Les émeutes dans les banlieues françaises en 2005

17 novembre 2005
03m 34s
Réf. 04575

Notice

Résumé :

Rétrospective des trois semaines d'émeutes qui ont embrasé les banlieues françaises à partir de la mort de deux jeunes le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois.

Date de diffusion :
17 novembre 2005
Date d'événement :
27 octobre 2005
Source :

Contexte historique

Les zones urbaines dites "sensibles", situées dans les banlieues françaises, ont régulièrement été agitées par des troubles à partir des années 1980, et plus encore à partir des années 1990. Ce fut en particulier le cas à Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, dans la nuit du 6 octobre 1991, à la suite du décès d'un jeune homme dans un accident avec une voiture de police. Toutefois, les troubles restaient jusque-là le plus souvent circonscrits à un seul quartier. Or, en 2005, un événement identique, à savoir la mort de jeunes dans des circonstances controversées, provoque un embrasement généralisé sans précédent des banlieues françaises.

Le 27 octobre 2005, deux adolescents trouvent la mort électrocutés dans un transformateur EDF en cherchant à fuir un contrôle de police à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis. En réaction à ces morts, des violences éclatent dès la nuit suivante à Clichy-sous-Bois et dans la commune voisine de Montfermeil. A partir du 1er novembre, les émeutes gagnent rapidement de nombreuses villes de banlieue parisienne, puis s'étendent à des zones urbaines sensibles dans toute la France. Face à ces violences dont l'extension est croissante, les autorités déploient des forces de police considérables. Le 8 novembre, le gouvernement Villepin décide, en application de la loi du 3 avril 1955, adoptée durant la guerre d'Algérie, de décréter l'état d'urgence sur l'ensemble du territoire métropolitain, état d'urgence qui est ensuite prorogé pour une période de trois mois. Les préfets reçoivent ainsi l'autorisation d'instaurer si besoin le couvre-feu.

Progressivement, le calme revient dans les banlieues et les violences prennent définitivement fin le 17 novembre 2005, après trois semaines d'émeutes. Si seul un habitant de Stains a trouvé la mort dans ces violences, le bilan matériel des émeutes s'avère considérable: près de 10 000 véhicules ont été incendiés par les émeutiers du 27 octobre au 17 novembre 2005 et plus de 230 bâtiments publics ont été dégradés ou brûlés. En outre, près de 3 000 personnes ont été interpellées, dont plus d'un tiers sont des mineurs, tandis que plus de 200 membres des forces de l'ordre ont, selon le ministère de l'Intérieur, été blessés. Certains observateurs ont imputé au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy une part de responsabilité dans le déclenchement des émeutes, en raison notamment de ses propos tenus contre les "racailles", à Clichy-sous-Bois le 28 octobre 2005. Cependant, plus largement, ces violences d'une ampleur exceptionnelle témoignent de l'échec de l'ensemble des politiques de la ville conduites depuis les années 1980.

Et, malgré le renforcement des opérations de rénovation urbaines lancées en 2003 par le ministre délégué à la Ville Jean-Louis Borloo, la situation des quartiers sensibles n'a pas connu de réelle amélioration depuis cette crise. Des émeutes éclatent ainsi à Villiers-le-Bel, dans le Val-d'Oise, du 25 au 28 novembre 2007, de nouveau à la suite de la mort de deux adolescents renversés à moto par une voiture de police. Si elles n'ont cette fois pas connu d'extension nationale, elles ont conduit à des affrontements particulièrement violents entre bandes de jeunes et policiers. Ces derniers ont été pris pour cible par les émeutiers dont une partie a utilisé des armes à feu contre eux.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 17 novembre 2005, au terme de trois semaines de violences, ce reportage propose une rétrospective des émeutes qui ont embrasé les banlieues françaises. Il adopte les canons de ce type de sujet. Il propose un traitement chronologique des événements, quasiment jour après jour, à partir du 27 octobre 2005. Il s'appuie également sur un montage d'images d'archives entrecoupées d'infographies qui ont pour but de préciser les données essentielles du bilan de ces violences urbaines.

Ce sujet montre comment les émeutes, d'abord localisées à Clichy-sous-Bois, se sont ensuite étendues sur l'ensemble du territoire. Outre des plans d'une école et d'un bus incendiés, il propose de nombreuses images de véhicules en flammes ou calcinés. Les émeutiers ont en effet tout spécialement pris pour cibles des voitures. Le décompte des véhicules incendiés chaque nuit constitua de fait un véritable indicateur journalier de l'évolution des violences pour les médias et pour le ministère de l'Intérieur. Le sujet donne également à voir des affrontements nocturnes entre jeunes et forces de l'ordre, ainsi qu'une bavure policière, filmée à distance. Il s'agit bien ici de montrer que les violences n'ont pas exclusivement été commises par les jeunes émeutiers. Les images de la bavure furent du reste utilisées comme preuves à charge pour mettre en examen les cinq policiers fautifs.

Par ailleurs, le sujet s'intéresse à la gestion politique de cette crise, notamment par Jacques Chirac, dont l'absence de réaction jusqu'à son allocution télévisée le 14 novembre 2005 fut très critiquée, et par Dominique de Villepin. Si des extraits d'interviews du ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy à Clichy-sous-Bois sont diffusés, le commentaire ne fait en revanche aucune allusion à la responsabilité qui lui a en partie été imputée dans le déclenchement des émeutes.

Enfin, deux brefs extraits de la chaîne d'information américaine CNN et d'une chaîne russe témoignent de l'étendue de la couverture médiatique internationale des émeutes. Frappés par une telle explosion de violences, les médias internationaux envoyèrent de nombreux envoyés spéciaux sur place et diffusèrent en boucle les images des voitures incendiées et des affrontements entre jeunes et police.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Même si encore une fois il faut rester prudent, la crise semble donc achevée. Ces violences urbaines auront duré exactement 3 semaines. 3 semaines qui auront choqué, secoué la France, qui auront fait trembler le gouvernement, et qui auront attiré les regards du monde entier. 300 communes touchées, des centaines de millions d'euros de dégâts ; récit et premier bilan, Olivier Carow.
Olivier Carow
Le premier d'une invraisemblable série. Ce camion a été incendié juste devant la mairie de Clichy sous Bois, dans la nuit du 27 octobre. Une émeute avait éclaté après la mort, quelques heures plus tôt, de 2 adolescents de la commune. Un troisième est grièvement blessé, tous électrocutés, dans ce transformateur électrique. Ils s'y étaient cachés pour éviter un contrôle de police. Etaient-ils poursuivis ? La rumeur se propage immédiatement, la justice enquête encore, les premiers démentis n'ont pas convaincu..
Nicolas Sarkozy
Ils n'étaient pas, à ce moment-là, poursuivis physiquement, par la police, même s'ils essayaient de se cacher.
Olivier Carow
Deuxième nuit de violence à Clichy sous Bois. Pompiers, bâtiments publics et surtout policiers, sont les principales cibles des émeutiers. Le lendemain, une marche silencieuse rassemble la population, autour des parents des 2 jeunes victimes, c'est aussi l'occasion d'un appel solennel au calme.
Claude Dilain
Hélas ! La France entière nous regarde.
Olivier Carow
Une nuit d'accalmie relative va suivre. Puis, le dimanche soir l'espoir s'évanouit. Une grenade lacrymogène vient d'être lancée devant ou dans une mosquée, en pleine prière du ramadan. Sans attendre les résultats de l'enquête, les émeutes reprennent aussitôt. Nicolas Sarkozy reste en première ligne, mais plus pour très longtemps. Les deux familles endeuillées refusent de le rencontrer au ministère de l'Intérieur. C'est à Matignon qu'elles obtiennent audience, symbole fort, mais un nouvel engrenage de violence s'est déjà enclenché. Ce n'est plus une ville, mais 4 départements, puis toute la région Ile-de-France qui est touchée. Aux affrontements avec la police succèdent des agressions contre la population. Un retraité, passé à tabac ne survivra pas, dans ce bus, une femme a failli mourir brûlée vive.
Inconnue
Elle a vu ces jeunes qui mettaient de l'essence partout, y compris sur elle, et elle a vu ce bus s'enflammer.
Olivier Carow
Autres cibles nouvelles, des écoles, des entreprises, dans des dizaines de quartiers différents, rien que pour l'Ile-de-France, les dégâts sont estimés à 200 millions d'euros minimum, sans compter les incendies de voiture. Au fil des jours, leur nombre forme un inquiétant baromètre, 200, la nuit du 2 au 3 novembre, 1300, trois nuits plus tard, au total en 20 jours de violence, plus de 9000 véhicules ont brûlé. Différentes villes de province ont dû, à leur tour, affronter cette vague de violence ; la nuit du 6 novembre sera la plus destructrice de toute, ce soir là, Jacques Chirac prend la parole pour la première fois.
Jacques Chirac
Aujourd'hui, la priorité absolue, c'est le rétablissement de la sécurité et de l'ordre public.
Olivier Carow
Dès le lendemain, Dominique de Villepin annonce le recours au couvre-feu, décision rarissime, alors que les plus grands médias internationaux décrivent sans retenue, une France qui flambe. Sur le terrain, les violences commencent à décroître non sans incidents, policiers et gendarmes comptent 126 blessés dans leurs rangs. L'immense majorité des milliers d'interpellations s'est passée normalement, mais il y a quelques dérapages. Et une bavure. Celle-ci, à La Courneuve, des policiers frappent à terre un jeune homme qui les a longuement insultés, 8 fonctionnaires sont suspendus, 5 d'entre eux poursuivis par la justice. En 3 semaines, la police a placé en garde à vue près de 3000 personnes, plus de 500 ont déjà été placés en détention, dont une centaine de mineurs.

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