La crise de la vache folle

17 mai 1996
02m 25s
Réf. 04581

Notice

Résumé :

Rétrospective de la crise de la vache folle depuis le 20 mars 1996. La France impose un embargo sur le boeuf britannique, suivie ensuite par l'ensemble de l'Union européenne. Des doutes subsistent sur l'utilité de l'embargo.

Date de diffusion :
17 mai 1996
Date d'événement :
20 mars 1996
Source :
(Collection: 19/20 )

Contexte historique

Au cours des années 1990, les pays d'Europe sont frappés par la crise de la "vache folle", qui entraîne de grandes craintes chez les consommateurs et provoque la chute du marché de la viande bovine. L'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), dite "maladie de la vache folle", est identifiée pour la première fois en novembre 1986 au sein d'un élevage britannique. Dès 1987, les premières études effectuées estiment que la maladie est apparue du fait de l'incorporation de farines d'origine animale dans l'alimentation des bovins.

Plusieurs mesures sont alors prises, dont l'interdiction par les autorités britanniques en 1988 de nourrir les ruminants avec des farines d'origine animale, ou par la Communauté européenne en 1989 d'exporter des vaches britanniques nées avant juillet 1988 ou suspectées d'être atteintes par la maladie. Le premier cas de "vache folle" en France est découvert en mars 1991, dans les Côtes-d'Armor. Les autorités françaises décident alors l'abattage de tout le troupeau en cas de contamination d'un animal. En 1993 et en 1995, plusieurs éleveurs britanniques de troupeaux dans lesquels des cas de "vache folle" avaient été détectés meurent de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Le 20 mars 1996, Stephen Dorrell, le ministre de la Santé britannique, révèle en effet à la Chambre des Communes que dix personnes ont été atteintes par une nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. La crainte de la possibilité d'une transmission de l'ESB à l'homme voit le jour.

Plusieurs Etats européens, dont la France, décident alors dès le 22 mars 1996 d'imposer un embargo sur les importations de viande bovine britannique. Un embargo total sur tous les bovins britanniques et leurs produits dérivés est ensuite imposé par l'Union européenne le 27 mars 1996. En France, le 17 avril 1996, le ministre de l'Agriculture Philippe Vasseur prend la décision d'abattre l'intégralité des veaux d'origine britannique consignés en France depuis le 22 mars. Craignant d'être contaminés par la maladie de Creutzfeldt-Jakob, les consommateurs achètent dès lors de moins en moins de viande bovine, plongeant la filière dans de grandes difficultés. Ce n'est qu'en 2002 que la France lève l'embargo sur le boeuf britannique, après avoir refusé de le faire en 1999 lorsque la Commission européenne l'avait décidé pour l'ensemble des pays de l'Union européenne.

La crise de la vache folle entraîne un débat sur la sécurité alimentaire et le principe de précaution. C'est à sa suite qu'une loi sur la veille sanitaire et la surveillance des produits destinés à l'homme est adoptée en France en 1998. Les autorités françaises mettent ainsi en place l'Institut de veille sanitaire en 1998 et l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments en 1999.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet prend la forme d'une rétrospective: composé d'images d'archives, mêlant plans d'illustration et extraits d'interviews, il fait le récit de deux mois de crise de la vache folle. Il suit la chronologie des principaux événements, la date étant d'ailleurs à chaque fois incrustée sur l'image. Hormis les plans filmés à la Chambre des Communes britannique ou des négociations entre pays de l'Union européenne, la plupart des images servent en fait d'illustration au commentaire du journaliste, telles que celles de camions chargés de boeufs sur un bateau ou d'étals de bouchers sur un marché.

Didactique, ce reportage s'emploie à traiter la plupart des aspects de la crise de la vache folle. En premier lieu, l'aspect politique à travers les décisions prises par la Commission européenne et les ministres de l'agriculture. Il s'intéresse également aux répercussions de la crise sur la consommation de viande bovine.

Enfin, il met en lumière les doutes qui subsistent sur la possibilité de transmission à l'homme de la maladie de la vache folle. De manière significative, le journaliste précise bien que les autorités françaises ont refusé que l'abattage de troupeaux soit filmé. Les seules images qui en témoignent sont donc celles du convoi protégé par des gendarmes, dont les photographes et les caméramans ne peuvent prendre des images qu'à distance.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
En plaidant d'une certaine façon la cause du boeuf britannique, le président Jacques Chirac a dédramatisé d'un seul coup, une crise de plusieurs semaines. Mais le cas de la vache folle sera examiné une nouvelle fois lundi à Bruxelles. Cette fois ce sont les experts vétérinaires de l'Union Européenne qui reprendront ce lourd dossier. D'ores et déjà on sait que ces mêmes experts émettent des doutes sur l'utilité de l'embargo. Rappel de 2 mois de crise avec Marie-Pierre Courtellemont.
Marie-Pierre Courtellemont
Voici l'homme qui a ouvert la porte à toutes les craintes : Stephen Dorel, ministre anglais de la santé. Ce jour là, le flegme britannique des élus de la chambre des Communes ne pourra pas calmer les esprits après l'ampleur de la révélation : la maladie de la vache folle pourrait tuer les consommateurs. Pourrait, mais très vite ce conditionnel n'existe plus. Dès le lendemain la France décide de prendre le taureau par les cornes, Paris suspend ses importations de viande bovine en provenance de Grande Bretagne.
Philippe Vasseur
Nous ne pourrons pas accepter de viande sans garantie de sécurité de la part de quelque pays que ce soit, en l'occurrence, la Grande Bretagne.
Marie-Pierre Courtellemont
Et l'Union Européenne suit, ce sont les négociations de Bruxelles, le 27 mars, la commission vote à l'unanimité l'embargo, l'unanimité moins une voix, celle des anglais. 4 toujours plus tard, nuit blanche et mine épuisée, la réunion marathon de Luxembourg, les ministres de l'agriculture de la CEE demandent un plan d'abattage aux anglais.
Ben Gill
Nous avons un problème dans tous les pays de la communauté, ce n'est pas seulement un problème britannique
Marie-Pierre Courtellemont
Les britanniques ont jeté le trouble, le ministère français a beau lancer le label viande française. Rien n'y fait, les consommateurs boudent le boeuf à l'étalage des boucheries.
Journaliste
Est-ce que les gens vous demandent d'où ça vient avec les histoires de la vache folle ?
Boucher
Depuis hier, oui. Ça n'arrête pas !
Marie-Pierre Courtellemont
Pour preuve de sa bonne foi, la France organise l'abattage de troupeaux douteux mais silence on ne tourne pas, cela se fera dans le secret. Une discrétion comme un élément supplémentaire pour brouiller les pistes parce que dans cette affaire, une certitude, les scientifiques n'en ont aucune.
Philippe Guérin
La viande elle-même, proprement dit du muscle, si vous voulez, une fois qu'il a été débarrassé de tous les tissus nerveux qui peuvent être autour, cette viande aujourd'hui, ça a été prouvé en laboratoire, n'a aucun pouvoir de transmission de l'infection.
Marie-Pierre Courtellemont
Alors, lundi la commission européenne assouplira peut être l'embargo, la fièvre retombe doucement, mais le germe subsiste : il s'appelle le doute.

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