite que les maisons. Agnès Poirier et Claude Barnier, reportage au Moule.
Agnès Poirier
Janice n'était pas retournée chez elle depuis 4 mois, depuis la nuit où le cyclone Hugo a détruit sa maison de planche et de tôle. Elle a sauvé ce qu'elle a pu, quelques vêtements, quelques meubles et elle est partie avec ses 5 enfants.
Janice Baptiste
C'est dur. Il y a des fois que j'envoie les enfants sans manger à l'école. Ils ne se plaignent pas, c'est ça qui m'a fait, c'est ça qui m'encourage avec mes enfants, ils ne se plaignent pas.
Agnès Poirier
Depuis 4 mois, Janice habite sous une des tentes que le gouvernement a envoyées après le cyclone. Elle survit grâce aux allocations familiales. Ils sont une cinquantaine ici, des familles nombreuses, des personnes âgées sans ressources, sans terrain, sans rien. Ils attendent que la municipalité leur vienne en aide.
Janice Baptiste
Si je reste 6 mois encore ici je vais éclater. Je vais éclater, je vais éclater c'est vrai, je vais craquer.
Agnès Poirier
4 mois après HUGO, la commune du Moule est encore à reconstruire. A l'hôtel " les alizés " dévasté par le cyclone, on reloge des sans abris. Chacun se débrouille avec les colis de nourriture et l'indemnité de 1500 francs donnés par le gouvernement français. Heureusement la famille et les amis sont là. Lydia, avec ses 3 enfants, dort chez sa soeur depuis le cyclone. La journée, elle revient cuisinier chez elle dans sa maison livrée aux vents et à la pluie. Pour Janice, pour Lydia le temps presse. Mais à la mairie du Moule on veut profiter du passage du cyclone pour rénover l'habitat insalubre.
Louis-Gabrielle Carabin
Actuellement si l'on veut faire une bonne urbanisation, il faut empêcher ces gens de reconstruire et proposer des programmes d'ici, je pense d'ici un mois et demi, 2 mois, nous allons commencer à faire, un logement collectif.
Agnès Poirier
Ils attendent d'être convoqués à la mairie du Moule. S'ils ont aussi perdu leurs maisons, eux possèdent quelques kilomètres carrés de terrain. Aujourd'hui, opération spéciale, leur acte de propriété, le montant de leurs revenus, leur situation familiale, ont été examinés et un logement social entièrement financé par le gouvernement leur a été accordé. En quelques heures, à la mairie du Moule, 75 permis de construire ont pu être délivrés. Quelques jours encore et le premier logement social sera terminé. Bois, poutrelle et béton, tout est conçu nous dit-on pour résister aux cyclones. Le mari de Catherine travaille à la mairie. Ça a peut-être reconnaît-elle un peu facilité les choses. Depuis que sa maison a été emportée par le cyclone, elle vit avec sa fille chez ses parents.
Catherine Nalson
Au début, on en voulait au cyclone Hugo, on en voulait beaucoup. Mais le fait qu'on ait maintenant une maison déjà un peu plus belle que la nôtre, je dis que c'est bien quoi.
Agnès Poirier
Trop de cases disloquées, trop de logements insalubres balayés par le vent, il aura fallu un cyclone pour que l'on prenne conscience que l'habitat en Guadeloupe laissait à désirer. L'Etat français s'est donné 3 ans. 12 000 logements sociaux vont être construits sur l'île d'ici 92. Si la Guadeloupe se relève lentement, les hôtels, eux, sont comme neufs, rénovés, réparés, repeints en un temps record sur le compte des compagnies d'assurance. Neufs mais déserts, les touristes ont, cet hiver, préféré la Martinique, sur les conseils des agences de voyage.
Martine Landrodie
Beaucoup de gens qui sont dans le tourisme, qui ont carrément rayé la destination, au niveau de leur agence de voyage et puis beaucoup de gens qui connaissaient et puis qui nous ont dit vraiment : si vous voulez vous régaler il faut aller ailleurs qu'ici. On a eu envie de venir, on est venus je veux dire, mais vraiment au niveau animation il n'y a rien ni personne.
Agnès Poirier
Peu de monde c'est vrai dans ce petit restaurant du bord de mer à Saint François. Et Monsieur Serge, le patron, a dû se séparer de 3 de ses employés. Port de pêches marécageux, il y a quelques années, Saint François vit aujourd'hui grâce au tourisme. Hugo y a laissé des traces : 35 millions de dégâts. Mais à l'approche de Noël on a en toute hâte rafistolé les toits, réparé l'éclairage public, coûte que coûte il fallait pouvoir accueillir les premiers touristes de l'après Hugo. Pour beaucoup de guadeloupéens, c'est nouveau, les touristes pouvaient contribuer au redressement de l'île.
Ernest Moutoussamy
C'est vrai que dans les années 70, la politique touristique qui nous était imposée était mal conçue puisqu'elle ne s'intégrait pas dans la vie sociale et économique de la Guadeloupe. C'était donc une activité un peu étrangère au pays. Cela avait suscité de la part des hommes politiques particulièrement et aussi de la population beaucoup de méfiance et même je dirais, un peu de rejet.
Agnès Poirier
Un tourisme mieux perçu par les guadeloupéens, c'est ça l'après Hugo, mais le cyclone a aussi révélé les failles. Des constructions sans âmes, concentrées sur quelques mètres carrés de plage, pas d'infrastructure sportive. Les subventions arrivent facilement dans ce département d'Outre mer, mais l'économie sous perfusion ne décolle pas. Le directeur de cette usine sucrière a relevé le défi. On parlait de fermer l'usine, malmenée par le cyclone, les ouvriers l'ont transformée en musée vivant. Un musée pour les touristes qui veulent découvrir le Guadeloupe des distilleries et des champs de cannes. Un musée pour les planteurs parfois amers qui apporteront dans quelques semaines leur maigre récolte de l'après Hugo.