L'abandon de la lutte armée par l'IRA

29 juillet 2005
02m 15s
Réf. 04609

Notice

Résumé :

Témoignages de catholiques et de protestants de Belfast après la décision annoncée la veille par l'IRA de renoncer à la lutte armée.

Date de diffusion :
29 juillet 2005
Date d'événement :
28 juillet 2005

Contexte historique

L'Irish Republican Army (Armée républicaine irlandaise) est née en 1919 lors de la proclamation unilatérale par le parti Sinn Fein de l'indépendance de l'Irlande. A partir de la formation de l'Etat libre d'Irlande en 1921, l'IRA, désireuse de réunir l'Irlande du Nord à la République d'Irlande, se manifeste périodiquement par des attentats. En décembre 1969, une scission se produit au sein de l'IRA : une IRA dissidente, dite "provisoire" se met en place à côté de l'IRA officielle, tandis que sa branche politique, le Sinn Fein, se scinde lui aussi.

Alors que l'IRA officielle renonce à la violence, l'IRA provisoire mène de nombreux attentats non seulement en Ulster, contre l'armée britannique et les protestants, mais également sur le sol anglais. Ainsi, à la suite du "dimanche sanglant" du 30 janvier 1972, lors duquel 13 manifestants catholiques ont été tués à Belfast par l'armée britannique, l'IRA provisoire commet des attentats de grande ampleur le 21 juillet 1972 : lors du "vendredi sanglant", 22 bombes explosent dans le centre de Belfast, provoquant la mort de 11 personnes et faisant 130 blessés. Le cycle de la violence meurtrière s'enclenche alors. De nombreux attentats et assassinats sont commis, dont le meurtre de Lord Mountbatten en 1979. L'IRA est mise hors la loi en 1974 et ses militants sont sévèrement réprimés.

Le durcissement de la législation répressive britannique conduit notamment en 1981 des prisonniers de l'IRA à mener des grèves de la faim afin d'obtenir la reconnaissance de leur statut de prisonniers politiques. 10 prisonniers trouvent la mort dans ce mouvement, permettant à l'IRA d'acquérir une audience internationale. Au cours des années 1980 et du début des années 1990, l'IRA poursuit ses attentats, auxquels répondent une répression accrue ainsi que des assassinats commis par des commandos loyalistes, favorables au maintien de la domination britannique sur l'Ulster.

Toutefois, un processus de paix s'amorce progressivement. L'IRA proclame ainsi un cessez-le-feu le 31 août 1994, accepté ensuite par le commandement militaire loyaliste combiné. Malgré la rupture de la trêve en 1996 avec la reprise des attentats, le Sinn Fein, branche politique de l'IRA dirigée par Gerry Adams, entreprend des négociations avec le gouvernement britannique. Un accord de paix, dit du "vendredi saint", est conclu à Belfast le 10 avril 1998 entre les représentants des principaux partis politiques d'Irlande du Nord et le Premier ministre britannique Tony Blair, ainsi que son homologue de la République d'Irlande Bertie Ahern. Cet accord prévoit notamment l'élection d'une assemblée locale et la création d'un gouvernement nord-irlandais semi-autonome partagé entre catholiques et protestants. Toutefois, le processus politique de paix s'interrompt à partir de 2002, le gouvernement britannique ayant décidé de suspendre le statut de semi-autonomie accordé à l'Irlande du Nord. Il ne reprend qu'en 2005 avec une annonce décisive faite par l'IRA : le 28 juillet 2005, dans un communiqué, l'IRA ordonne à ses militants de "déposer les armes".

Cette annonce, inspirée par le président du Sinn Fein Gerry Adams, semble marquer la fin officielle du conflit nord-irlandais, qui a fait quelque 3 600 victimes en trente-cinq ans. Conformément à cette décision, l'IRA procède dès septembre 2005 à la destruction totale de son stock d'armes, munitions et explosifs, sous le contrôle d'une commission internationale présidée par le général canadien John de Chastelain.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Réalisé à Belfast par une équipe de France 3 le lendemain de l'annonce par l'IRA de son abandon de la lutte armée, ce reportage vise à recueillir les impressions des catholiques et des protestants sur cette décision. Même si un homme politique, député du Sinn Fein, est interrogé, le sujet est surtout composé de témoignages d'habitants. Il s'efforce de présenter le point de vue le plus objectif possible en donnant la parole aux catholiques comme aux protestants. Un couple mixte a même été choisi comme symbole de l'espoir de la fin du conflit. Des plans d'inscriptions et de dessins sur les murs des quartiers catholiques et protestants de Belfast révèlent la profondeur de la division et des violences qui ont eu lieu.

Christophe Gracieux

Transcription

Présentateur
Au lendemain de l'annonce par l'IRA de la fin de la lutte armée en Irlande du nord, la population attend maintenant de voir ce qui va vraiment se passer. Depuis 35 ans, catholiques et protestants s'opposent sur l'avenir de ce territoire ; des générations entières se sont divisées sur ce conflit. Serge Kovacs, Olivier Tieth.
Serge Kovacs
Falls road, le bastion des catholiques de Belfast. Dans ce quartier, l'armée républicaine irlandaise a connu ses plus hauts faits d'arme face à l'armée britannique. Mais aujourd'hui la page est tournée, l'IRA a décidé de rendre les armes. Une décision annoncée par le Sinn Fein, un parti longtemps considéré comme la vitrine politique des nationalistes d'Irlande du nord. Jerry Adams, leur chef, compte bien aller plus loin. Comme nous l'explique un de ses collègues, député au parlement de Belfast, c'est maintenant à Londres et Dublin d'aller vers les républicains.
Michaël Ferguson
Je pense que ce qu'a fait l'IRA hier est une démonstration de confiance dans un processus républicain. Nous avons maintenant un cadre avec lequel nous allons pouvoir, espérons-le, construire une Irlande réunifiée.
Serge Kovacs
Non loin de là dans le quartier protestant de Sandy Row, c'est plutôt le scepticisme. Personne ne s'attend à un miracle malgré les engagements de l'IRA, les loyalistes doutent toujours de la bonne foi du camp républicain.
Grace Grahm
Je ne sais pas. Il faut juste voir et attendre. Ils ont fait tellement de promesses dans le passé et ils ne les ont jamais tenues. Il veulent l'Irlande du nord, je doute fort d'ailleurs qu'ils l'obtiennent, en tout cas pas tant que je serai vivante.
Serge Kovacs
Andrew et Elisabeth sont bien plus optimistes. Elle est catholique, lui est protestant, mariés depuis 3 ans, ils espèrent vivre en paix à Belfast.
Elisabeth Cherry
Ça fait des années qu'on vit ensemble, on vit heureux, on est content de cette déclaration de l'IRA, c'est un signe de paix. La paix est déjà dans l'air d'ailleurs. J'espère que cela va continuer.
Andrew Cherry
J'espère simplement que les gestes suivront les déclarations. Qu'ils rendront leurs armes.
Serge Kovacs
A Belfast, les cicatrices de la guerre ont presque totalement disparu. Il n'y a plus de frontière visible entre les deux parties de la ville, mais il reste beaucoup à faire pour une paix véritable.

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