Auschwitz, la mémoire d'un lieu

27 janvier 2003
03m 09s
Réf. 04595

Notice

Résumé :

Plus d'un million de personnes, juives pour la plupart furent exterminées à Auschwitz-Birkenau, le plus vaste système concentrationnaire construit par les nazis. Symbole de la Shoah, le camp est devenu un lieu privilégié de la mémoire du génocide.

Date de diffusion :
27 janvier 2003
Source :
(Collection: 13 heures le journal )
Lieux :

Contexte historique

Auschwitz , le plus grand camp de concentration conçu par les nazis désigne désormais par métonymie la Shoah. Dans le cadre de la transmission de la mémoire du génocide, de nombreux voyages scolaires y sont organisés.

Auschwitz, est un immense complexe concentrationnaire. Le camp de concentration naît en avril 1940, lorsque Heinrich Himmler décide d'installer un camp de quarantaine pour les Polonais dans les faubourgs d'Owiesciem, petite ville de Haute Silésie, située à un carrefour ferroviaire. Sous l'impulsion de son commandant, Rudolf Höss, le camp croît rapidement. Auschwitz I, le camp originel, compte jusqu'à 20 000 détenus, et bien qu'il s'agisse essentiellement d'un camp de concentration, une chambre à gaz fonctionne dans les sous-sols de la prison jusqu'en octobre 1942, puis dans le bâtiment du four crématoire. La construction d'Auschwitz II ou Auschwitz-Birkenau débute en octobre 1942, à 3 km du premier camp. Il s'étend sur 175 hectares et comprend des sections réservées aux hommes, aux femmes, aux Tsiganes et aux familles déportées du ghetto de Terezin. Des chambres à gaz fonctionnant au zyklon B sont construites dans le bunker I puis le bunker II. Auschwitz III, également appelé Buna et Monowitz est créé en 1941, à 14 km de Birkenau, pour fournir des travailleurs à l'usine de caoutchouc synthétique de Buna. 405 000 prisonniers y sont enregistrés. Une zone de 64 km2 autour du camp, appelée "zone de développement" regroupe les divers kommandos dans lesquels les détenus sont employés à des tâches agricoles, ou dans des carrières. Ainsi, le complexe d'Auschwitz-Birkenau, qui regroupe à son apogée, jusqu'à 100 000 prisonniers, est à la fois camp de travail, camp de concentration et camp d'extermination.

Auschwitz-Birkenau joue un rôle fondamental dans l'organisation de la Solution Finale en Europe. A partir de l'été 1942, des trains arrivent chaque jour en provenance de toute l'Europe. L'été 1944 est marqué par la déportation massive de 440 000 Juifs hongrois. A l'arrivée des déportés, une sélection est effectuée sur la Judenrampe et ceux jugés inaptes au travail, sont directement envoyés dans la chambre à gaz. Parmi les 76 000 Juifs Français déportés à Auschwitz, seuls 2 500 survivent. Au total, environ 1 million de Juifs sont exterminés, tout comme 75 000 Polonais, 21 000 tsiganes et 15 000 prisonniers de guerre soviétiques.

Ainsi, Auschwitz plus grand cimetière du monde, devient progressivement le symbole de l'extermination des Juifs d'Europe et de la barbarie nazie. A cet égard, il constitue également un lieu privilégié de transmission de la mémoire de la Shoah. Depuis la fin des années 1980, des voyages scolaires sont organisés au camp d'Auschwitz. Le premier d'entre eux se déroule à l'initiative du Congrès juif mondial et du Ministère de l'Education Nationale en 1988. Fortement médiatisé, il est encadré par des historiens, tels Serge Klarsfeld et Jean-Claude Pressac et d'anciens rescapés comme Ida Grinspan. Ces voyages, souvent financés par les élus locaux, sont destinés à rendre plus concrète l'histoire du génocide et sont érigés en symbole de la transmission de la mémoire de la Shoah aux jeunes générations.

Julie Le Gac

Éclairage média

A l'occasion de la journée européenne de l'holocauste, fixée au 27 janvier, date anniversaire de l'ouverture du camp d'Auschwitz, France 2 diffuse dans son journal de 20 heures un document consacré à la visite du camp par un groupe de lycéens originaires de la banlieue parisienne.

Le reportage suit le parcours des élèves, du car qui les conduit jusqu'aux abords du camp à la visite de ce dernier.

Les témoignages des anciens déportés Ida Grinspan et Jo Wajsblat tentent de rendre concrète l'expérience qu'ils ont vécue plus de 50 années auparavant. Notamment, Jo Wajsblat insiste sur le froid dont souffraient les détenus, un froid qui pèse encore sur les lycéens, pourtant chaudement vécus. Les explications fournies par Ida Grinspan aident les lycéens à mieux comprendre le fonctionnement des chambres à gaz, dont ne demeurent que les ruines sur le site de Birkenau. Enfin, la visite du musée d'Auschwitz, qui conserve les bagages que durent abandonner les déportés avant leur entrée dans le camp ou leur assassinat dans les chambres à gaz, ou encore les 2 tonnes de cheveux des détenus, permet de mesurer l'ampleur du génocide.

Centré sur la transmission, le reportage s'efforce de recueillir les impressions des lycéens. Certains, interviewés, s'appliquent à mettre des mots sur leurs émotions. Leur professeur est quant à elle persuadée qu'une fois rentrés en France, les lycéens seront en mesure de transmettre à leur tour le savoir qu'ils ont acquis auprès des anciens déportés.

Ce document loue vivement ce type d'expériences, jugées particulièrement nécessaires dans les banlieues défavorisées, où l'importation du conflit israélo-palestinien nourrit une nouvelle forme d'antisémitisme. Le présentateur, lorsqu'il mentionne au cours du lancement plateau les difficultés d'enseigner dans certaines banlieues, adopte d'ailleurs un ton singulièrement moralisateur. Néanmoins, l'historienne Annette Wieviorka rappelle que l'organisation de voyages à Auschwitz est inutile sans transmission préalable de savoir. Seule la connaissance de l'histoire du camp rend en effet possible la transmission de la mémoire de ce lieu où plus d'un millions de personnes fut exterminé.

Julie Le Gac

Transcription

Daniel Bilalian
Journée européenne de l'holocauste, aujourd'hui donc, et nous parlions à l'instant des difficultés d'enseigner dans certaines cités, dans certaines banlieues. Il existe heureusement des initiatives qui permettent à ces élèves qu'ils soient de lycée professionnel ou d'ordre général d'être confrontés à certaines réalités. Le conseil régional d'Ile-de-France a financé ainsi une visite du camp de concentration d'Auschwitz, en Pologne, une confrontation directe très dure avec l'histoire. Nabila Tabouri, Matthieu Dreujou.
Inda Grinspan
Ils nous ont dit qu'on allait partir donc là-bas, et ceux qui avaient de la famille qui avait été déportée avant eux, eh bien allaient les rejoindre. Eh bien moi, je dirais que je l'ai cru, j'ai cru que vraiment on allait m'envoyer rejoindre ma mère.
Nabila Tabouri
Il y a 60 ans, elle n'avait pas pu voir la cime des arbres. Aujourd'hui, Inda Grinspan fait revivre pour des lycéens la jeune fille de 14 ans qu'elle était en arrivant ici. Auschwitz-Birkenau, le plus grand camp de concentration. Plus d'un million de personnes, la plupart juives, ont trouvé la mort. Visiteurs d'un jour, ces élèves ne pouvaient rêver leçon d'histoire plus concrète.
Jo Wajsblat
Vous voyez, c'est pas profond, c'est à peu près 60 cm de profondeur, donc on se cachait dedans, on restait dedans jusqu'à ce que les sélections, terminés.
Elève
C'est très émouvant mais en fait on ne se rend pas compte à travers les livres et en classe de ce qui a pu se passer.
Inda Grinspan
Cette partie, c'était la chambre à gaz. C'était pour 2000 personnes en même temps.
Elève
Ça fait quoi de revenir devant les fours crématoires ? Ça fait quoi ?
Inda Grinspan
D'après toi ? Ça fait mal mais je vais te dire quelque chose, je ne reviens pas seulement devant les fours crématoires, mais je reviens à Auschwitz, Auschwitz pour moi c'est le cimetière de mes parents.
Nabila Tabouri
Hiver 44, hiver 2003, moins 14 degré, les températures sont les mêmes, mais rien n'est pareil.
Jo Wajsblat
Vous êtes habillés, vous avez des manteaux, des foulards, des cache-cols, regardez à l'époque, ça nous on était habillé avec ça.
Nabila Tabouri
Les détails rendent la tragédie bien réelle. Des valises, des chaussures mais ce sont les 2 tonnes de cheveux encore conservés qui ont le plus bouleversé et les fantômes du passé surgissent. Qu'est ce que tu as ressenti tout au long de cette journée ?
Elève
De la haine, de la peur, de la souffrance, du chagrin, des, je sens mon coeur qui je ne sais pas en tout cas moi c'est comme ça mais je ne sais pas les autres mais...
Christine Eschenbrenner
C'est vraiment une leçon de vie et je suis persuadée que même pour les élèves, Argenteuil, la banlieue, on n'écrit pas, on ne lit pas, et bien moi je mets ma main à couper que là on va écrire et on va lire autrement.
Nabila Tabouri
Lire et surtout écrire. De retour au lycée, ils feront des exposés, ils transmettront leur toute nouvelle connaissance, peut-être parviendront-ils aussi à faire partager leurs émotions.