Emeutes à Saint-Denis de la Réunion en 1991

26 février 1991
01m 59s
Réf. 04550

Notice

Résumé :

A la suite de la saisie de l'émetteur pirate de Télé Free Dom, des émeutes ont éclaté à Saint-Denis de la Réunion à partir du 23 février 1991. Des magasins ont été pillés et plusieurs personnes ont trouvé la mort dans un incendie.

Date de diffusion :
26 février 1991
Date d'événement :
23 février 1991
Source :
RFO (Collection: MIDI 2 )
Personnalité(s) :

Contexte historique

Le 23 février 1991, de violentes émeutes éclatent à Saint-Denis de la Réunion, dans le quartier populaire du Chaudron. Victimes de l'incendie d'un supermarché provoqué par un cocktail Molotov, sept personnes trouvent la mort dans ces troubles qui se poursuivent durant plusieurs jours. Ces émeutes sont marquées par de nombreux pillages de magasins et par des affrontements entre groupes de jeunes et forces de l'ordre.

La saisie à la demande du Conseil supérieur de l'audiovisuel de l'émetteur de la chaîne de télévision pirate Télé Free Dom est à l'origine de ces violences. Dirigée par Camille Sudre, alors troisième adjoint au maire de Saint-Denis, Télé Free Dom diffusait des images depuis 1986 sans avoir obtenu d'autorisation légale. Cette chaîne était notamment très regardée au sein de la jeunesse réunionnaise en difficulté. La plupart des analyses sur les émeutes ont ainsi souligné le rôle de détonateur du malaise social réunionnais qu'a joué la saisie de l'émetteur pirate. De nombreux jeunes se trouvaient en effet alors au chômage ou ne bénéficiaient que du revenu minimum d'insertion (RMI). De façon plus générale, 35% de la population active réunionnaise étaient au chômage et près de 50 000 personnes recevaient le RMI.

Après trois jours d'émeutes et l'arrivée sur place, le 26 février, du ministre des DOM-TOM Louis Le Pensec, le calme revint progressivement à Saint-Denis. Cependant, en dépit de la prise de conscience provoquée par ces émeutes, les problèmes sociaux de la Réunion n'ont pas pour autant été résolus, et en 1998 près de 58 000 personnes, soit 8% de la population totale de l'île, percevaient encore le RMI.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage diffusé dans le journal télévisé d'Antenne 2 est un montage d'images filmées par une équipe d'Antenne 2 et par une autre de journalistes de RFO. Réalisé trois jours après leur début, il ne propose que quelques images des émeutes proprement dites, en l'occurrence des plans de pillages de magasins effectués la veille.

Le sujet s'attache surtout à présenter les dégâts provoqués par les troubles visibles le matin même de sa diffusion. Sont ainsi montrées des images de voitures brûlées, de trottoirs jonchés de débris, de magasins pillés et de bâtiments détruits. La journaliste ne s'attarde pas que sur les conséquences des émeutes. Elle en rappelle également les origines et tente d'en cerner les causes. C'est dans ce but qu'un extrait d'une interview téléphonique de Camille Sudre, le PDG de Télé Free Dom, sur fond d'image fixe, réalisée le matin même, est inséré. Au-delà de la saisie de l'émetteur de la télévision pirate, la journaliste s'emploie ainsi à souligner les raisons avant tout sociales des émeutes.

Christophe Gracieux

Transcription

Philippe Lefait
Voyons maintenant les autres grands titres de l'actualité, avec tout d'abord les émeutes de La Réunion, le ministre des DOMTOM est en route pour l'île alors que le calme semble revenu ce matin, mais que de nouveaux affrontements, la nuit dernière, ont fait indirectement 8 morts, Véronique Galionne
Véronique Gaglione
Ce matin le spectacle de la désolation, des meubles éventrés, une pluie de cendres, des voitures carbonisées après 3 journées sous l'emprise d'un véritable cyclone humain. 3 jours sous un déluge de galets, les grenades du pays comme on les appelle ici. Hier encore, c'était le rodéo des voitures volées, le défilé des caddies remplis. Mais aujourd'hui, dans ce magasin, au moins 8 morts, carbonisées. Des bulldozers ont du arracher les rideaux métalliques, la tôle à peine forcée par les pilleurs les aura malheureusement pris au piège. Et puis des dizaines d'autres magasins, banques, concessionnaires, ruinés, anéantis. A l'origine de cette émeute, un prétexte, une télévision locale fondée il y a 5 ans par le Docteur Camille Sudre, une télévision pirate dont le CSA confisque les émetteurs il y a deux jours. Mais les centaines de réunionnais dans la rue oublient vite leurs revendications cathodiques. Aujourd'hui Camille Sudre multiplie les appels au calme.
Camille Sudre
Il faut rétablir le dialogue absolument et se pencher enfin sur les véritables causes de cette explosion sociale. Il faudrait travailler dorénavant à trouver des solutions pour que cette société réunionnaise soit plus juste, plus humaine et plus égalitaire et surtout plus libre.
Véronique Gaglione
Un réunionnais sur trois est chômeur. L'île a cristallisé les rancunes de 4 décennies d'une départementalisation boiteuse. Pour l'heure, la métropole envoie des renforts de CRS et de gendarmes, 300 hommes déjà sur place, mais il faudra penser à d'autres solutions, sociales cette fois.