L'orpaillage clandestin en Guyane

29 juin 2006
01m 37s
Réf. 04564

Notice

Résumé :

L'orpaillage clandestin en Guyane connaît une certaine recrudescence et entraîne un fort développement de la criminalité. Les forces de l'ordre ne parviennent pas, pour l'instant, à juguler un phénomène préoccupant.

Date de diffusion :
29 juin 2006

Contexte historique

L'orpaillage est un phénomène ancien en Guyane qui connaît sa première ruée vers l'or à partir de 1870. A la fin du XIXème siècle, on compte plus de 20 000 orpailleurs, mais dès la fin des années 1930, leur nombre décroît.

Les méthodes d'exploitation ont désormais beaucoup changé. Les opérateurs ne sont plus des aventuriers travaillant avec des placers au fil de l'eau mais des industriels affiliés à des compagnies internationales spécialisées dans l'extraction aurifère par des moyens mécanisés de grand gabarit. Deux sociétés canadiennes, Guyanor Ressources et Cambior constituent aujourd'hui les plus gros exploitants.

Selon le rapport effectué par Christiane Taubira en 2000, l'extraction aurifère est largement sous estimée. Elle s'élèverait désormais à 7 tonnes par an et on compterait 3 à 6 000 orpailleurs contre les 900 officiellement recensés. L'extraordinaire croissance démographique de la commune de Maripasoula, centre de l'orpaillage guyanais dont la population passe de 1 000 habitants en 1982 à plus de 3 700 en 1999, témoigne de l'ampleur du phénomène.

Le contrôle de l'orpaillage est rendu très difficile par la porosité des frontières de la Guyane française et la densité de la forêt amazonienne.

Or cette croissance de l'orpaillage clandestin pose deux problèmes majeurs. D'une part, l'utilisation de mercure pour concentrer le minerai provoque une pollution des cours d'eau guyanais, qui constituent l'unique ressource en eau potable des Amérindiens. Une étude réalisée par Solidarité Guyane dans trois villages amérindiens du Haut Maroni à partir de prélèvements de cheveux révèle des taux de contamination au mercure de deux à trois fois supérieurs à la limite prévue par l'Organisation Mondiale de la Santé. D'autre part, ces exploitations clandestines utilisent le plus souvent de la main d'oeuvre immigrée, sans papiers, littéralement exploitée, et ont recours à des méthodes mafieuses, pratiquant intimidation et représailles, torture et assassinats. Ainsi, la criminalité est en forte croissance en Guyane et en 2005, la procureure de la République à Cayenne relevait 25 homicides ou tentatives d'homicide liées à l'orpaillage. L'Etat français se montre quelque peu désemparé, en raison de l'ampleur des moyens qu'il conviendrait de mettre en oeuvre. En 2002, il lance des opérations"Anaconda", c'est à dire la destruction du matériel, des carbets (petites cabanes guyanaises) et du ravitaillement. 22 opérations de ce type sont menées en 2002 et plus d'une centaine en 2005, ce qui ne permet cependant pas de juguler la criminalité et d'estomper les craintes de la population guyanaise.

La ruée vers l'or en Guyane attise bien des convoitises et dès lors de sérieux désagréments aux premiers rangs desquels figurent les atteintes à l'environnement et l'insécurité.

Julie Le Gac

Éclairage média

Diffusé le jour de la visite du ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy, ce reportage brosse un tableau de la situation de la criminalité liée à l'orpaillage clandestin en Guyane. Il souligne tout d'abord le désarroi de la population guyanaise dont les manifestations publiques pour une éradication de cette criminalité se multiplient. Il laisse d'ailleurs entrevoir une pointe de découragement parmi les forces de l'ordre dont la tâche est immense et les moyens limités. Enfin, il rappelle, coupures de presse à l'appui, que malgré les promesses et les efforts consentis, la criminalité liée à l'orpaillage clandestin continue de croître.

Dès lors, ce document constitue un véritable signal d'alarme adressé au ministre de l'intérieur, en visite sur place.

Julie Le Gac

Transcription

Sandrine Colombo
Bonjour, Nicolas Sarkozy en visite aujourd'hui en Guyane, le Ministre de l'intérieur arrive tout juste dans le plus vaste des départements d'Outre mer pour parler immigration et orpaillage clandestin dans un contexte d'insécurité que les habitants dénoncent toujours plus.
Reporter
Des marches contre l'insécurité, la Guyane en a l'habitude. Voici la dernière en date, Cayenne le 5 juin dernier. Une manifestation après le meurtre de 2 piroguiers de la réserve naturelle, des Nouragues.
Alexis Domput
On demande à l'Etat de prendre toutes les dispositions, faire en sorte que chaque citoyen de ce pays se sente en sécurité.
Reporter
Dans l'intérieur de la Guyane, les orpailleurs clandestins seraient de 5 à 10000, tous armés et n'ayant rien à perdre. Piste Bélizon, une autoroute clandestine, par ici transite du matériel d'orpaillage, des ouvriers et des voitures volées. La piste mène à des sites aurifères, pour la plupart tous clandestins, la fièvre de l'or sans limite.
Gilles (colonel) Weiten
Là on est sur la partie immergée de l'iceberg, on voit les gens qui circulent, mais on a du mal à imaginer les villages de clandestins qui sont dans la profondeur et avec un nombre impressionnant de gens qui transitent sur cette route, soit seuls, soit en portant de la marchandise, pour approvisionner les sites d'orpaillage.
Reporter
En 2005, le parquet a enregistré 68 homicides ou tentative d'homicide. C'est autant que pour la Martinique et la Guadeloupe réunies. Les vols avec violence et l'usage d'armes à feu font aujourd'hui partie du quotidien. Là aussi, les chiffres ne cessent d'augmenter avec une progression de 31%. La criminalité en Guyane occupe désormais le premier rang national.