L'action des duvaliéristes dans les bidonvilles de Port-au-Prince

29 octobre 1993
02m 55s
Réf. 04597

Notice

Résumé :

Opposés au président haïtien en exil Jean-Bertrand Aristide, les duvaliéristes tentent de prendre le contrôle des bidonvilles de la Cité Soleil à Port-au-Prince.

Date de diffusion :
29 octobre 1993
Source :
France 2 (Collection: JA2 20H )

Contexte historique

Haïti est déchirée par les violences et les soubresauts politiques depuis plusieurs décennies. L'île a d'abord été placée sous le joug de la dictature duvaliériste établie par François Duvalier en 1957 et perpétuée par son fils Jean-Claude, dit "Bébé Doc", de 1971 à 1986. Le régime mena une répression sanglante, s'appuyant sur une milice, les "tontons macoutes", et maintint la population dans une grande misère.

Le renversement de Jean-Claude Duvalier par un soulèvement populaire en 1986 ne mit en place qu'une démocratie de façade, placée sous le contrôle des militaires. Après la démission du général Prosper Avril en avril 1990, les premières élections libres de l'histoire d'Haïti furent organisées en décembre 1990: elles virent la victoire d'un prêtre, le père Jean-Bertrand Aristide. Malgré les grands espoirs suscités par cette élection chez de nombreux Haïtiens, Jean-Bertrand Aristide fut renversé dès le 30 septembre 1991 par un putsch dirigé par le général Raoul Cédras. Jean-Bertrand Aristide parvint à quitter le pays, tandis que la communauté internationale imposa des sanctions contre le régime militaire haïtien. En juillet 1993, sous l'égide de l'ONU et de l'Organisation des Etats américains, le général Raoul Cédras signa un accord avec le président déchu Jean-Bertrand Aristide qui prévoyait son retour. Cet accord n'ayant pas été respecté, les Etats-Unis, après avoir établi un embargo total contre Haïti, obtinrent l'autorisation de l'ONU d'intervenir militairement.

Après la signature d'un compromis qui accorda une amnistie aux militaires au pouvoir pour leurs crimes, Jean-Bertrand Aristide revint à Haïti le 15 octobre 1994. L'embargo international fut alors levé. Aristide, qui ne pouvait se présenter pour obtenir un second mandat consécutif, fut ensuite remplacé en février 1996 par René Préval, élu président en décembre 1995. Cependant, Jean-Bertrand Aristide fut de nouveau élu président en novembre 2000 lors d'une élection entachée de nombreuses violences. Au pouvoir, il recourut à des milices, les "chimères", qui firent régner la terreur. La population haïtienne se détacha dès lors peu à peu de lui, et à la fin de l'année 2003 la contestation contre son régime s'amplifia.

Le 5 février 2004, une insurrection contre Jean-Bertrand Aristide éclata: les rebelles dirigés par Guy Philippe s'emparèrent de Gonaïves, la quatrième ville d'Haïti. Les insurgés progressèrent ensuite dans le pays, prenant Cap-Haïtien, la deuxième ville, le 22 février. Le 29 février 2004, Jean-Bertrand Aristide fut conduit à démissionner, sous la pression conjointe des Etats-Unis et de la France, et fut envoyé à Bangui, en République centrafricaine. Le lendemain 1er mars 2004, les rebelles entrèrent dans la capitale Port-au-Prince, mais ils acceptèrent rapidement de déposer les armes. Un gouvernement intérimaire fut alors nommé et en 2006 René Préval fut une nouvelle fois élu président d'Haïti.

Christophe Gracieux

Éclairage média

A l'occasion de l'annonce la veille par le président haïtien en exil Jean-Bertrand Aristide du report de son retour dans l'île, des envoyés spéciaux de France 2 ont réalisé un reportage sur la situation à Haïti. Il s'agit d'un reportage sur le terrain, filmé dans les bidonvilles de la Cité Soleil à Port-au-Prince.

Ce sujet a pour but de présenter la situation politique assez complexe d'Haïti et plus particulièrement l'action des duvaliéristes du Front pour l'avancement et le progrès d'Haïti (FRAPH). Aussi la caméra suit-elle des hommes du FRAPH dans leur tournée au sein de la Cité Soleil. De même, deux interviews de dirigeants FRAPH, dans lesquelles ils font part de leur hostilité à Jean-Bertrand Aristide, témoignent de la profondeur des divisions et des violences qui déchirent Haïti. Par-delà l'évocation de ces tumultes politiques, le reportage permet aussi de prendre la mesure de la très grande misère des habitants des bidonvilles haïtiens. La caméra s'attarde notamment à plusieurs reprises sur des enfants qui apparaissent dépourvus de tout: certains se savonnent dans une rigole, d'autres jouent à côté d'habitations de fortune.

Ce sujet montre ainsi le grand décalage existant entre les tentatives des duvaliéristes de contrôler les habitants des bidonvilles et les conditions d'existence de ces derniers qui les poussent à souhaiter le retour de Jean-Bertrand Aristide.

Christophe Gracieux

Transcription

Bruno Masure
C'est toujours la confusion la plus extrême en Haïti où l'opposition qualifie de crime l'appel lancé hier par le Père Aristide, le pPrésident en exil, en faveur d'un durcissement de l'embargo commercial. Le président démocratiquement élu a confirmé donc hier devant les Nations Unies qu'il reportait sine die son retour en Haïti, prévu en principe pour demain. Une décision qui ne fait que des mécontents là bas, notamment chez certains nostalgiques de l'époque Duvalier. Reportage de notre envoyé spécial Bruno Albin.
Bruno Albin
A Port au Prince dans le bidonville de la cité Soleil, Hervé Black et ses hommes, militants du front pour l'avancement et le progrès, le FRAPH, le parti le plus redouté d'Haïti ; on les appelle aussi les néo-duvaliéristes. Les partisans du Père Aristide avaient fait un bastion de ces ruelles puantes, la menace les a fait fuir, le FRAPH les y remplace.
Ernest Cangé
C'est le FRAPH qui gagne beauoup la confiance. Parce que, il est une autre alternative, pacifique.
Bruno Albin
Dans ces quartiers pourtant la nuit, les coups de feu sèment la terreur parfois la mort. Le jour, des hommes du FRAPH, aux allures de travailleurs sociaux, parcourent le bidonville mais ils y paraissent à l'aise et promettent des écoles, l'électricité, des canalisations.
Hervé Black
Il y a quelqu'un qui sont entrés ; qui habitaient de l'autre côté mais qui ne connaissent pas la situation de ce quartier.
Bruno Albin
Dans ce dédale insensé où l'on se demande comment la démocratie pourrait trouver son chemin, les néo-duvaliéristes diffusent leur message. La misère, c'est la faute du président en exil, la conséquence de l'embargo décrété par l'ONU pour faire plier les putschistes. Parfois pourtant, les oubliés de la cité soleil laissent échapper un cri du coeur.
Inconnue
Oui, nous aimer Aristide.
Bruno Albin
"Le duvaliérisme a vécu", proclame Emmanuel Constant Secrétaire Général du FRAPH, fils d'un général de la dictature. Beaucoup considèrent son parti comme une création du Général Cédras, destiné à faire capoter le retour du président Aristide. Mais vite, le FRAPH met tout le monde dans le même sac.
Emmanuel Constant
Une démission patriotique de la part du Président Aristide et du général Cédras, je crois qu'on va cesser tout problème. Je crois que ce serait, pour 6 millions d'habitants, ce serait quand même un miracle.
Bruno Albin
Il professe des idées simples, pas toujours mauvaises, il veut la fin des milices, mais son propre conseil de sécurité lourdement armé est plus qu'inquiétant. Il prêche la réconciliation nationale mais refuse le retour du président Aristide et ne propose qu'une alternative dangereuse.
Emmanuel Constant
Ce sera le fusil ou le bulletin de vote. Parce qu'il nous faut sortir de cette situation.
Ernest Cangé
Solidarité oui, violence non, Aristide non
Bruno Albin
Ces slogans ont peu d'écho, les pauvres de la cité soleil ne manifestent pas dans les rues de Port au Prince, au fond du bidonville, ils attendent patiemment, semble-t-il, de pouvoir en partir.