La découverte des camps de la mort

10 juin 1945
07m 12s
Réf. 04594

Notice

Résumé :

Lors de l'ouverture des camps nazis au cours de l'offensive finale lancée contre l'Armée allemande en 1945, les Alliés découvrent avec effroi de multiples charniers et quelques rescapés faméliques. Ils réalisent alors l'ampleur des crimes commis.

Type de média :
Date de diffusion :
10 juin 1945
Date d'événement :
11 avril 1945
Personnalité(s) :

Contexte historique

Lors des offensives lancées contre l'Armée allemande en 1945, les troupes alliées, découvrent avec effroi les camps de concentration et d'extermination construits par les nazis.

L'Armée Rouge, la première, pénètre dans le camp d'extermination de Majdanek, près de Lublin, que les Allemands avaient tenté d'incendier dans la précipitation de leur retraite, afin de dissimuler les preuves de l'extermination d'environ 200 000 personnes. Le 27 janvier 1945, elle entre dans le camp d'Auschwitz-Birkenau dans lequel elle ne trouve que quelques milliers de prisonniers. La majorité des détenus a en effet été évacuée par les SS.

De leur côté, les troupes américaines pénètrent dans le camp de concentration de Buchenwald, situé près de Weimar en Allemagne, le 11 avril 1945, soit quelques jours après son évacuation par les Allemands. Ils y trouvent encore environ 20 000 prisonniers. Puis les Armées américaines libèrent les camps de Dachau près de Münich le 29 avril, de Mauthausen en Autriche le 5 mai et de Flössenburg le 7 mai 1945. Les troupes britanniques, elles, ouvrent les portes des camps de Neuengamme puis de Bergen Belsen le 15 avril 1945.

Le plus souvent, lorsque les Armées alliées pénètrent dans les camps, ceux-ci ont été précédemment évacués par les nazis qui ont entraîné les détenus dans de terribles marches de la mort au cours desquelles des milliers d'entre eux meurent de faim, de froid, ou d'épuisement. Dès lors le terme souvent usité de "libération" des camps nazis s'avère impropre. En règle générale, ne demeuraient dans les camps que les plus faibles, abandonnés par les nazis à une mort jugée certaine. Ainsi, en pénétrant dans les camps, les Alliés découvrent des charniers, des amoncellements de cadavres en plein air, et quelques survivants, faméliques. Parmi ces derniers figurent certains rescapés des expériences médicales menées par les médecins nazis, allant des brûlures au phosphore, à l'injection du typhus, en passant par les vivisections. Le camp de Dachau, à l'inverse, lors des derniers mois de la guerre accueille continuellement des convois en provenance des autres camps du Reich. Dès lors, le camp conçu à l'origine pour 5 000 prisonniers, en compte plus de 30 000 lors de l'arrivée de l'Armée américaine.

Les généraux alliés, même après cinq années de combats acharnés sont profondément bouleversés par la découverte des camps de concentration. Eisenhower affirme à cet égard qu'il n'a "jamais de [sa] vie éprouvé un choc aussi profond". Dès lors, en prévision des jugements des criminels de guerre nazis, dont le principe a été retenu dès la conférence interalliée de Téhéran en décembre 1943, les reporters de guerre sont chargés de recueillir le maximum de preuves et filment minutieusement les installations des camps, les rescapés et les charniers.

Ainsi, si l'existence des camps de concentration et de d'extermination était connue par les Alliés pendant la guerre, ce n'est qu'avec leur découverte au cours du premier semestre 1945 que ceux-ci réalisent l'ampleur des crimes commis par les nazis.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document est un extrait du documentaire "Les camps de la mort" réalisé par les Actualités Françaises en juin 1945. Long de 20 minutes, il est constitué des séquences tournées par les Alliés occidentaux en avril et mai 1945 dans 8 camps, ceux de Colditz, Langestein, Ohrdruf, Dachau, Buchenwald, Tekhla, Bergen Belsen et Mittelgladbach. Si certaines de ces images sont diffusées dans les Actualités Françaises, après épuration des scènes les plus choquantes, il semble que ce film documentaire n'ait été projeté dans son intégralité qu'en de rares occasions, comme lors de l'exposition sur les crimes hitlériens de Paris à l'été 1945, puis en province jusqu'en 1946. En effet, la vision du document est difficilement soutenable.

Dans une logique de preuve par l'image, les Alliés filment minutieusement tous les éléments susceptibles d'étayer le dossier de l'accusation lors des procès des criminels de guerre nazis. Ainsi, les plans les plus terribles s'y succèdent. Le spectateur voit défiler impuissant les images de cadavres gisant le bord des routes, repêchés d'un cours d'eau ou amoncellés en de gigantesques tas. La caméra s'attarde longuement sur les corps mutilés des victimes d'expériences médicales, sur les yeux exorbités des cadavres, ou encore sur les corps décharnés des survivants qui peinent à se maintenir debout. Le commentaire, entrecoupé de longs et pesants silences qui dépassent parfois une minute, dissèque avec minutie les atrocités commises dans les camps.

Le documentaire "Les camps de la mort" tend par ailleurs à construire une image générique des camps de la mort. Les charniers et les fours crématoires sont érigés en symbole de la mort de masse. Attaché à démontrer la volonté exterminatrice des nazis, il n'hésite pas à manipuler des images de crimes. Par exemple, il insère au sein de la séquence consacrée à Buchenwald les images des cadavres carbonisés provenant du massacre de la grange de Gardelegen située près de Berlin. Un tel traitement rend les images des crimes interchangeables.

Plus encore, ce documentaire présente une vision unifiée du sort réservé aux déportés. Dans l'intégralité du reportage, le mot juif n'est prononcé qu'une seule fois, dans la séquence relative au camp de Buchenwald, un camp où les détenus politiques furent pourtant majoritaires.

Ainsi, dans les images des camps allemands diffusées en France à la Libération, la figure du déporté patriote résistant s'impose comme hégémonique. A l'inverse, le génocide des Juifs est occulté. Ce phénomène est renforcé par le fait que les principaux camps d'extermination, situés sur le territoire de la Pologne ont été découverts par l'Armée Rouge, alors que les Allemands s'étaient préalablement attachés à effacer les traces du génocide.

Julie Le Gac

Transcription

(Silence)
Commentateur
Dachau tient avec Buchenwald la tête de ce palmarès de mort. C'était un beau camp établi avant la guerre pour les anti-nazis, un beau camp pour lequel les nazis avaient prévu un long avenir ; l'avenir de ces détenus était, lui, strictement limité. Des fossés qui traversent le camp, on retirait chaque jour des cadavres, ce qui précipitait la haine des nazis ou tout simplement le désespoir. Il y avait à Dachau des milliers de femmes, au milieu d'une foule qui atteignit à un certain moment le chiffre de 60000 ; foule en perpétuel renouvellement, les morts remplacés sans arrêt par de nouveaux vivants. Leur sort était aussi effroyable que celui des hommes. Certaines d'entre elles servaient de cobaye aux expériences des docteurs allemands, sans anesthésie bien entendu. L'une servait aux expériences de fécondation artificielle. A l'autre, on faisait en une seule semaine, 5 prélèvements de moelle épinière, d'autres étaient le sujet d'étude sur l'intensité des brûlures au phosphore. Le sadisme scientifique le plus effroyable se donnait libre cours. Les cadavres squelettiques s'entassaient, les prisonnières étaient chargées de leur ôter les vêtements qu'ils portaient et qui serviraient pour les prochains arrivages. Les fours crématoires ne chômaient ni jour, ni nuit, et le cycle recommençait avec l'habillage des nouveaux arrivés. A Dachau, on faisait de la mort à la chaîne. Aux derniers jours de l'Allemagne, un dernier train arriva à Dachau, il venait de Buchenwald. Il emmenait 1600 bagnards, évacués devant l'avance alliée. Le voyage avait duré 10 jours, 10 jours sans eau et sans nourriture. 600 malheureux étaient morts dans ce convoi, transformé en cimetière roulant. Ailleurs, les Allemands firent encore mieux. Ils placèrent les détenus sur un dépôt de munitions qu'ils ne pouvaient emporter et ils firent sauter le tout. Voici Buchenwald, c'est un nom qui veut dire poétiquement bois de hêtre. C'est de ce bois qu'on fait les potences en Allemagne. La commission d'enquête nommée par le parlement britannique a visité ce camp lors de sa libération. Elle y a trouvé les traces d'un crime immense. Etalé sur 200 hectares, Buchenwald comptait 65 baraques destinées à contenir 18000 détenus. On y en entassa jusqu'à 86000. Dans cet enfer que n'avait pas prévu Dante, 5000 détenus mouraient chaque mois. 5000 par mois, un toutes les 10 minutes. L'industrie de mort fonctionnait à plein. On mourait sous la schlague, on mourait pendu, on mourait assommé. Les fours crématoires brûlant jour et nuit ne pouvaient pas suffire au rythme de la mort. Les tas d'ossements calcinés montaient tous les jours, Buchenwald n'était qu'une usine à grand rendement. L'essentiel c'était qu'on mourut. Il y avait les pelotons d'exécution, il y avait les injections d'essence qui durcissent les artères. Et 50000 juifs furent ainsi piqués dès leur arrivée. Il y avait aussi les chiens et puis les lance-flammes, c'était un camp perfectionné. L'usine broyait, les SS s'amusaient. La femme du chef de camp aimait les tatouages originaux, malheur à celui qui en portait. Il était abattu aussitôt et sa peau tannée servait à faire un nouvel abat-jour. Au rythme de 300 cadavres par jour, les fours crématoires ne suffisaient pas. Les cadavres s'accumulaient. En attendant que de nouvelles fosses soient ouvertes, on les emmagasinait. Cependant, le dernier jour, les allemands prirent peur. Ils voulurent faire disparaître les traces de leur forfait. Ils incendièrent ces réserves. Avant de fermer les portes, ils y jetèrent des vivants. Mais le crime parlait trop haut.