Aimé Césaire, poète de la négritude

28 octobre 1990
01m 26s
Réf. 04549

Notice

Résumé :

Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais défend le concept de négritude. La société antillaise doit assumer l'héritage des esclaves africains et exprimer avec fierté cette part de son identité qui se traduit notamment dans la langue créole.

Type de média :
Date de diffusion :
28 octobre 1990
Source :
RFO (Collection: Mascarines )

Contexte historique

Aimé Césaire, poète et homme politique martiniquais est l'inventeur du concept de "négritude".

Né en 1913 dans une famille modeste de Fort de France, il est reçu à l'Ecole normale supérieure en 1935. Au cours de ses années parisiennes, il gère l'Association des étudiants martiniquais et se lie d'amitié avec Léopold Sédar Senghor. C'est en 1939, dans un long poème intitulé "Cahier d'un retour au pays natal", qu'il pousse "le grand cri nègre". Le concept de "négritude" est une révolte. Il exprime à la fois le refus des facilités de l'exotisme et des complaisances assimilationnistes, et exalte la souffrance nègre tandis qu'il valorise l'homme noir. Il invite ce faisant les Antillais à assumer leur histoire, celle de l'esclavage, comme celle de la colonisation, à cultiver la fierté d'être nègre, afin de pouvoir exprimer leur propre culture.

Rentré en Martinique en 1939, il fonde en 1941 la revue Tropiques qui séduit André Breton. Puis, Aimé Césaire entame une carrière politique. Proche des idées communistes, il est élu en 1945 maire de Fort de France, puis député à l'Assemblée nationale. Il est l'un des principaux artisans du statut de départementalisation de 1946. En 1958, il fonde le Parti Progressiste Martiniquais qui cherche à promouvoir l'autonomie des îles. Il critique vivement la colonisation dans son Discours sur le colonialisme publié en 1953.

L'homme d'action n'estompe toutefois pas l'homme de lettres. Ses nombreux recueils poétiques Soleil cou coupé en 1948, Corps perdu en 1950 ou encore Ferrements en 1959, multiplient les images et les références à l'environnement antillais, tout en revendiquant avec violence la liberté de l'homme africain et de ses descendants.

Aimé Césaire écrit également des pièces de théâtre, qui lui permettent de toucher un public plus large. Son chef d'oeuvre, La tragédie du roi Christophe (1963), entre au répertoire de la Comédie Française en 1991.

Aimé Césaire s'éteint le 17 avril 2008. Fait rare pour un écrivain, un hommage national lui est rendu.

Aimé Césaire figure ainsi parmi les intellectuels majeurs du vingtième siècle: homme politique engagé, poète inspiré et ardent défenseur de la langue et de l'identité antillaise.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document, diffusé en 1990, au sein d'un journal télévisé, propose un extrait d'une interview d'Aimé Césaire, au cours de laquelle il développe sa définition du créole. L'écrivain insiste sur l'importance de l'histoire du peuple antillais, et notamment sur son moment fondateur, la traite négrière.

Brillant orateur, Aimé Césaire sait tenir ses auditeurs en haleine. Le rythme, l'utilisation des silences, mais également les variations d'intonation rendent son discours dynamique. Par ailleurs, ce dernier tranche par le refus de demeurer dans le "politiquement correct". Il n'hésite pas à rappeler le fait que les Antillais sont des descendants d'esclaves, ni à qualifier la société martiniquaise passée de coloniale et raciste. Aimé Césaire semble d'ailleurs s'amuser à être volontairement provocateur.

La réalisation, en revanche est surprenante : le plan est tellement serré qu'on ne parvient pas à voir le visage d'Aimé Césaire en intégralité.

Julie Le Gac

Transcription

Présentatrice
Monsieur Gala, on se retrouve tout à l'heure. Maintenant qu'est-ce que le créole, voici la définition que donne Aimé Césaire du créole antillais.
Aimé Césaire
Quand j'ai dit une fois devant le général de Gaulle que notre histoire commençait dans la cale des bateaux négriers, il paraît qu'il y a des martiniquais, et très assimilés, qui ont été, tout à fait vexés, tout à fait offusqués, mais c'est ça le fait premier. Il ne faut pas en avoir honte. C'est ça la vérité. Si quelqu'un doit avoir honte, ce sont ceux qui ont fait la traite et non pas ceux qui ont subi la traite. Bon ! Comment peut-on comprendre, la société martiniquaise, si on ne tient pas compte, que c'est une société coloniale et raciste ? Comment peut-on comprendre la langue martiniquaise, la vrai langue martiniquaise, le créole, si on ne tient pas compte du fait que c'est une langue qui a été formée et avec des mots français ou des débris de mots français, mais qui ont été restitués par des gosiers, selon les règles implacables de la phonétique africaine, et agglutinés entre eux, selon les règles entre la syntaxe africaine, ça me parait évident. Autrement dit si on ne veut pas rester à la surface des choses, eh bien on est obligé d'en revenir à ce fait premier à savoir que nous sommes mélangés certes mais que nous sommes des africains de la diaspora.

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