Le problème du décompte des voix à l'élection présidentielle américaine en 2000

11 décembre 2000
01m 56s
Réf. 04598

Notice

Résumé :

34 jours après l'élection présidentielle du 7 novembre 2000, la Cour suprême fédérale se prononce sur la légalité du nouveau décompte des bulletins de vote en Floride. Des partisans d'Al Gore et de George W. Bush manifestent pendant son audience.

Date de diffusion :
11 décembre 2000
Date d'événement :
12 décembre 2000
Source :
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Contexte historique

L'élection présidentielle américaine de 2000 a été la plus incertaine et la plus contestée de toute l'histoire des Etats-Unis. Se déroulant après deux mandats consécutifs du démocrate Bill Clinton, elle a opposé le républicain George W. Bush, fils de l'ancien président George Bush et gouverneur du Texas, au vice-président démocrate sortant Al Gore.

Le résultat de l'élection ne peut être annoncé le 7 novembre 2000, jour du scrutin, en raison du très faible écart entre les deux candidats. Seule la Floride, qui compte 25 grands électeurs, se trouve en mesure les départager. Or, en Floride, l'écart entre George W. Bush et Al Gore est inférieur à 0,5%, ce qui selon la loi nécessite un nouveau décompte. Les bulletins de vote des 67 comtés de Floride sont ainsi recomptés et donnent la victoire à George W. Bush.

Une longue bataille juridique s'ouvre alors entre républicains et démocrates. Le 21 novembre 2000, les avocats d'Al Gore obtiennent de la Cour suprême de Floride un nouveau décompte manuel dans trois comtés, dont celui de Palm Beach, dans lequel des erreurs provoquées par des machines à voter ont été constatées. S'y opposant, les républicains introduisent un recours devant la Cour suprême de Floride, puis, déboutés, font appel devant la Cour suprême fédérale. Celle-ci, par 5 voix contre 4, décide le 12 décembre 2000 d'interdire tout nouveau décompte des bulletins de vote litigieux en Floride pour des raisons de délais. Le lendemain 13 décembre, Al Gore, qui devance pourtant George W. Bush de quelque 337 000 voix au plan national, s'incline et reconnaît la victoire de son adversaire.

George W. Bush devient ainsi le 43e président des Etats-Unis le 20 janvier 2001 au terme d'un affrontement électoral et juridique sans précédent, qui a mis en lumière les faiblesses du fonctionnement du système électoral américain. Par la suite, le mandat de George W. Bush est surtout marqué par les attentats terroristes du 11 septembre 2001, par l'envoi de l'armée américaine en Afghanistan à partir de 2001 et en Irak à partir de 2003, ce qui ne l'empêche pas d'être réélu en novembre 2004.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Réalisé par le correspondant de France 2 à Washington, ce sujet aborde la question du nouveau décompte des voix de l'élection présidentielle américaine en Floride sous deux aspects: populaire et juridique. La première partie du reportage montre ainsi la passion populaire autour de la bataille électorale et juridique qui agite les Etats-Unis depuis le scrutin du 7 novembre 2000: les partisans du démocrate Al Gore et ceux du républicain George W. Bush manifestent ensemble devant la Cour suprême, les uns en faveur du recomptage des voix, les autres contre. Tous brandissent des pancartes et scandent des slogans.

Dans un souci d'équité, le journaliste de France 2 donne brièvement la parole à un supporter d'Al Gore puis à un partisan de George W. Bush: chacun exprime son point de vue, qui s'avère radicalement opposé à l'autre. Dans un second temps, le reportage s'intéresse surtout à l'aspect juridique à travers l'audience tenue par la Cour suprême fédérale qui doit se prononcer sur la légalité du nouveau décompte des voix en Floride. Cette audience, qui ne peut être filmée, est illustrée par des plans des neuf juges mais aussi par une image du fronton du siège de la Cour, tandis qu'un extrait de l'enregistrement sonore de la session est diffusé.

Christophe Gracieux

Transcription

Claude Sérillon
Aux Etats-Unis à Washington, les 9 juges de la cour suprême fédérale ont entendu les avocats des démocrates et des républicains, à propos du décompte des voix en Floride. L'enjeu est majeur selon que le décompte soit poursuivi ou définitivement arrêté ; autour du bâtiment de la cour suprême la tension était donc très perceptible 34 jours après les élections. Correspondance Etienne Leenhardt avec Aaron Diamond.
Etienne Leenhardt
D'une certaine manière, la patience des américains et la confiance qu'ils manifestent dans leurs institutions sont assez admirables. Voilà 34 jours qu'ils attendent de savoir qui les dirigera pour 4 ans et ce matin pendant cette audience cruciale, ils continuaient de s'époumoner. Ce qui est en jeu est clair, le droit de chaque électeur à voir son vote pris en compte. Mais selon que l'on est supporteur de Georges Bush ou d'Al Gore, on ne voit pas forcément les choses de la même façon.
Joan Russel
Même les votes litigieux, pour moi chaque vote compte. Un vote c'est un vote, et c'est au peuple dans une démocratie de choisir son président.
Susan West
Les bulletins litigieux ne sont pas comptés dans certains Etats, alors pourquoi les compter en Floride ? Je veux bien qu'on compte tous les votes, mais comptons les oranges avec les oranges, pas les oranges avec les pommes.
Etienne Leenhardt
Même au sein de la cour suprême, les 9 sages sont très divisés. Nommés à vie par des présidents en exercice, ils ont forcément une étiquette politique, plus ou moins républicain, plus ou moins démocrate, qu'en théorie, toutefois, ils ne doivent pas afficher. Mais en la matière cette saga électorale est devenue si sensible que si leur décision est prise à une courte majorité, ils seront inévitablement accusés d'esprit partisan. Une nouvelle fois, on a fait preuve de transparence en rendant public l'enregistrement sonore des débats avec à la clé un verdict sans appel qui pourrait être rendu dès ce soir. Quelle que soit la majorité par laquelle sera prise cette décision, si la cour suprême décide que ce décompte manuel doit reprendre en Floride, eh bien on entre dans une nouvelle phase d'incertitude. En revanche, si elle décide que le dépouillement manuel ne peut reprendre, eh bien Georges Bush le républicain aura, définitivement sans doute, course gagnée.