Le collectif "Sauvons la Recherche"

19 mars 2004
01m 54s
Réf. 04585

Notice

Résumé :

La manifestation du 19 mars 2004 constitue le sommet de la mobilisation des chercheurs qui protestent contre la diminution des crédits gouvernementaux alloués à la recherche. Elle constitue dès lors un succès pour le collectif "Sauvons la recherche".

Date de diffusion :
19 mars 2004
Source :

Contexte historique

Le 19 mars 2004, les manifestations de chercheurs à l'appel de l'association"Sauvons la Recherche" et de quatorze organisations syndicales, connaissent une ampleur sans précédent. A Paris, la manifestation réunit plus de 25 000 personnes selon les organisateurs et 9 500 selon la préfecture. En Province également, la mobilisation est majeure: plus de 2 000 chercheurs défilent à Strasbourg et Marseille, un millier à Poitiers et Nice.

Ainsi, les manifestations du 19 mars constituent le sommet d'une mobilisation dans un milieu traditionnellement peu habitué aux actions collectives.

Une tel engagement exprime les craintes d'une profession qui se sent menacée par le projet de loi d'orientation et de programmation pour la recherche et l'innovation, adopté par le gouvernement Raffarin, qui diminue les crédits alloués à la recherche. Dès lors, le mouvement "Sauvons la recherche" se forme dès la fin 2003 à partir d'un noyau de biologistes de l'Institut Cochin. Afin de mobiliser l'ensemble de la profession et d'informer l'opinion publique, deux pétitions sont lancées: une pétition des professionnels de la recherche qui réunit 74 000 signatures, et une pétition citoyenne qui recueille 230 000 signatures.

Devant la fermeté du gouvernement, le 9 mars 2004, le collectif appelle les directeurs de recherche du CNRS à démissionner collectivement de leurs fonctions administratives. Au total, ce sont plus de 3 000 directeurs qui effectuent ce geste de protestation symbolique. Le 19 mars 2004, l'ampleur de la manifestation surprend, à la fois les organisateurs, et le gouvernement.

Alors que les élections régionales de 2004 sanctionnent la politique gouvernementale, François Fillon et François d'Aubert sont nommés respectivement ministre de l'éducation et ministre délégué à la recherche à l'issue d'un remaniement gouvernemental. Le 7 avril 2004, ils accèdent à l'intégralité des demandes des chercheurs. Ils restaurent les crédits coupés en 2003 et rétablissent les 550 postes fixes supprimés. Ils annoncent même 3 000 embauches de chercheurs, ingénieurs et de personnel technique. Alain Trautmann, porte-parole du mouvement, qualifie même ce résultat d' "inespéré". En septembre 2004, le budget 2005 pour la recherche comprend effectivement l'augmentation promise d'un milliard d'euros.

Toutefois, si les chercheurs ont obtenu une hausse des crédits alloués à la recherche, ils ne sont pas parvenus à ce que le budget de la recherche soit équivalent à 3% du PIB. Plus encore, ils n'ont pas réussi à enrayer la progressive primauté de la recherche appliquée sur la recherche fondamentale. En effet, les états généraux de la recherche organisés à Grenoble le 29 octobre 2003 s'achèvent sur un texte relativement confus et ne présentant pas de perspectives de mutation profonde. Dès lors, le 7 février 2005, le gouvernement crée l'Agence nationale de la Recherche, lance les pôles de compétitivité le 28 février, et le 30 août instaure l'Agence de l'innovation industrielle. Cette triple création marque une victoire de la recherche appliquée au détriment de la recherche fondamentale. De fait, l'Etat, par le biais du contrôle de l'allocation des financements destinés à la recherche détermine désormais l'orientation de celle-ci et encourage la recherche de débouchés concrets.

Historique par son ampleur, la mobilisation des chercheurs dans le cadre du collectif "Sauvons la Recherche", n'est pas parvenue à enrayer le déclin de la recherche fondamentale en France.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce reportage diffusé au cours du journal télévisé de 20 heures, le soir de la plus grande manifestation de chercheurs insiste avant tout sur l'ampleur de la mobilisation.

Le traitement médiatique de la manifestation est classique. Ainsi, après avoir mentionné les chiffres contradictoires des organisateurs et de la préfecture de police, le reportage alterne les plans larges sur le convoi des manifestants qui témoignent de l'importance de la manifestation, et les gros plans sur les pancartes et déguisements les plus remarquables.

Le commentaire énonce les principales revendications des chercheurs, puis relaie leur indignation face au mépris dont le gouvernement fait preuve à leur égard. En ce sens, il insiste sur le fait que le refus par l'Elysée de recevoir le mouvement des chercheurs est conspué par les manifestants.

Enfin, le mécontentement des professionnels de la recherche est replacé dans un contexte politique plus large avec le rappel de l'échéance des élections régionales à la fin de la semaine, que le collectif espère instrumentaliser.

Julie Le Gac

Transcription

Béatrice Schönberg
La mobilisation des chercheurs ne faiblit pas, ils étaient près de 25000 selon les organisateurs à défiler dans les rues de Paris. Jacques Chirac n'a pas réussi à apaiser la grogne des scientifiques qui ont organisé aujourd'hui une nouvelle journée d'action. Jean-Pierre Raffarin, le premier ministre parle de main tendue et de dialogue, alors que plus de 3000 directeurs de labo et chefs d'équipe ont démissionné de leur fonction. Nicolas Châteauneuf, Alexandra Renard.
Nicolas Châteauneuf
C'était un test pour le mouvement des chercheurs, il est réussi. Dans les rues de Paris, cet après midi, ils étaient entre 10 et 25000 manifestants selon les différents décomptes de la police et des syndicats, c'est tout simplement le double de la manifestation d'il y a 10 jours. Une mobilisation qui touche tout le monde de la recherche française, techniciens, doctorants, ingénieurs, professeurs, dont certains ne sont pas très optimistes sur l'avenir de leur métier.
Axel Kahn
Je me demande si nous ne sommes pas face à un gouvernement et malheureusement aussi à un président de la République d'un autisme tel qu'il n' y ait rien en à attendre et donc peut-être que nous avons à traverser une dure période, une période qui sera très difficile pour mon pays.
Nicolas Châteauneuf
Dans le cortège, des références aux plus grandes figures de la science française expriment le malaise profond des chercheurs. Depuis le début de l'année, le mouvement s'étend et ratisse large. Vous faites participer vos enfants donc à votre combat ?
Inconnu
Ben oui l'avenir de la recherche, c'est pour leur avenir aussi.
Nicolas Châteauneuf
550 postes de chercheurs en moins cette année, laboratoires sous équipés, financements insuffisants, les motifs de mécontentement sont nombreux. Et à défaut de Matignon, les manifestants espéraient se faire entendre à l'Elysée.
Alain Trautman
On nous a répondu qu'il nous était possible de déposer des pétitions au concierge de l'Elysée. Nous avons dit que nous n'irions pas.
Nicolas Châteauneuf
Mais les collectifs " Sauvons la recherche " prévoient déjà d'autres rendez-vous et appellent les chercheurs à exprimer leur colère ce dimanche dans les urnes

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