L'assassinat de l'ancien Premier Ministre Libanais Rafic Hariri

20 février 2005
02m 26s
Réf. 04605

Notice

Résumé :

L'assassinat de l'ancien Premier ministre Rafic Hariri, fomenté par les milieux libanais pro-syriens et l'Etat syrien, nourrit l'opposition à la présence syrienne au Liban. Elle plonge également le Liban dans une profonde instabilité politique.

Date de diffusion :
20 février 2005
Date d'événement :
14 février 2005
Source :

Contexte historique

Le 14 février 2005, l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri, est assassiné lors d'un attentat à la voiture piégée à Beyrouth. La mort de celui qui a été Premier ministre de 1992 à 1998 puis d'octobre 2000 à octobre 2004 suscite une très vive émotion.

Né en 1944 dans une famille modeste de paysans de la région de Saïda, Rafic Hariri, à la tête d'une entreprise de travaux publics, devient multimillionnaire et conquiert l'amitié des grands de ce monde, dont celle de la famille royale saoudienne et celle de Jacques Chirac. Alors que le soutien syrien a permis son accession au pouvoir au Liban, entre 2000 et 2004, son opposition à l'encontre du président de la République libanaise pro-syrien Emile Lahoud est croissante. En septembre 2004, il est contraint par la Syrie d'adopter une réforme constitutionnelle permettant la prorogation pour trois ans du mandat du président de la République. Cet événement le conduit à la rupture avec le régime syrien. Rafic Hariri démissionne et rejoint le camp de plus en plus nombreux de l'opposition à la présence syrienne au Liban. Plus encore, de par sa stature, il apparaît comme à même de fédérer cette opposition.

Son assassinat en février 2005 est immédiatement attribué à la Syrie. Le rapport d'enquête internationale remis le 27 octobre 2005 au secrétaire des Nations Unies Kofi Annan par la commission conduite par le magistrat Detlev Mehlis, confirme l'implication du gouvernement syrien, et celle de son président Bachar al-Assad ainsi que celle de hauts personnages libanais. Le nom du président Emile Lahoud est cité tandis que quatre généraux libanais sont arrêtés.

Cet assassinat politique qui provoque le décès de 23 personnes, fait éclater la colère des Libanais. Le 14 mars 2005, environ un million de personnes (sur les quatre que compte le Liban) réclame dans les rues de Beyrouth le départ des troupes syriennes présentes depuis 1976. Le retrait, exigé par la résolution 1559 des Nations Unies adoptée en septembre 2004 est devenu inéluctable et les derniers soldats quittent le territoire libanais le 26 avril 2006. En outre, il instaure un climat de terreur et les assassinats politiques se multiplient. Le 21 novembre 2006, le ministre de l'industrie anti-syrien Pierre Gemayel périt à son tour dans un attentat.

Dès lors, l'assassinat de Rafic Hariri renforce l'instabilité politique d'un pays déjà en proie aux rivalités confessionnelles. L'élection du président de la République, en remplacement du poste laissé vacant par Emile Lahoud le 23 novembre 2007, est repoussée pour la 13ème fois le 20 janvier 2008.

L'assassinat politique de Rafic Hariri, dont la portée symbolique est capitale, rend plus visibles encore les fractures qui fissurent la société libanaise.

Julie Le Gac

Éclairage média

Ce document, diffusé 6 jours après l'assassinat de Rafic Hariri s'interroge sur ses conséquences politiques et met en lumière la mobilisation anti-syrienne au Liban. A cet égard, il montre à la fois des images témoignant du recueillement de la population de Beyrouth autour de la tombe de l'ancien premier ministre, et d'autres illustrant sa détermination, comme celles de la manifestation réclamant le départ des troupes syriennes. Néanmoins, il s'abstient de rappeler que le retrait de l'Armée syrienne a fait l'objet d'une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU en septembre 2004.

Dans un deuxième temps, ce document relaie l'indignation du gouvernement syrien face aux accusations qui le compromettent dans l'attentat de Rafic Hariri. Toutefois, la conclusion du journaliste rappelle l'importance des soupçons pesant sur Damas.

Par ailleurs, ce reportage souligne la volonté du peuple libanais de prendre en mains son destin, quinze années après la fin de la guerre civile. Cet espoir, exprimé par la population dans ces circonstances tragiques, mésestime cependant les divisions politiques internes au Liban ainsi que l'influence persistante de la Syrie.

Julie Le Gac

Transcription

Carole Gaessler
On parlait, à l'instant, du Liban. Le Liban où le climat est tendu, 6 jours après la mort de Rafiq Hariri, le régime pro-syrien de Beyrouth se dirige vers une épreuve de force avec l'opposition, qui exige toujours le retrait des forces syriennes du pays. Alors nos envoyés spéciaux, Thierry Curtet et Frédéric Bohn ont pu constater que la mobilisation anti-syrienne commence à s'organiser, pour ne plus revivre la tutelle de son voisin.
Thierry Curtet
La guerre du Liban, c'est toute son enfance. Elle avait un an, lorsqu'elle éclate, en 1975. Les 4 à 5000 personnes qui, tous les soirs, se réunissent place des martyrs sur la tombe de Rafiq Hariri ont tous ce point commun. Ils ont tous plus de 30 ans, la guerre ils savent parfaitement ce que c'est.
Maha Rabbath
C'est la première fois dans l'histoire du Liban où les libanais sentent et c'est je crois le moment venu, c'est une question de timing aussi, où les libanais sentent qu'ils peuvent faire quelque chose, pour une fois, qu'ils peuvent être actifs. Parce que pendant tous ces années, on a subi, subi, subi et là trop c'est trop quoi.
Thierry Curtet
Ils scandent : "Syria out" ; la Syrie dehors. Ils l'accusent d'ingérence depuis trop longtemps dans les affaires libanaises. Ces derniers mois, Rafiq Hariri avait rejoint l'opposition, et le chef druze, Walid Joumblatt, l'ancien premier ministre lui avait tenu des propos alarmistes.
Walid Joumblatt
C'est comme s'il avait un sentiment prémonitoire que bon, je pense que ce sera ou toi ou moi et il est passé le premier parce que c'était vraiment le pilier fondamental de l'opposition.
Thierry Curtet
Cette opposition souhaite aujourd'hui le départ des 14000 soldats syriens cantonnés dans l'est du Liban. Des soldats qui ont reçu l'ordre de se faire plus discrets depuis quelques mois. En Syrie justement, le pouvoir se dit prêt à étudier toute demande du gouvernement libanais. Damas rappelle avoir condamné très tôt l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais et s'offusque qu'on la croie mêlée à l'attentat.
Mahdi Dakhllah
Ces accusations contre la Syrie, c'est comme si aujourd'hui on nous accusait d'avoir tué John Kennedy. Ce sont des accusations qui frisent la bêtise parce que la Syrie n'a jamais recours à ce genre de méthode.
Thierry Curtet
Les libanais sont en train de se prouver à eux-mêmes qu'un autre avenir est possible, qu'ils ont leur destin entre leurs mains. Pour ce faire, ils veulent aller vite et profiter des lourds soupçons qui pèsent sur la Syrie et la paralysent.

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