Installation d'un campement pour les sans-abri le long du canal Saint-Martin

26 décembre 2006
02m 18s
Réf. 04592

Notice

Résumé :

Le campement de tentes pour les sans-abri installé le long du canal Saint-Martin par l'association Les Enfants de Don Quichotte ne cesse de s'agrandir.

Date de diffusion :
26 décembre 2006
Date d'événement :
16 décembre 2006

Contexte historique

Le nombre des sans domicile fixe (SDF) n'a cessé de s'accroître en France depuis les années 1980. L'Insee estimait qu'il y avait 86 500 SDF en 2001. En 2007, ils étaient environ 100 000 selon la Fondation Abbé Pierre. C'est précisément afin de lutter pour l'amélioration de leurs conditions de vie que l'association Les Enfants de Don Quichotte est fondée en 2006.

Dans la nuit du 15 au 16 décembre 2006, Les Enfants de Don Quichotte, conduits notamment par Augustin Legrand et son frère Jean-Baptiste, décident d'installer le long du canal Saint-Martin, à Paris une centaine de tentes, dans lesquelles prennent place des SDF. Ils invitent également les "bien-logés" à venir dormir sous les tentes. Par cette action spectaculaire, ils souhaitent attirer l'attention sur le sort des sans-abri. Ce coup d'éclat n'est pas sans rappeler l'appel lancé par l'abbé Pierre en faveur des sans-logis et des déshérités au cours de l'hiver 1954. Le mouvement s'étend début janvier 2007 à Toulouse, Bordeaux, Lille, Nantes et Grenoble.

L'opinion accueille très favorablement l'action des Enfants de Don Quichotte, tandis que de nombreux hommes politiques viennent apporter leur soutien à l'association. Le gouvernement de Dominique de Villepin réagit à cette opération en adoptant le 8 janvier 2007 un plan d'action renforcé en faveur des sans-abri, présenté par le ministre de l'Emploi, de la Cohésion sociale et du Logement Jean-Louis Borloo, qui prévoit notamment la transformation de places d'hébergement d'urgence en places de stabilisation. Il élabore en outre un projet de loi qui institue le droit opposable au logement, adopté par le Parlement en février 2007. Le campement de tentes du canal Saint-Martin est finalement levé en avril 2007, après trois mois d'installation. Toutefois, le 15 décembre 2007, les Enfants de Don Quichotte conduisent une nouvelle opération: ils installent près de la cathédrale Notre-Dame de Paris 250 tentes qui sont cependant très rapidement évacuées par les forces de l'ordre.

Soutenus par la plupart des autres associations telles qu'Emmaüs ou le Secours catholique, ils estiment que les engagements pris par le plan d'action renforcé en faveur des sans-abri n'ont pas été respectés et qu'un nombre insuffisant de places d'hébergement et de logement pour les sans-abri ont été créées.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage qui fait l'ouverture du "19/20" de France 3 le 26 décembre 2006 fait le point sur l'opération lancée dix jours auparavant par l'association Les Enfants de Don Quichotte en faveur des sans-abri. Didactique, il confronte différents témoignages de personnes directement concernées par cette action: celui du co-fondateur des Enfants de Don Quichotte, de sans-abri abrités sous les tentes, d'une riveraine solidaire de l'opération et de la ministre déléguée à la Cohésion sociale Catherine Vautrin.

Le sujet s'attache à présenter des images de la rangée des tentes installées le long du canal Saint-Martin dans le but de montrer les conditions d'installation du campement. Les Enfants de Don Quichotte ont en effet souhaité attirer l'attention des médias, de l'opinion et du gouvernement sur la situation des sans-abri. Ils ont ainsi repris le procédé d'une action spectaculaire utilisé auparavant par l'abbé Pierre au cours de l'hiver 1954 lorsqu'il avait lancé un appel à la radio en faveur des sans-logis.

Les Enfants de Don Quichotte recherchaient donc explicitement la médiatisation de leur action et la présence de caméras de télévision. L'intérêt des médias pour l'opération du canal Saint-Martin fut de fait très prononcé, notamment pour la personnalité charismatique de l'un de ses fondateurs, Augustin Legrand. Cette médiatisation contribua largement à gagner aux Enfants de Don Quichotte le soutien de nombreuses personnalités politiques et à l'adoption en mars 2007 d'une loi sur le droit au logement opposable.

Christophe Gracieux

Transcription

Marlène Blin
Le froid a fait une nouvelle victime, un sans abri de 58 ans est mort, la nuit dernière, en plein centre ville de Belfort ; plus que jamais, la question de l'hébergement des SDF est posée, Catherine Vautrin a reçu cet après-midi des membres des Enfants de Don Quichotte, et ce alors que le campement de cette association, installé depuis une semaine le long du canal Saint Martin à Paris, ne cesse de s'agrandir. Séverine Bourgault, Guillaume Barbier.
Séverine Bourgault
C'est devenu leur village, leur campement depuis 10 jours le long du canal Saint Martin, le nombre de tentes se multiplie.
Pascal Oumakhlouf
Au niveau des tentes, on est arrivé ici avec 100 tentes, on les a installé de chaque côté du canal. Les premières soirées, elles n'étaient pas toutes remplies, on vous avoue. Au fur et à mesure il y avait des biens logés qui nous ont rejoint et des SDF.
Séverine Bourgault
Aujourd'hui c'est plus du double, près de 250 tentes, quelquefois occupées par 2 à 3 personnes. Une communauté qui s'organise tant bien que mal avec le soutien des riverains.
Zaimi Sadok
On amène ici manger, on vous le ramène vêtements, on ramène les cigarettes.
Séverine Bourgault
Un soutien matériel mais aussi moral, dans la rue on signe la charte du canal Saint Martin, un document dans lequel les collectifs réclament l'ouverture de structures d'hébergement.
Fabienne Fehrenbach
Moi je suis complètement solidaire, j'habite le quartier, je connais bien le quartier, je peux donner tout ce que j'ai. Je ne suis pas tellement fortunée mais voilà
Séverine Bourgault
Une solidarité limitée face au problème de l'exclusion que les tentes du canal Saint Martin ont permis de rendre visible.
Inconnu
50000 places, tu appelles et c'est complet, alors... On se rend compte que, et de plus en plus, et ils sont jeunes, eh !
Séverine Bourgault
Cet après-midi, le Ministre de la Cohésion sociale, Catherine Vautrin, a réaffirmé la mobilisation du gouvernement devant des bénévoles du collectif, mais a nié le manque de place.
Catherine Vautrin
Aujourd'hui, la question qui se pose n'est plus une question de place. Aujourd'hui sur Paris, il y a 350 places qui sont encore disponibles en hébergement, c'est beaucoup plus sur les formes d'accueil et sur l'accompagnement que l'on peut apporter.
Séverine Bourgault
Selon l'association Emmaüs France, 1 million de personnes seraient aujourd'hui privées de logement et 100000 seraient à la rue.

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