Attentats islamistes à Madrid le 11 mars 2004

11 mars 2004
02m 27s
Réf. 04600

Notice

Résumé :

Peu après les attentats commis à Madrid le 11 mars 2004, des témoignages d'habitants sont recueillis près de la gare d'Atocha. Le ministre de l'Intérieur espagnol Angel Acebes fait une déclaration.

Date de diffusion :
11 mars 2004
Source :
(Collection: 13 heures le journal )
Personnalité(s) :
Lieux :

Contexte historique

A la suite des attentats perpétrés à New York le 11 septembre 2001, l'organisation terroriste islamiste Al-Qaida, ou du moins des groupes s'en revendiquant, frappe de nombreux pays. Elle commet notamment des attentats ou tentatives d'attentats en Indonésie, en Irak, au Maroc, en Tunisie, au Pakistan ou en Arabie saoudite. Jusqu'en 2004, l'Europe est épargnée par ces actions terroristes, bien qu'à plusieurs reprises des membres d'Al-Qaida aient été arrêtés sur son sol.

Mais le 11 mars 2004, vers 7 h 30, plusieurs bombes explosent dans des trains de banlieue ayant pour destination la gare d'Atocha à Madrid. 191 personnes sont tuées et plusieurs centaines blessées. A trois jours des élections législatives du 14 mars 2004, ces attentats bouleversent l'opinion espagnole. Immédiatement après les explosions, l'ensemble des hommes politiques, à commencer par le Premier ministre sortant José Maria Aznar, les attribuent à l'organisation séparatiste basque ETA. Dès le 11 mars au soir, d'immenses manifestations contre l'ETA se déroulent ainsi dans toute l'Espagne. Mais le 12 mars 2004, l'ETA dément toute participation à ces attentats.

Dans le même temps, les enquêteurs trouvent plusieurs indices menant sur la piste islamiste. Cependant, alors que ces preuves s'accumulent, le gouvernement de José Maria Aznar continue à affirmer la responsabilité de l'ETA. La ministre des Affaires étrangères Ana Palacio ordonne même aux ambassadeurs espagnols à l'étranger de confirmer l'implication des terroristes basques. José Maria Aznar et le Parti populaire estiment en effet que les électeurs sanctionneraient le gouvernement pour la participation de l'Espagne à la guerre en Irak s'ils apprenaient que les attentats avaient été commis par Al-Qaida. Ce mensonge d'Etat apparaît toutefois peu à peu au grand jour, et le 13 mars des manifestations prennent cette fois pour cible José Maria Aznar.

Le lendemain, 14 mars 2004, les électeurs espagnols sanctionnent cette tentative de manipulation en votant en majorité pour le Parti socialiste, qui recueille 42,6% des voix, contre 37,6% au Parti populaire. Le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero devient ainsi chef du gouvernement espagnol. L'enquête policière sur les attentats met finalement bien à jour un réseau terroriste islamiste, en grande partie installé au Maroc. En visant Madrid, le terrorisme islamiste d'Al-Qaida a donc agi pour la première fois en Europe. Un peu plus d'un an après, le 7 juillet 2005, Londres est à son tour frappée.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Ce reportage a été diffusé seulement quelques heures après les attentats survenus à Madrid. Les événements venant à peine de se dérouler, le présentateur Daniel Bilalian livre aux téléspectateurs les informations alors disponibles sur les attentats: les lieux où ils ont été commis, illustrés par une carte, le bilan des victimes, toujours provisoire puisqu'il est alors fait état de 173 morts contre un bilan final de 191 victimes, et enfin les responsables présumés de ces attentats.

Le reportage lui-même est un sujet d'actualité immédiate, réalisé "à chaud", dans l'urgence, par des envoyés spéciaux de France 2. Il ne propose aucune image des trains dévastés par les explosions: comme toujours lors d'un attentat, la police a installé un périmètre de sécurité autour des lieux dévastés. Les envoyés spéciaux n'ont pas la possibilité de le franchir et ne peuvent filmer la gare d'Atocha qu'à distance. L'ampleur de l'attentat n'est ainsi illustrée que par des plans d'ambulances et le son de leurs sirènes. Ce reportage d'ambiance insiste surtout sur l'émotion des témoins directs des attentats et des Madrilènes présents autour de la gare d'Atocha.

Christophe Gracieux

Transcription

Daniel Bilalian
Retour sur les tragiques évènements de ce matin à Madrid, dernier bilan donc des explosions qui ont eu lieu dans la gare centrale de la capitale et dans deux autres gares de la banlieue madrilène : 173 morts, 600 blessés comptabilisés, à l'heure qu'il est par le Ministère de l'Intérieur. Et toujours selon le Ministère de l'Intérieur espagnol, il n'y a pas de doute, ce sont bien les terroristes basques de l'ETA qui ont perpétré ces attentats de ce matin qui ont fait donc 173 morts. Voici maintenant les premiers témoignages recueillis par nos envoyés spéciaux aux abords de la gare centrale de Madrid. C'était donc dans le courant de la matinée, je vous propose de les écouter. Vincent Nguyen, Eric Maizy.
Vincent Nguyen
2, 3, puis des dizaines de sirènes hurlantes fendent la ville en direction de la gare. Madrid se réveille dans l'urgence, la stupeur et l'horreur. Ça s'est passé à quelques centaines de mètres de là. La police a bouclé le secteur ; ce n'est pas la panique mais la tension est immense, on la sent. Des gens essaient de passer pour aller au travail ou parce qu'ils s'inquiètent pour leurs proches et veulent en savoir plus. Rien à faire. D'autres ne savent pas trop ce qu'ils attendent, ils sont là, hébétés. Cette femme nous dit qu'elle voulait seulement voir ce qui se passait, elle est choquée, émue. Elle a du mal à retenir ses larmes. Elle écoute à la radio un bilan qui ne cesse d'enfler. Elle ne veut pas aller au travail aujourd'hui nous dit-elle, elle en est incapable, trop secouée. Cet homme s'inquiétait pour sa fille. Il l'a eue au téléphone, il est rassuré mais il pleure quand même, il pleure de rage. Il réclame la peine de mort pour ces terroristes parce que dit-il, ils ont tué les pauvres gens qui allaient au boulot. Vers 10 heures, une quatrième explosion et un panache de fumée. Cette fois c'est la police qui aurait fait exploser une charge par sécurité. Mais pour les témoins de l'attentat c'est une émotion de trop, ils craquent. Malgré le réconfort qu'on essaie de leur prodiguer, ils tremblent encore et ne disent pas un mot. Une demi-heure plus tard, le Ministre de l'Intérieur arrive, les caméras se jettent sur lui. L'Etat apportera une réponse plus tard dit-il. Pour l'instant, notre préoccupation ce sont les victimes et leur famille. A trois jours des élections législatives, Madrid est bouleversée et l'Espagne meurtrie.
Daniel Bilalian
Et trois jours de deuil national ont été décrétés par le Premier Ministre espagnol.