L'exploitation du nickel en Nouvelle-Calédonie

29 décembre 2005
02m 10s
Réf. 04563

Notice

Résumé :

Le gisement de nickel de Koniambo, en Nouvelle-Calédonie, a été racheté par le groupe canadien Falconbridge, qui s'est engagé à construire une usine sur place.

Date de diffusion :
29 décembre 2005
Source :

Contexte historique

Si l'abondance des ressources du sous-sol de Nouvelle-Calédonie a permis l'extraction de cuivre, de plomb, de cobalt, de fer, de manganèse ou de chrome, aujourd'hui presque toutes stoppées, l'économie néo-calédonienne s'est surtout fondée sur le nickel. Découvert en 1864 par l'ingénieur Jules Garnier, son exploitation a débuté dès 1874. Cependant, ce n'est que dans les années 1960 que la production de nickel se développe fortement.

La Nouvelle-Calédonie connaît un véritable "boom du nickel", entre 1969 et 1972. Les besoins mondiaux sont alors considérables. En peu de temps, l'économie néo-calédonienne est transformée par cette croissance: en 1970, l'industrie du nickel représente quelque 30% du produit intérieur brut de la Nouvelle-Calédonie et près de 15 000 métropolitains viennent s'installer dans la Grande-Terre. L'activité se ralentit toutefois brusquement en 1973 au moment de la première crise pétrolière. Ce n'est qu'en 1997 que l'extraction du minerai retrouve le niveau de 1971, avec 8,2 millions de tonnes de minerai extraites.

Le nickel néo-calédonien, qui représente environ un quart des réserves mondiales et qui compte pour quelque 95% des exportations de l'archipel, suscite de nouveau les convoitises depuis le début des années 2000 en raison des besoins croissants des puissances émergentes, à commencer par la Chine. Les groupes étrangers les plus importants s'intéressent au nickel de Nouvelle-Calédonie, troisième producteur mondial derrière le Canada et l'Australie, longtemps exploité uniquement par la Société Le Nickel (SLN), devenue filiale du groupe français Eramet.

A ces enjeux économiques s'ajoutent des luttes politiques puisque les indépendantistes espèrent pouvoir retirer les bénéfices de l'exploitation du nickel. La Société minière du Sud-Pacifique (SMSP), détenue par la province Nord qui est gérée par les indépendantistes, s'est ainsi associée au groupe canadien Falconbridge, un des premiers producteurs mondiaux de nickel, pour exploiter le nickel de Koniambo. Ce projet, réellement devenu concret en décembre 2005, devait voir la création d'une grande usine métallurgique permettant de traiter sur place le nickel dès 2010. Il devait favoriser la réduction des disparités entre le Nord, dirigé par les indépendantistes, et le Sud, à majorité caldoche et loyaliste: la seule usine de transformation, gérée par la SLN, se trouve en effet à Doniambo, près de Nouméa. Le projet de Koniambo demeure malgré tout incertain en raison du rachat de Falconbridge en 2006 par le groupe anglo-suisse Xstrata. Par ailleurs, une usine hydrométallurgique est en cours de construction dans la province du Sud. Réalisée par la firme canadienne Inco, qui a été rachetée par le brésilien CVRD, elle devrait entrer en fonctionnement fin 2008.

Ces différentes manoeuvres d'entreprises étrangères témoignent de l'intégration de plus en plus poussée du nickel de Nouvelle-Calédonie dans l'économie mondialisée. Du reste, la SMSP a signé à la fin de 2006 des accords d'exploitation du nickel avec des groupes chinois et coréen.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été réalisé par des journalistes de France 3 à partir d'images filmées par la station RFO de Nouvelle-Calédonie. Il a été diffusé à l'occasion de l'officialisation par la justice du rachat du gisement de nickel de Koniambo par le groupe canadien Falconbridge aux dépens du Français Earmet. Ce reportage a donc une vocation essentiellement pédagogique: il s'agit d'expliquer les détails de l'affaire et d'exposer les faits. Dans ce but, ce sujet a été construit sur une alternance d'images factuelles commentées par la journaliste et d'interviews de personnes concernées au premier lieu par le rachat. Les plans diffusés, du gisement du Koniambo et de l'extraction, ainsi que d'une usine de nickel, apparaissent ainsi avant tout illustratifs.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
C'est un des gisements de nickel les plus riches du monde et les plus convoités, il se trouve au nord de la Nouvelle-Calédonie, mais depuis hier il n'appartient plus à la France, le site a été racheté par un groupe canadien Falconbridge, il s'est engagé à construire sur place une usine qui génèrera 2000 emplois et à réduire donc de moitié le chômage dans la région, Jenny Briffa et Marc Dou.
Jenny Briffa
Dans le sous sol néo-calédonien se cache un quart des réserves mondiales de nickel. Le Koniambo est le plus riche gisement du monde. Cette pépite située dans une région majoritairement indépendantiste et kanak a longtemps appartenu au groupe français Eramet, mais en 98, avec l'appui de l'Etat, les indépendantistes prennent le contrôle de ce gisement.
Jacques Baccardat
L'Etat français qui était actionnaire, à l'époque majoritaire d'Eramet, nous a incité disons à céder ce massif. Nous avons accepté de le faire puisque l'enjeu c'était le rééquilibrage de la Nouvelle Calédonie entre la province nord et la province sud, et la construction d'une usine en province nord, et pour construire une usine de nickel, il fallait qu'il y ait une mine qui serve à alimenter cette usine.
Jenny Briffa
Les indépendantistes ont alors cherché un opérateur capable de construire cette usine. Eramet, à l'époque, a refusé : pas assez rentable selon eux. C'est alors un géant canadien, Falconbridge qui a été choisi mais entre temps les cours du nickel se sont envolés et Eramet a cherché devant les tribunaux à récupérer le précieux massif, hier il a été débouté ; le projet des canadiens va donc être lancé.
Charly Pidjot
C'est une satisfaction, une grande satisfaction, l'émergence d'une usine qui va nous permettre de créer de l'emploi mais en particulier de la matière imposable et qui va donner corps à, pas simplement un développement durable, mais donner corps au pays.
Jenny Briffa
Car 2000 emplois vont être crées dans cette région sous développée de la Nouvelle Calédonie. Un coup de fouet d'autant plus important que les indépendantistes ont obtenu 51% du capital de l'usine, une usine qui devrait coûter plus de 2 milliards et demi de dollars, un coup énorme pour le canadien Falconbridge qui fait en ce moment l'objet d'une OPA.