La "révolution orange" en Ukraine

25 décembre 2004
02m 03s
Réf. 04602

Notice

Résumé :

A la suite de la victoire truquée de Viktor Ianoukovitch à l'élection présidentielle le 21 novembre 2005, une "révolution orange" a lieu pendant un mois en Ukraine derrière Viktor Iouchtchenko.

Date de diffusion :
25 décembre 2004
Date d'événement :
21 novembre 2004
Source :
Lieux :

Contexte historique

L'Ukraine, devenue indépendante de l'Union soviétique en 1991, a connu en 2004 un mouvement populaire démocratique sans précédent, la "révolution orange". Le second tour de l'élection présidentielle, le 21 novembre 2004, a en effet été marqué par une fraude généralisée, constatée par les observateurs de l'OCDE.

Alors que le candidat pro-européen Viktor Iouchtchenko était en tête dans les sondages à la sortie des urnes, la commission électorale proclame la victoire du Premier ministre Viktor Ianoukovitch, qui est soutenu par le président sortant Leonid Koutchma et par le président russe Vladimir Poutine. Viktor Iouchtchenko, qui a eu le visage défiguré en septembre 2004 à la suite d'une tentative d'empoisonnement à la dioxine très certainement perpétrée par les services spéciaux ukrainiens, appelle dès le 21 novembre 2004 au soir au lancement d'un mouvement de résistance civile. Ce dernier prend rapidement le nom de "révolution orange", du nom de la couleur du parti de Viktor Iouchtchenko.

Le 23 novembre, quelque cinq cent mille personnes se rassemblent sur la place de l'Indépendance à Kiev en soutien à Iouchtchenko. Des manifestations massives ne vont ainsi pas cesser d'avoir lieu jusqu'au 26 décembre 2004 pour obtenir l'annulation du résultat des élections et l'organisation d'un nouveau scrutin. La "révolution orange", démocratique et pacifique, est soutenue par l'Union européenne et les Etats-Unis, qui dénoncent les irrégularités électorales, tandis que Vladimir Poutine continue de défendre Viktor Ianoukovitch qui affiche des positions pro-russes. Ianoukovitch ne tente toutefois pas de recourir à la force pour mettre fin au conflit. De son côté, l'Union européenne envoie une délégation de médiation à Kiev. Le 3 décembre 2004, la Cour suprême ukrainienne annule le résultat de l'élection présidentielle du 21 novembre et ordonne la tenue d'un nouveau second tour. Ce scrutin se déroule le 26 décembre 2004, en présence d'environ douze mille observateurs internationaux. Viktor Iouchtchenko est proclamé vainqueur avec 51,90% des voix et est investi président le 23 janvier 2005.

Cet incontestable succès de la démocratie ne met toutefois pas un terme aux soubresauts politiques en Ukraine. Dès 2006, Viktor Iouchtchenko est ainsi conduit à nommer Premier ministre son rival Viktor Ianoukovitch. Par la suite, en décembre 2007, l'ancienne égérie de la "révolution orange" Ioulia Timochenko, qui avait déjà occupé le poste en 2005 et avait été limogée par Viktor Iouchtchenko, est de nouveau nommée à la tête du gouvernement.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Diffusé la veille du nouveau scrutin présidentiel en Ukraine, ce sujet revient sur la "révolution orange", mouvement qui est alors sur le point de s'achever. Prenant la forme d'une rétrospective, il se compose d'un commentaire sur un montage d'images d'archives. Cependant, aucune indication chronologique n'est donnée précisant à quel moment entre le 21 novembre et le 25 décembre 2005 les différents plans diffusés ont été tournés. Ce reportage insiste sur le caractère massif et déterminé du mouvement de contestation. Les images d'une foule nombreuse amassée sur la place de l'Indépendance à Kiev, de nuit et sous la neige, et n'hésitant pas à camper, en attestent.

Le caractère pacifique de la cette "révolution" apparaît dans le sujet: il n'y a pas eu de violence ou d'affrontements avec les forces de l'ordre, les rassemblements se sont déroulées dans le calme. Ce sujet fait la part belle à la couleur dominante de la révolution ukrainienne: le orange est omniprésent à l'écran, sur les drapeaux, sur les écharpes ou sur les tentes. Enfin, le reportage n'est pas totalement neutre: il prend partie pour les partisans de la "révolution orange". Cela est perceptible dans le rapprochement saisissant entre deux images de Viktor Iouchtchenko avant et après son empoisonnement qui apporte une preuve à charge contre le pouvoir ukrainien. Le commentaire est lui aussi assez engagé, comme en témoigne le jugement final sans appel prononcé contre Vladimir Poutine.

Christophe Gracieux

Transcription

Françoise Laborde
Il aura fallu un mois de manifestation ininterrompues, et une pression populaire sans précédent depuis le scrutin frauduleux du 21 novembre pour faire reculer le pouvoir ukrainien. Il aura fallu aussi la vision du visage défiguré, empoisonné, de Victor Iouchtchenko, l'opposant réformateur pour que le reste du monde prenne conscience de l'ampleur de l'enjeu. Gilles Rabine.
Gilles Rabine
C'est d'abord une foule immense qui se rassemble sur la place de l'indépendance à Kiev, 100000 personnes dès le soir de l'élection présidentielle truquée, 300000 le lendemain. Du jamais vu depuis la chute du mur de Berlin. C'est ensuite une couleur que l'Ukraine a donné à la démocratie : l'orange. C'est enfin, un village de tentes dressé au coeur de la capitale où malgré la neige et le froid des milliers de personnes vont camper jour et nuit. L'Europe qui n'avait rien vu venir découvre la révolution orange et le visage martyrisé de son leader Victor Iouchtchenko, victime l'été dernier d'une tentative d'assassinat par empoisonnement à la dioxine. Le voici avant en août et après fin septembre. Depuis il commençait tous ses meeting en disant à propos des hommes au pouvoir : Regardez ce qu'ils m'ont fait, regardez ce dont ils sont capables. Paradoxe de l'histoire, ce visage est devenu l'emblème de la résistance pour des millions d'ukrainiens, il incarne la fin de la peur. 13 jours et 13 nuits qui ont mis fin à 13 années d'un régime néo-soviétique qui avait confisqué la démocratie. Car la révolution n'est pas seulement dans la rue, la police, puis l'armée et enfin les juges de la cours suprême affichent leur neutralité ou se rallient. On voit même des mineurs du Dombas, le fief électoral du pouvoir, dans l'Est russophone du pays, coiffés du casque orange et défilaient dans Kiev. L'Union Européenne intervient, organise plusieurs médiations et favorise une solution pacifique. Elle tente de calmer Vladimir Poutine qui était venu soutenir ostensiblement le candidat du pouvoir, comme si l'Ukraine était toujours une province russe. Par la révolution orange, le maître du Kremlin aura beaucoup perdu, ce sera la fin de 3 fictions, celle d'un Poutine démocrate, d'un Poutine partenaire fiable et garant de la stabilité à l'Est.