La libération de la journaliste Florence Aubenas, otage en Irak

12 juin 2005
03m 32s
Réf. 04574

Notice

Résumé :

La journaliste Florence Aubenas et son guide irakien Hussein Hanoun sont libérés le 11 juin 2005 après avoir été retenus pendant 5 mois comme otages en Irak. Cet événement illustre la difficile protection de la liberté de la presse en cas de guerre.

Date de diffusion :
12 juin 2005
Date d'événement :
11 juin 2005
Source :

Contexte historique

Le 11 juin 2005, Florence Aubenas et son guide Hussein Hanoun sont libérés par les ravisseurs qui les retenaient en captivité depuis le 5 janvier.

La prise en otage de la journaliste de Libération succède à l'enlèvement de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, journalistes de Radio France et du Figaro, pendant 4 mois à la fin de l'année 2004.

Cette événement illustre la difficulté pour les journalistes d'exercer leur métier en période de conflit armé. En particulier, la guerre en Irak constitue le conflit le plus meurtrier pour les journalistes depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon l'organisation Reporters Sans Frontières, entre le début de la guerre, le 20 mars 2003 et la fin de l'année 2007, 207 journalistes et collaborateurs des médias ont été tués, et 2 sont toujours portés disparus. Ce bilan est près de trois fois plus important que le nombre de journalistes tués pendant les vingt années de guerre du Vietnam (63 tués entre 1955 et 1975). Il dépasse également le lourd tribut payé par les journalistes lors de la guerre civile en Algérie entre 1993 et 1996, au cours de laquelle 77 journalistes et collaborateurs des médias avaient été tués. En outre ce chiffre ne tend pas à diminuer puisque 64 journalistes sont morts pour la seule année 2006. Dans 90% des cas, les victimes sont des journalistes irakiens. Les enquêtes sont rarissimes et le plus souvent n'aboutissent pas.

L'Irak constitue également le plus grand marché aux otages du monde. Pendant les trois premières années du conflit, 38 journalistes ont été enlevés, et trois d'entre eux exécutés. Ces prises en otages de journalistes majoritairement occidentaux sont souvent motivées par la perspective d'obtenir une rançon.

L'enlèvement de Florence Aubenas, visant une femme, sensibilise d'autant plus la population française à la question des modalités d'exercice de la liberté de la presse par les journalistes dans des circonstances de conflit armé.

Julie Le Gac

Éclairage média

Le soir du retour en France de la journaliste Florence Aubenas, retenue en otage pendant plus de 5 mois en Irak, l'essentiel du journal télévisé de 20 heures de France 2, est consacré à l'événement. De fait, alors que lors de sa capture, quelques semaines seulement après la libération des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, certains avaient critiqué une prise de risques inconsidérée de la part de la grand reporter, la communauté des journalistes est parvenue à mobiliser l'opinion sur le rôle fondamental joué par les médias dans la couverture des conflits armés.

Ce long document propose tout d'abord un récit circonstancié du voyage de retour de Florence Aubenas et de son accueil par le président de la République Jacques Chirac et sa famille sur le tarmac de l'aéroport militaire de Vélizy-Villacoublay. A l'inverse, il évacue la question des tractations politiques avec les terroristes ayant permis sa libération.

En effet, ce reportage concentre avec émotion son attention sur la joie et le soulagement suscités par le retour de la journaliste. Il témoigne également d'une certaine admiration pour la joie de vivre et l'humour dont fait preuve Florence Aubenas lors de la première interview adressée aux journalistes.

Julie Le Gac

Transcription

Béatrice Schönberg
Madame, Monsieur, Bonsoir. L'essentiel de ce journal sera bien évidemment consacré à la libération de Florence Aubenas que nous venons de vivre en direct. Florence Aubenas dont l'avion, arrivé de Chypre, s'est posé à 19 heures 12 très précisément sur la base de Villacoublay. Elle a été accueillie par sa famille au grand complet et par le chef de l'Etat, Florence Aubenas qui s'est adressé ensuite à la presse, Jacques Cardoze.
Jacques Cardoze
Le Falcon 50 transportant Florence Aubenas s'est posé à 19 heures 12 sur la base aérienne de Villacoublay, en banlieue parisienne. Après une journée de voyage, après surtout 5 mois d'angoisse, voici la première image de Florence Aubenas. C'est celle d'une femme souriante, calme, évidemment soulagée et heureuse de ce dénouement. Sur le tarmac elle fait ses premiers pas de femme libre, c'est le chef de l'Etat qui, le premier, la salue. Un à un, ce sont ensuite les 14 membres de sa famille. Accolade, embrassade, quelques larmes avec son père Benoît, sa mère Jacqueline et puis son frère Olivier et sa soeur Sylvie. Tranquillement, la journaliste de Libération se rend au pavillon d'honneur à l'abri des caméras, puis elle revient livrer son premier témoignage, décontractée, ne paraissant pas affectée par ces 5 mois de captivité, elle se confie même avec humour.
Florence Aubenas
Il m'est arrivé un drôle de truc, c'est que une fois les preneurs d'otage m'ont dit : ce qu'on va faire, c'est qu'on va vous montrer la télé, parce que vous avez l'air très déprimée et chacun sait que la télé ça remonte le moral. Donc, d'ailleurs c'est pour ça que je suis de tellement bonne humeur aujourd'hui parce que je vois pas mal de télés. Ils m'ont dit donc j'étais assise accroupie, donc exceptionnellement ce jour là, ils avaient délié les mains et les pieds pour que la fête soit complète et ils m'ont dit : bon vous pouvez soulever un petit peu le bandeau pour voir l'écran, moi j'ai dit merci. Donc j'ai regardé et c'était TV5 c'est ce qu'on capte là bas donc sans ... que personne ne se vexe, et donc il y avait une présentatrice qui était là, tiens ça a l'air bien le journal etc.. Je vois en dessous une bande qui défile, je me dis tiens, c'est un bon signe pour moi, cette fille elle s'appelle Florence Hussein. Ah, je me dis : c'est un sacré signe du sort. Ça veut dire que tout va bien se passer pour moi aujourd'hui, j'aurai une double ration de " Vache qui rit ", peut-être que j'aurai même une deuxième bouteille d'eau, enfin ça va bien aller. Donc derrière je vois un chiffre : 140, je me dis 140 qu'est-ce que c'est 140 ? Au bout d'un moment je comprends que Florence Hussein, c'est de moi dont il parlait, 140 c'est 140 jours, et là je vous assure que je suis la première à rigoler des concerts de soutien, la première à ne pas aller aux manifestations, je le confesse. Mais quand on voit ça, je le regrette de tout coeur de ne pas en avoir fait plus et s'il vous plait la prochaine fois que vous avez une manifestation, j'irai, je le promets. Parce qu'on est tellement content quand on voit ça accroupi par terre et c'est pour ça que je tenais à remercier absolument tout le monde ici parce que c'est vraiment une aide formidable .
Jacques Cardoze
Sur les conditions de sa libération ou sur sa vidéo, Florence Aubenas n'a pas voulu s'étendre. Elle en dira peut être plus mardi martin à l'occasion d'une conférence de presse ; en attendant elle va tenter de retrouver le calme et les siens.

Les enseignants de l'Éducation nationale disposent d'un accès gratuit à la version intégrale de Jalons depuis le portail Éduthèque.

Se connecter:

eduthèque