La crise du contrat première embauche (CPE)

10 avril 2006
03m 17s
Réf. 04576

Notice

Résumé :

De février à début avril 2006, une mobilisation massive des étudiants, des lycéens et des syndicats a lieu contre le contrat première embauche (CPE). Défendu par le Premier ministre Dominique de Villepin, il est finalement retiré.

Date de diffusion :
10 avril 2006
Source :

Contexte historique

Nommé Premier ministre le 31 mai 2005 par Jacques Chirac, Dominique de Villepin lance dès l'été 2005 un plan pour l'emploi. Il met en particulier en place pour les entreprises de vingt salariés au plus un contrat nouvelles embauches (CNE), qui permet le licenciement de l'employé sans en préciser le motif au cours d'une période dite de "consolidation" de deux ans.

Le 16 janvier 2006, désireux de réduire le chômage des jeunes, Dominique de Villepin annonce la création du contrat première embauche (CPE). Destiné aux salariés de moins de 26 ans, le CPE, comme le CNE, est assorti d'une période de consolidation de deux années au cours de laquelle l'employeur peut licencier son employé sans justification. Afin d'accélérer l'adoption de la loi sur l'égalité des chances qui crée notamment le CPE, le gouvernement recourt à l'article 49-3. Le CPE suscite cependant rapidement l'opposition croissante des étudiants et lycéens ainsi que des syndicats de salariés et des partis politiques de gauche: ils considèrent que ce contrat rendrait aisés les licenciements abusifs. Des manifestations d'étudiants autour de l'UNEF dirigée par Bruno Julliard, de lycéens et de syndiqués ont lieu dès le mois de février 2006. De nombreuses universités sont bloquées par des étudiants. Au cours du mois de mars 2006, les manifestations se multiplient et la mobilisation contre le CPE apparaît de plus en plus massive. Ainsi, le 28 mars, de un à trois millions de personnes défilent dans les rues des villes françaises pour demander le retrait du CPE.

Pourtant, malgré l'accroissement de la crise sociale et l'apparition de dissensions jusque dans sa majorité, dont la plus notable est celle exprimée par le président de l'UMP Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin refuse de céder et de retirer le CPE. Le 31 mars, le président de la République Jacques Chirac annonce de manière surprenante la promulgation de la loi sur l'égalité des chances portant création du CPE tout en demandant au gouvernement de préparer une nouvelle loi. Celle-ci doit réduire la période d'essai de deux ans à un an et accorder le droit au jeune salarié de connaître les motifs de son licenciement. Dans les faits, le CPE est vidé de sa substance.

Dominique de Villepin se résigne dès lors le 10 avril 2006 à annoncer le retrait du CPE, qu'il avait défendu jusqu'au bout. Le CPE est abrogé par la loi du 21 avril 2006 sur l'accès des jeunes à la vie active en entreprise. Les universités bloquées ou fermées rouvrent leurs portes et la contestation prend fin. Les effets de cette crise sont désastreux pour Dominique de Villepin, dont la popularité chute lourdement, et qui voit ruinées ses ambitions pour l'élection présidentielle de 2007.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé le 10 avril 2006, le jour même de l'annonce par Dominique de Villepin du retrait du CPE, ce reportage s'emploie à retracer de manière chronologique les principales étapes de la crise qui a duré près de trois mois. Il prend ainsi la forme d'un sujet rétrospectif conçu à partir d'un montage d'images d'archives, technique fréquemment utilisée dans les journaux télévisés lorsqu'un événement s'étend dans la durée. Dans le cas présent, les dates sont à chaque fois précisées sur fond de bandeaux de presse.

Le reportage montre des plans habituels d'une crise sociale et politique: manifestations, débats houleux à l'Assemblée nationale et négociations avec les syndicats. Il s'attache à donner la parole aux principaux acteurs politiques et syndicaux de la crise du CPE - Dominique de Villepin, Bruno Julliard, Bernard Thibault, Jean-Marc Ayrault, Nicolas Sarkozy et Bernard Accoyer - par le biais de courts extraits d'interviews ou de discours. Toutefois, le sujet est centré sur la personne du Premier ministre Dominique de Villepin. Il s'agit de le présenter comme l'initiateur du CPE et comme celui qui le défend jusqu'au bout contre tous. Les commentaires insistent particulièrement sur son obstination à lutter contre les oppositions multiples à son projet, venant y compris de la majorité, et à le faire aboutir. Il est également présenté comme étant soumis à une forte pression, ainsi que l'illustre l'extrait d'un lapsus à l'Assemblée nationale.

Symbolisant à la fois son isolement et son échec, le dernier plan du sujet sur Dominique de Villepin marchant seul dans la rue apparaît très significatif.

Christophe Gracieux

Transcription

David Pujadas
Et c'est donc on l'a dit un feuilleton de près 3 mois qui est en train de s'achever, Dominique de Villepin avait annoncé la création du CPE le 16 janvier dernier, jusqu'au bout il aura voulu tenir bon, récit d'Alix Bouilhaguet.
Alix Bouilhaguet
Cette matinée de janvier, Dominique de Villepin pense avoir trouvé sa recette pour lutter contre le chômage des jeunes.
Dominique (de) Villepin
J'ai donc voulu créer une voie d'accès directe au contrat à durée indéterminée, le contrat première embauche.
Alix Bouilhaguet
Trois semaines plus tard, ce sont les premiers défilés anti CPE .
Inconnus
Retrait, retrait, retrait du CPE !
Alix Bouilhaguet
Sourd aux injonctions de la rue, Dominique de Villepin garde son cap.
Dominique (de) Villepin
J'écoute ceux qui manifestent, mais j'écoute aussi ceux qui ne manifestent pas.
Alix Bouilhaguet
Et il veut aller vite. Pour accélérer le débat, il engage la responsabilité du gouvernement. Le 9 mars, le CPE est donc adopté. Dominique de Villepin pense avoir gagné la partie. Au même moment certaines universités commencent à faire grève.
Bruno Julliard
Lorsqu'on n'est pas entendu et pas satisfait, on continue la mobilisation.
Alix Bouilhaguet
8 jours plus tard, environ 1 million et demi de personnes sont dans la rue.
Inconnu
Dominique de Villepin semble ignorer les jeunes, on est de plus en plus, aujourd'hui on est 130.00 à Marseille...
Alix Bouilhaguet
Des affrontements violents se déroulent à Paris. Les syndicats unis brandissent alors la menace d'une grève générale, quant à la solidarité de la majorité, elle commence à montrer quelques failles. C'est le moment choisi par Jacques Chirac pour faire entendre sa voix. Il invite Dominique de Villepin à recevoir les syndicats à Matignon.
Dominique (de) Villepin
Messieurs, merci beaucoup.
Bernard Thibault
On n'a pas convaincu le premier ministre que la seule réponse attendue et adaptée à la situation, c'était de retirer le CPE ...
Inconnu
Ça fait deux mois qu'on [INCOMPRIS]
Alix Bouilhaguet
Le 28 mars nouvelle grande manifestation, les syndicats annoncent 3 millions de personnes dans toute la France. L'opposition hausse le ton.
Jean-Marc Ayrault
Oubliez votre orgueil, retirez le CPE, faites la paix avec les français.
Alix Bouilhaguet
Le premier ministre est tendu, jusqu'à en commettre un lapsus.
Dominique (de) Villepin
Attendons le conseil constitutionnel qui prendra sa démission demain, qui prendra sa décision demain et n'oublions...
Alix Bouilhaguet
Soumis à la pression de Dominique de Villepin, Jacques Chirac promulgue la loi le 31 mars, pour la suspendre aussitôt.
Jacques Chirac
Je demande au gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires pour qu'en pratique, aucun contrat ne puisse être signé sans intégrer pleinement l'ensemble de ces modifications.
Alix Bouilhaguet
L'aménagement du CPE est alors confié à des parlementaires UMP. En coulisse, Nicolas Sarkozy est à la manoeuvre avec un objectif assumé.
Nicolas Sarkozy
La raison c'est que tout ceci s'arrête le plus tôt possible
Alix Bouilhaguet
Le balais des discussions reprend ; vendredi 7 avril, un point d'accord est trouvé.
Bernard Accoyer
Une synthèse sera dégagée
Alix Bouilhaguet
3 jours plus tard, le CPE sera officiellement mort. La crise aura duré 3 mois, au cours desquelles les rivalités au sein même du gouvernement, auront été cruellement mises au jour.

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