Les victimes de la canicule d'août 2003

18 août 2003
02m 51s
Réf. 04584

Notice

Résumé :

Bilan des victimes de la canicule qui a sévi en France en août 2003. Hôpitaux, pompes funèbres et pompiers ont rapidement été débordés. Le gouvernement Raffarin est accusé d'avoir réagi trop tardivement face à la situation.

Date de diffusion :
18 août 2003
Date d'événement :
03 août 2003

Contexte historique

Au cours de la première quinzaine d'août 2003, la France a été frappée par une canicule d'une ampleur inédite, la plus importante depuis 1947. Débutant véritablement le 3 août, elle a atteint des températures très élevées: une très grande partie du territoire français a ainsi été touchée par des températures supérieures à 35 degrés pendant au moins dix jours et supérieures à 40 degrés pendant au moins deux jours.

En raison de la permanence d'une grande chaleur durant plusieurs jours et du maintien de températures nocturnes élevées, de nombreuses personnes âgées ont été frappées de déshydratation et ont afflué dans les services d'urgence. Dès le 6 août, les services d'urgence des hôpitaux parisiens, avec à leur tête Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes hospitaliers de France, tentent en vain d'alerter les autorités sanitaires de la surmortalité anormalement élevée provoquée par la canicule. Cette surmortalité culmine du 11 au 13 août. Selon une enquête réalisée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), près de 15 000 personnes sont décédées entre le 1er et le 20 août 2003 des suites de la canicule, dont la moitié était âgée de plus de 85 ans.

A la suite de l'alerte lancée par les urgentistes, le manque de réactivité du gouvernement est dénoncé. Le 13 août, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui a interrompu ses vacances, lance le "Plan blanc", ensemble de mesures de soutien aux services d'urgence. Le ministre de la Santé Jean-François Mattei, qui estimait que les mesures adéquates avaient été prises, est l'objet des plus vives critiques. Le 18 août, considérant avoir été mis en cause à tort par le gouvernement, le directeur général de la Santé Lucien Abenhaïm démissionne.

Si de graves anomalies sont apparues dans la gestion de la canicule, cette crise a mis en évidence les insuffisances des systèmes d'alerte sanitaire et du fonctionnement des services d'urgence. Une mission parlementaire est créée dès septembre 2003 pour tenter de mettre à jour les raisons des dysfonctionnements apparus lors de la canicule. Celle-ci a en outre permis de prendre la mesure l'ampleur de l'isolement de nombreuses personnes âgées, plus particulièrement dans les grandes villes, mortes seules des suites de la canicule.

Le gouvernement Raffarin mit ainsi en place dès fin août 2003 un plan d'aide aux personnes âgées. Jean-Pierre Raffarin proposa d'y consacrer le fruit d'une journée de travail en supprimant un jour férié. Ce fut le lundi de Pentecôte qui fut choisi et déclaré à partir de 2004 journée de solidarité envers les personnes âgées.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce sujet a été diffusé le 18 août 2003, alors que la canicule prend fin. Il propose une rétrospective jour après jour des événements de la semaine précédente. Le reportage traite les faits selon deux angles principaux. Il s'emploie d'une part à présenter l'évolution des conséquences sanitaires de la canicule et une estimation du nombre des victimes. La plupart des images, assez dures, visent ainsi à illustrer l'hécatombe: plans de couloirs d'hôpitaux bondés, de fossoyeurs au travail, de tentes réfrigérées pour conserver les corps et de pompiers découvrant une victime dans son appartement. L'estimation de 5 000 victimes évoquée par le journaliste n'est du reste que très provisoire puisque près de 15 000 personnes succombent finalement de la canicule du 1er au 20 août 2003.

D'autre part, ce sujet rétrospectif met en lumière les critiques contre la gestion de la crise par le gouvernement et les autorités sanitaires. Les déclarations de Patrick Pelloux, personnalité devenue très médiatique à partir de cet épisode, et de Frédéric Teissière, qui expriment leur révolte, en témoignent. Le reportage rend bien compte de la polémique qui a éclaté sur la responsabilité des victimes de la canicule entre ces médecins urgentistes et le ministre de la Santé Jean-François Mattei qui, interrogé, estime qu'il a fait ce qu'il devait faire.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Le professeur Abenhaïm est l'invité de cette édition. Bonsoir Professeur, merci d'être avec nous.
Lucien Abenhaïm
Bonsoir
Présentateur
Nous reviendrons sur votre démission dans un instant mais avant cela je vous propose de revenir sur le fil des évènements depuis les premiers jours de la canicule pour en arriver à aujourd'hui où le Ministre de la santé parle d'une hypothèse plausible, non plus de 3000 mais de 5000 victimes. Christophe Nardini.
Christophe Nardini
Une véritable hécatombe, c'est en ces termes que ce médecin urgentiste décrivait la situation en début de semaine. Pendant le week-end 50 personnes, rien qu'en Ile-de-France, sont mortes à cause de la canicule. Révolté, ce médecin s'en prend à l'attitude de la direction générale de la santé qui parle, elle, de mort naturelle.
Patrick Pelloux
Mais qu'est-ce qu'ils foutent à la direction générale de la santé, ils se moquent de qui ? Le problème, il est bien réel. C'est que nous avons des malades qui sont en train de mourir, qui meurent peut être plus tôt que ce qu'ils devraient, mais ils n'auraient pas dû mourir.
Christophe Nardini
Dans les hôpitaux, l'organisation estivale est bousculée. Il faut faire face à l'afflux de malades. Très vite, les lits manquent, comme dans cet établissement, 40% des chambres restent fermées faute de personnel. Pour le Ministère de la Santé, la situation est normale. Mardi pourtant, les services funéraires commencent à leur tour à être débordés. Les fossoyeurs n'ont jamais autant travaillé. A Longjumeau, aux abords d'un funérarium saturé, une tente réfrigérée est même dressée pour accueillir jusqu'à 40 corps. Les autorités commencent alors à parler de 1500 à 3000 morts. Mercredi, le Plan Blanc est déclenché en Ile-de-France. Il sera étendu le lendemain à tout le territoire, une mesure qui arrive un peu tard aux yeux des médecins, certains sont amers.
Frédéric Teissière
Si le Plan Blanc avait été déclenché avant, les conditions dans lesquelles des personnes sont décédées, les conditions inacceptables auraient été évitées.
Christophe Nardini
Jeudi, devant l'ampleur de la crise et le début de polémique, Jean-Pierre Raffarin interrompt ses vacances. Le gouvernement parle de problème de société et non d'un drame médical. Critiqué, le Ministre de la Santé réfute toute responsabilité.
Jean-François Mattéi
Nous avons réagi dès qu'il fallait le faire. Je n'ai en conscience aucun reproche et aucun regret, car nous avons véritablement agi chaque fois qu'il le fallait et le plus vite possible.
Christophe Nardini
En fin de semaine, malgré une baisse de la température, pompiers et policiers restent fortement sollicités, souvent appelés alors qu'il est déjà trop tard. Difficile de dresser un bilan des personnes mortes à domicile mais la tendance est inquiétante.
Mohammed Douhane
Dans un arrondissement moyen sur la capitale, on enregistre en moyenne 3 à 4 décès par semaine, là certains arrondissements ont enregistré ces dernières semaines 30, 40 voire 50 cas de décès au cours d'une semaine.
Christophe Nardini
Aujourd'hui, aucun chiffre officiel sur ces morts. Mais pour beaucoup les 5000 victimes annoncées dues à la canicule sont plus qu'une hypothèse plausible.

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