Michelle Bachelet, première femme présidente de la république chilienne

12 janvier 2006
02m 31s
Réf. 04611

Notice

Résumé :

En 2007, Michelle Bachelet devient la première femme présidente de la Répulique d'un Etat d'Amérique du Sud. Cette ancienne opposante à la dictature de Pinochet espère un Chili plus égalitaire entre les classes sociales et entre hommes et femmes.

Date de diffusion :
12 janvier 2006
Date d'événement :
15 janvier 2007
Source :

Contexte historique

Elue le 15 janvier 2007 avec 53,5% des suffrages, Michelle Bachelet est devenue la première femme présidente de la République d'un Etat d'Amérique du Sud. L'élection à la plus haute magistrature d'une femme divorcée élevant seule ses trois enfants et agnostique, dans un pays largement conservateur, comptant plus de 80% de catholiques et dans lequel le divorce n'a été autorisé qu'en 2005, constitue un véritable événement.

L'engagement socialiste de Michelle Bachelet est précoce. Née en 1951, elle milite dans la clandestinité après le coup d'Etat d'Augusto Pinochet du 11 septembre 1973. Son père, le général Alberto Bachelet, qui choisit de rester fidèle au président Salvador Allende, meurt sous le joug de la torture. Michelle Bachelet est elle même torturée avec sa mère en 1975 à la Villa Grimaldi à Santiago. Après leur libération, les deux femmes sont contraintes à l'exil, en Australie, tout d'abord, puis en République Démocratique Allemande. De retour au Chili en 1979, elle obtient son diplôme de médecin en 1982, mais ne parvient pas à obtenir un poste dans le secteur public, pour des raisons politiques. A la fin de la dictature en 1990, Michelle Bachelet devient membre de la Commission nationale de lutte contre le sida et consultante de l'Organisation Mondiale de la Santé. Critiquant la méconnaissance par le Parti Socialiste au sein duquel elle milite, du rôle des forces armées, elle étudie la stratégie militaire à Santiago, puis à Washington. En 2000, le président socialiste Ricardo Lagos la nomme ministre de la santé, puis, en 2002, ministre de la Défense. Michelle Bachelet devient alors la première femme d'Amérique du Sud à occuper un tel poste.

Lorsqu'elle entreprend de briguer la succession du président Ricardo Lagos, elle sait qu'elle doit, affronter les préjugés misogynes, notamment, ceux du candidat de la droite Sebastian Pinera, et plus encore qu'un homme, faire la preuve de ses compétences. Tout au long de la campagne, celle qui promet "un pays sans exclusion, sans discrimination, avec les mêmes droits pour les femmes que pour les hommes", étonne par sa détermination, son charisme et sa simplicité. Alors qu'elle promet la parité gouvernementale, le doublement du nombre de crèches et l'attribution de pensions de retraites aux femmes chefs de famille, elle incarne un véritable espoir pour les femmes chiliennes. Les jeunes et une partie de la population masculine aspirent quant à eux à une autre gouvernance, plus respectueuse du corps électoral.

La nouvelle présidente de la République du Chili, Michelle Bachelet se doit dès lors de répondre à ces attentes en matière de droits des femmes et de lutte contre les inégalités sociales.

Julie Le Gac

Éclairage média

La candidature de Michelle Bachelet à la présidence de la République chilienne est suivie avec beaucoup d'attention par les médias occidentaux. En effet, malgré elle, Michelle Bachelet est devenue, le porte-drapeau des femmes politiques de la planète. En France, en particulier, alors que Ségolène Royal a été investie le 17 novembre 2006 par les militants socialistes, comme candidate à l'élection présidentielle, les médias se montrent très attentifs au parcours de Michelle Bachelet.

Ce reportage diffusé par France 2 le jour de l'élection présidentielle propose un portrait de la candidate. Il s'intéresse bien plus à la personne, et surtout, à son identité féminine, qu'au programme proposé.

Parallèlement, ce document s'interroge sur la réception de cette candidature au sein de la société chilienne. S'appuyant sur l'exemple folklorique d'un café dans lequel les serveuses exhibent leurs jambes, il souligne le machisme inhérent à la société chilienne. Les témoignages masculins recueillis dans ce même café tempèrent toutefois ce jugement : la candidature d'une femme est décriée en tant que telle par certains, et louée comme bienvenue par d'autres.

Ce reportage souligne le traitement médiatique différencié de l'action des hommes et des femmes politiques. La persistante rareté de ces dernières aiguise la curiosité, tandis que le maintien de certaines assignations sexuées des rôles entre hommes et femmes conduit les journalistes à s'interroger plus longuement sur la gestion du quotidien par les femmes politiques.

Julie Le Gac

Transcription

David Pujadas
Au Chili, le compte à rebours est enclenché pour la présidentielle, particulièrement suivie, puisqu'une femme pourrait l'emporter. La socialiste Michelle Bachelet a une légère avance dans les sondages. L'élection de cette candidate, âgée de 54 ans, serait un coup de tonnerre dans ce pays réputé pour son conservatisme. Envoyés spéciaux : Bertrand Coq, Gilles Jacquet.
Bertrand Coq
C'est une femme qui conduit sa voiture, plaisante avec les journalistes et que les Chiliens apprécient pour sa simplicité. C'est une femme qui élève ses enfants toute seule et exerce la profession de pédiatre quand elle n'est pas ministre. Michelle Bachelet, fille d'un général mort sous la torture pendant la dictature, elle-même a connu la prison et l'exil, et qui aspire aujourd'hui à diriger son pays.
Michelle Bachelet
Je suis sereine dit-elle, bien sûr les Chiliens auront la parole dimanche prochain, mais je suis sereine.
Bertrand Coq
Ministre de la santé, puis de la défense, Michelle Bachelet s'inscrit dans la continuité des gouvernements de centre gauche de l'après Pinochet. Sa priorité nous dit-elle c'est l'emploi, plus de travail pour les hommes et les femmes de notre pays, mais pas n'importe quel travail, des emplois décents. Au premier tour, les femmes ont majoritairement voté pour elle. Dans un pays où le divorce n'est autorisé que depuis 2 ans, cette mère de famille de 54 ans est à l'image de la classe moyenne, celle qui aspire à une société plus ouverte.
Michelle Bachelet
Nous voulons une démocratie plus paritaire qui intègre tout le monde et je crois qu'une femme élue peut être un symbole de ce changement au Chili et un exemple pour d'autres pays.
Bertrand Coq
On dit que le Chili est un pays machiste. On pourrait le croire à voir ces cafés "con piernas", littéralement "café avec jambes" où des jeunes femmes court vêtues servent des expresso à la chaîne, la clientèle est essentiellement masculine, mais surprise, tous les propos ne sont pas convenus. Bien sûr, il y a ce monsieur qui trouve que les femmes sont faites pour commander à la maison, mais pas pour gouverner un pays. Mais celui là trouve au contraire l'expérience intéressante, être dirigé par une femme, pourquoi pas. Cet autre est encore plus catégorique, excellent dit-il, je voterai pour Michelle parce que c'est une femme, parce qu'elle est médecin et parce qu'elle est intelligente. Les derniers sondages donnent à Michelle Bachelet 5 points d'avance face à son rival, un homme d'affaires multimilliardaire qui représente la droite modérée. 16 ans après le retour de la démocratie, il semble bien que les Chiliens soient décidés à élire dimanche, la première femme président de l'Amérique du Sud.

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