Commémoration à Auschwitz-Birkenau du 60ème anniversaire de l'ouverture du camp

27 janvier 2005
03m 43s
Réf. 04603

Notice

Résumé :

Lors des cérémonies commémorant le 60ème anniversaire de l'ouverture du camp d'Auschwitz-Birkenau les anciens déportés et 44 chefs d'Etat honorent la mémoire d'un lieu devenu le symbole de la Shoah.

Date de diffusion :
27 janvier 2005
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Contexte historique

Des manifestations d'une ampleur sans précédent marquent la commémoration du soixantième anniversaire de l'ouverture du camp d'Auschwitz-Birkenau par l'Armée Rouge le 27 janvier 1945.

La cérémonie, caractérisée par une représentation diplomatique majeure, relève de la geste politique. 44 chefs d'Etat ou leurs représentants sont présents, oubliant, à l'occasion leurs dissensions passées ou actuelles comme c'est le cas entre les présidents russe et ukrainien Vladimir Poutine et Viktor Ioutchenko. L'Europe affiche alors un visage unifié. Par ailleurs, environ un millier de rescapés et une centaine d'Anciens Combattants de l'Armée Rouge ayant pénétré dans le camp en janvier 1945 assistent à la commémoration. C'est en effet certainement la dernière fois qu'une présence aussi massive de témoins de l'horreur d'Auschwitz-Birkenau est possible.

Cette cérémonie rend hommage à toutes les victimes assassinées dans le camp. Simone Veil, présidente de la fondation pour la mémoire de la Shoah et ancienne ministre française s'exprime au nom des victimes juives, Romani Rose au nom des victimes tsiganes et Wladislaw Bartoszewski, ancien ministre des affaires étrangères polonais, au nom des déportés politiques. Toutefois, cette commémoration révèle qu'Auschwitz-Birkenau est devenu avant tout un lieu de mémoire de la Shoah. Pourtant, jusqu'aux années 1960, l'ancien bloc soviétique insistait sur la lutte contre le fascisme et oblitérait délibérément l'entreprise d'anéantissement des Juifs. Quinze années après la chute du Mur, malgré la persistance en Pologne de l'occultation de la compromission d'une partie de la population polonaise dans le génocide, la mémoire du camp d'Auschwitz-Birkenau est unifiée. Les interventions du président polonais Alexander Kwasniewski et de Vladimir Poutine témoignent de ce rapprochement. Dans le même sens, il revient au président israélien Moshe Katzav de prononcer le dernier discours. Ce dernier rappelle alors que la communauté internationale avait connaissance du génocide mais qu'elle n'a rien fait pour l'empêcher.

Dans une atmosphère empreinte d'une vive émotion, les témoignages des anciens déportés honorent la mémoire de leurs camarades disparus en ces lieux. Surtout, Simone Veil et Wladyslaw Bartoszewski invitent la communauté internationale à cultiver la mémoire des atrocités commises et soulignent que le voeu exprimé au lendemain de la Seconde guerre mondiale, le "plus jamais ça", n'a pas été suivi d'effet et n'a empêché ni le génocide cambodgien, ni le génocide rwandais.

La commémoration s'achève par une cérémonie multiconfessionnelle et le récit du kaddish, la prière des morts juive, par le rabbin de New York, Joseph Malowany qui a perdu 56 membres de sa famille dans le génocide.

Ainsi, dans une très grande solennité, la communauté internationale réunie à Auschwitz pour célébrer le 60ème anniversaire de l'ouverture du camp par l'Armée Rouge, se souvient, se recueille, et fait le voeu d'un monde meilleur.

Julie Le Gac

Éclairage média

En ouverture du journal télévisé de 20 heures, France 2 propose un reportage d'une qualité remarquable sur les cérémonies commémorant le 60ème anniversaire de l'ouverture du camp d'Auschwitz-Birkenau par l'Armée Rouge, le 27 janvier 1945.

Ce document reprend les différentes étapes de la cérémonie : les discours de chefs d'Etat, les témoignages des rescapés, puis la cérémonie multiconfessionnelle. La dimension politique de la commémoration est soulignée. Evoquant seulement en une phrase la référence de Vladimir Poutine à la nécessité de lutter contre le terrorisme, quelque peu déplacée dans de telles circonstances, le commentaire insiste sur la symbolique de la réunion des chefs d'Etat Européens pour célébrer la mémoire de la Shoah. Toutefois, le reportage accorde une plus grande attention aux témoignages des rescapés des camps. Les mots, émus et bouleversants de Simone Veil résonnent douloureusement dans le paysage désolé, balayé par la neige du camp d'Auschwitz. Ceux de Wladyslaw Bartoszewski saisissent quant à eux d'effroi l'auditoire.

L'alternance de plans d'ensemble et de gros plans sur les participants à la cérémonie et le recours à la technique du champ - contre-champ, permettent de rendre compte de l'intense émotion partagée par l'assemblée réunie dans le camp d'Auschwitz - Birkenau en ce 27 janvier 2005.

La réalisation, par ailleurs, rend hommage à la mise en scène prévue par les organisateurs de la cérémonie. Elle met tout d'abord en avant l'univers sonore terrifiant créé par le sifflement strident d'un train arrivant en gare ou encore les bruits de porte des wagons à bestiaux s'ouvrant sur les déportés. Elle souligne également l'importance jouée par le feu dans cette commémoration. Des flammes ceignent des portes placées près des miradors à l'entrée du camp, tandis que les rails de la Judenrampe, espace sur lequel s'effectuaient les sélections, et restauré à l'initiative de Serge Klarsfeld sont également enflammés. Ce feu symbolise l'enfer créé par les nazis à Auschwitz Birkenau et la mort qui était promise à ceux qui y pénétraient. Un nuage de fumée noire représente quant à lui les cendres des millions de personnes assassinées puis brûlées dans les fours crématoires.

Enfin, la cérémonie s'achève sur le clair-obscur saisissant de la Judenrampe enflammée dans la noirceur nocturne d'Auschwitz, alors que le chant pur d'une soprano retentit tel le pleur d'une communauté qui se souvient de l'horreur du crime commis en ces lieux.

Julie Le Gac

Transcription

David Pujadas
Un sifflement strident et un bruit de train, c'est ainsi qu'a commencé la cérémonie à Auschwitz-Birkenau, une cérémonie imposante, vous avez pu la suivre en direct sur notre antenne, sous la neige, dans un froid glacial, les interventions ont été centrées sur le calvaire des déportés et sur la transmission du souvenir. Bernard Lebrun.
Bernard Lebrun
Devant le mirador, les portes de la mort, les portes de l'enfer concentrationnaire, car quiconque les franchissait, n'en revenait pas. Sous la neige c'est par le feu que les polonais ont voulu symboliser la Shoah pour cette commémoration sans précédent. Le feu accompagné de cet unique son, celui du train de la mort qui entre dans Birkenau, le plus grand cimetière juif du monde, sans tombes. Dans un froid glacial, quelques milliers de revenants d'Auschwitz ont assistés pendant presque 3 heures aux cérémonies officielles. Jour de paix, où les adversaires politiques d'hier, Iouchtchenko l'ukrainien et Poutine le russe, se sont salués. Au premier rang à gauche, couvert de sa chapka, le président Chirac et au micro, les mots bouleversants de Simone Veil.
Simone Veil
Privés de notre identité dès notre arrivée ; à travers le numéro encore tatoué sur nos bras, nous n'étions plus que des stucks comme disaient nos gardiens, c'est-à-dire des morceaux. Nous, les derniers survivants, mes camarades, nous, nous avons le droit et même le devoir de mettre en garde et de vous demander que le "plus jamais ça" de nos camarades deviennent réalité.
Bernard Lebrun
Inoubliable aussi, le cri de cet ancien déporté résistant polonais citant la parole de Job : " oh Père, ne couvre pas mon sang, que mon cri continue à s'entendre ". Devant des citoyens d'Israël et des vétérans de l'armée rouge, pour la première fois, Vladimir Poutine a reconnu l'antisémitisme qui perdure dans son pays mais en a profité aussi pour dénoncer le terrorisme. Dans ce camp d'extermination, un million et demi de personnes sont mortes, dont plus d'un million de juifs d'Europe et le Président israélien Moshe Katsav a redit que le monde savait, mais que le monde avait continué à l'ignorer.
Moshe Katzav
Seul imprévu de cette cérémonie, un autre cri, celui de cette femme venue d'Israël, montrant son tatouage de déportée et criant sa révolte.
Bernard Lebrun
C'est au son du shofar, cette corne de bélier qui sonnait jadis l'appel au renouveau, le jour du nouvel an juif, qu'ont débuté les prières multiconfessionnelles. A la nuit tombante, c'est avec une simple bougie que les 44 chefs d'Etat, chefs de gouvernement et chefs de délégation présents, ont rendu hommage aux victimes. Dont ceux des 25 pays d'une Europe réunifiée saluant la plus grande tragédie européenne. Avec sobriété mais une très grande émotion, la cérémonie polonaise s'est achevée sur un nuage de fumée, symbolisant les cendres des fours crématoires, puis les rails de la rampe de Birkenau se sont enflammés dans la nuit d'Auschwitz. Un seul chant résonnait alors dans ce camp du silence, celui de cette soprano, une ode sans mot, tant il est vrai que l'on ne peut dire l'ineffable.

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