Les difficultés de la banane antillaise sur le marché mondial

13 décembre 2005
02m 36s
Réf. 04562

Notice

Résumé :

La filière de la banane antillaise, confrontée à la concurrence de gros producteurs d'Amérique centrale, connaît une crise profonde. Les aides européennes, vitales pour les petits producteurs martiniquais sont toutefois remises en cause par l'OMC.

Date de diffusion :
13 décembre 2005
Source :
(Collection: 13 heures le journal )
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Contexte historique

La banane est le fruit faisant l'objet du commerce international le plus intense: 13,9 millions de tonnes sont exportés chaque année. Sur ce marché mondial, la filière antillaise, confrontée à la concurrence des pays d'Amérique centrale, connaît une crise profonde. L'essentiel de la concurrence provient des trois grands groupes nord-américains (Chiquita, del Monte et Dole) qui contrôlent presque 70% du marché mondial, via surtout leurs productions dans les pays d'Amérique centrale comme le Honduras, l'Equateur, Panama ou encore le Nicaragua. Une telle concentration provoque une chute des cours, tandis que les producteurs antillais sont confrontés à des coûts de production plus importants. En effet, eu égard au caractère accidenté du terrain, les exploitations antillaises demeurent peu mécanisées. Parallèlement, les exploitants doivent respecter une législation sociale plus exigeante que celle des pays d'Amérique centrale.

Afin de remédier à cette crise, en 1993, l'Union Européenne instaure un système de quotas accordant un traitement préférentiel aux bananes en provenance des anciennes colonies des Caraïbes et d'Afrique. Toutefois Les pays latino-américains saisissent l'Organisation Mondiale du Commerce et se plaignent des droits de douane jugés excessifs. Après une longue bataille juridique et de nombreuses négociations commerciales, l'Union Européenne supprime les quotas le 1er janvier 2006 et les remplace par un tarif douanier unique de 176 euros la tonne. Néanmoins, le problème demeure et à la fin du mois de juin 2006, les Etats Unis saisissent de nouveau l'OMC, en arguant du fait que les droits de douane portent préjudice aux pays producteurs de banane.

La crise de la filière de la banane touche de manière profonde l'économie des Antilles . En effet, 300 000 tonnes de bananes y sont exportées chaque année, dont les trois quarts proviennent de la Martinique. Ce secteur emploie encore aujourd'hui de 15 à 18 000 personnes pour une population de 850 000 habitants. Toutefois, en 14 ans, le nombre de producteurs de bananes aux Antilles a diminué de plus de la moitié, passant de 2 200 en 1993 à environ 850 actuellement.

Les destructions causées par le passage du cyclone Dean en août 2007, évaluées à environ 115 millions d'euros, fragilisent encore plus un secteur vital pour l'économie de la Martinique, mais dépendant du protectionnisme européen pour pouvoir subsister dans un marché très concurrentiel.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document, diffusé en pleines négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce souligne la singularité de la production antillaise de bananes dans le cadre d'un marché mondialisé. En effet, d'un côté, grâce à des vues aériennes et à des interviews de producteurs, il décrit la structure et le fonctionnement des bananeraies antillaises. De l'autre, il explique de manière assez simple les enjeux des négociations de l'OMC et les difficultés de concilier le principe du libre échange avec le maintien de conditions de vie décentes pour les travailleurs, dans le cadre d'une économie globalisée. Le contraste entre les images de la petite bananeraie martiniquaise où les régimes de bananes sont coupés à la serpe et celle du gigantesque porte-conteneurs transportant des tonnes de bananes vers l'Europe, est à cet égard saisissant.

Partial dans la mesure où il fait sien le point de vue des producteurs antillais, ce reportage est également assez engagé. Il dénonce les limites du libre échange qui de manière paradoxale, peut aboutir à la concentration d'un marché entre les mains de quelques grands groupes au détriment des petits producteurs.

Dès lors, ce document, qui défend les intérêts des producteurs de banane antillais, critique également la mondialisation de l'économie.

Julie Le Gac

Transcription

Elise Lucet
Et ce qui risque de poser de problème dans ce sommet de l'OMC, c'est surtout l'agriculture. Les pays pauvres reprochent en effet aux nations développées de trop subventionner leur production et de déséquilibrer le marché. Les bananes des Antilles devraient subir de plein fouet à partir du 1er janvier prochain, une nouvelle concurrence, celle de la banane dollar produite en Amérique centrale par les multinationales américaines et qui devraient désormais déferler sur l'Europe. Le reportage à la Martinique de François Beaudonnet et José Boulesteix.
François Beaudonnet
La banane, elle occupe près de 90% du paysage agricole martiniquais, mais demain l'île pourrait ressembler à cela.
Olivier Fages
Voilà ici un exemple un petit peu de ce qui arrive aujourd'hui en Martinique, l'exploitation de 25 hectares qui a dû déposer le bilan.
François Beaudonnet
Les bananeraies qui ferment ont fait 1500 chômeurs depuis 2 ans. Les plus menacées sont les petites plantations familiales. Avec ses 8 hectares et ces 9 ouvriers Eric Villette n'est donc pas, en théorie, parmi les plus mal lotis, et pourtant.
Eric Villette
Je préfère ne pas manger et payer mes ouvriers mais ça m'arrive, mais c'est ce qui m'arrive en ce moment.
François Beaudonnet
Car la banane antillaise ne cesse de perdre du terrain face à la banane dollar, cultivée à 2000 Km d'ici en Amérique centrale par 3 multinationales américaines. Des entreprises toutes puissantes qui règnent déjà sur les deux tiers du marché mondial, des concurrents qui versent à leurs employés des salaires de misère.
Jean-Michel Hayot
Aujourd'hui, moi on m'impose un SMIG que je suis obligé de payer, et heureusement pour les ouvriers. On m'interdit de mettre des produits chimiques, nous n'en mettons plus. On m'impose des normes de règlement et de sécurité sociale, que nous respectons et nous sommes contrôlés, mais qu'on fasse la même chose pour nos concurrents. Ou alors qu'on leur mette un tarif douanier qui fait qu'à l'entrée la concurrence revienne correcte entre nous deux.
François Beaudonnet
Et c'est bien là tout l'enjeu des négociations à l'Organisation Mondiale du Commerce. Au sommet de l'OMC, l'Europe va proposer un tarif de droit d'importation pour la banane dollar et les producteurs le trouvent déjà insuffisant.
Christian Choupin
L'impression qu'on a c'est que l'Europe voit cette industrie, cette filière comme une industrie du passé, mal organisée, mal structurée, alors que tout a été fait depuis des années pour qu'elle se restructure, c'est une filière à part entière, c'est une véritable industrie.
François Beaudonnet
Une industrie qui de la production au transport fait vivre 15000 personnes. C'est à des milliers de kilomètres d'ici, à Hong Kong, que va se jouer l'avenir de la banane antillaise, les producteurs martiniquais n'ont qu'une peur, y être sacrifié sur l'autel du libre échange.