Retour au calme à Abidjan

20 janvier 2006
01m 46s
Réf. 04612

Notice

Résumé :

En Côte d'Ivoire, après quatre jours de troubles provoqués par les Jeunes patriotes, partisans de Laurent Gbagbo, contre l'ONU, le calme est revenu à Abidjan.

Date de diffusion :
20 janvier 2006
Date d'événement :
16 janvier 2006
Personnalité(s) :

Contexte historique

La Côte d'Ivoire est déchirée par une guerre civile à partir de 2002. Un soulèvement militaire éclate en effet le 19 septembre 2002 contre le président de la République en poste depuis 2000, Laurent Gbagbo. Les forces loyalistes mettent fin au coup de force à Abidjan dès le lendemain mais la rébellion prend le contrôle du Nord du pays autour de Bouaké. Les rebelles luttent notamment pour l'obtention de la nationalité ivoirienne pour tous les Ivoiriens du Nord. Sous l'égide de la France, des négociations entre les différents partis ivoiriens sont menées à Marcoussis en janvier 2003.

Signés le 26 janvier 2003, les accords dits "de Marcoussis" prévoient l'établissement d'un gouvernement de réconciliation. Ils mettent également en place le désarmement des deux camps et la sécurisation de la Côte d'Ivoire par les troupes françaises et africaines de la Force Licorne, les soldats français étant intervenus en septembre 2002 lors de la tentative de coup d'Etat pour protéger les ressortissants français. L'ONU déploie elle aussi en 2004 un corps, l'Onuci (Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire), chargé de contrôler une zone entre les deux parties. Le cessez-le-feu n'empêche toutefois pas la poursuite de violences. Le 25 mars 2004, les forces gouvernementales de Laurent Gbagbo répriment ainsi dans le sang une manifestation de l'opposition en faveur des accords de Marcoussis. Une centaine de personnes sont tuées, provoquant le retrait de l'ensemble des partis d'opposition du gouvernement de réconciliation nationale. Surtout, Laurent Gbagbo rompt le cessez-le-feu décrété en 2003 à Marcoussis : les 4 et 5 novembre 2004, l'aviation ivoirienne lance des attaques contre les villes du Nord du pays contrôlées par les rebelles. Le 6 novembre, un poste tenu par des soldats français de l'opération Licorne, chargés de veiller au respect de la ligne de démarcation protégée par l'Onuci, est bombardé par un avion gouvernemental ivoirien, provoquant la mort de 9 soldats. Les forces françaises ripostent en détruisant au sol toute l'aviation ivoirienne.

Cette réaction française provoque des pillages et des violences contre les Français présents en Côte d'Ivoire de la part des "Jeunes patriotes", partisans de Laurent Gbagbo. Aussi, à partir du 10 novembre 2004, les soldats de la Force Licorne évacuent-ils des milliers de ressortissants français. Le 15 novembre, le Conseil de Sécurité de l'ONU vote une résolution qui impose un embargo sur les ventes d'armes en Côte d'Ivoire. Par la suite, Laurent Gbagbo et ses opposants signent un accord à Pretoria en avril 2005 sous l'égide du président sud-africain Thabo Mbeki mandaté par l'Organisation de l'unité africaine.

Cependant, des troubles éclatent de nouveau en janvier 2006 : du 16 au 19 janvier, des "Jeunes patriotes" installent des barrages dans les rues d'Abidjan et attaquent le siège de l'Onuci, à la suite de l'annonce de la dissolution du Parlement ivoirien. L'ensemble des parties, y compris Laurent Gbagbo et le chef des rebelles Guillaume Soro acceptent de se rencontrer lors d'un sommet tenu dans la capitale ivoirienne Yamoussoukro le 28 février 2006, et le 4 mars 2007 des accords de paix sont signés à Ouagadougou. La nomination le 29 mars 2007 par Laurent Gbagbo du chef des rebelles Guillaume Soro à la tête du gouvernement confirme le rétablissement de la paix en Côte d'Ivoire, mettant un terme au moins provisoire à cinq années de violences. Cela n'empêche pas que dès le 29 juin 2007 Guillaume Soro soit victime d'un attentat, dont il sort indemne.

Christophe Gracieux

Éclairage média

Réalisé par une équipe d'envoyés spéciaux de France 3 en Côte d'Ivoire, ce reportage rend compte de la situation à Abidjan le matin même. Des plans de la circulation automobile redevenue normale illustrent le retour au calme de la ville, après quatre jours d'émeutes provoquées par les partisans de Laurent Gbagbo. Le sujet ne montre aucune image des troubles eux-mêmes mais en présente les dégâts : les brèches dans le mur d'enceinte du siège de l'ONU à Abidjan. Les interviews d'un soldat français et du commandant de la Force Licorne ont quant à elles pour but de donner des détails et de contextualiser la situation ivoirienne. Comme souvent dans un reportage réalisé en temps de troubles ou de guerre, le journaliste envoyé spécial conclut son sujet en étant filmé sur les lieux mêmes des événements, ici devant le siège de l'ONU à Abidjan.

Christophe Gracieux

Transcription

Catherine Matausch
En Côte d'Ivoire, le calme est revenu après quatre jours de manifestations non stop visant les casques bleus. Les patriotes partisans du président Laurent Gbagbo ont levé ce matin leurs barrages qui paralysaient les activités de la capitale économique, Abidjan. Voyez ce reportage de nos envoyés spéciaux, Jean-Marc Pitte et Xavier Deperthes.
Jean-Marc Pitte
Aujourd'hui le calme est revenu et au siège de l'ONU à Abidjan, on ne peut que constater les dégats et mesurer l'ampleur de la catastrophe évitée. A coup de masse, les militants les plus violents ont tenté de pratiquer des brèches dans le mur d'enceinte. Les troupes françaises venues prêter main forte aux assiégés sont parvenues à les repousser sous les insultes.
Caporal Chef Chimir
Ils nous criaient des slogans anti-français "Rentrez chez vous", "Vous n'avez rien à faire ici", "Tout ce qui vous arrive c'est à cause de vous", enfin voilà. Surtout ça. Il faut qu'ils trouvent un bouc émissaire à leurs problèmes donc la France est bien placée pour ça.
Jean-Marc Pitte
A l'appel des jeunes patriotes, les manifestations ont cessé et les ivoiriens ont repris le travail. Mais cette trêve semble avoir été le fruit d'un recul du premier ministre de transition, Charles Konan Banny. L'assemblée nationale ne sera finalement pas dissoute. Le commandant de la Force française Licorne estime que le camp de Gbagbo a toutefois perdu de sa capacité à mobiliser ses troupes et ce changement n'a pas échappé non plus aux forces nouvelles qui occupent le nord du pays.
Elrick (général) Irastorza
Moi je n'y vois seulement qu'une convulsion, une de plus dans ce pays qui en a assez, ça fait plus de 3 ans que ça dure, la population est complètement lasse. Nous ce que nous avons constaté c'est que cette mobilisation a été poussive par rapport à celles que nous avons connues dans d'autres temps ici dans ce pays.
Jean-Marc Pitte
Même si le calme est revenu dans Abidjan, les hommes de la Force Licorne et de l'ONU savent que les troubles peuvent reprendre à tout moment. Mais ce qui inquiète plus encore ici, c'est que cette instabilité puisse réveiller les risques d'une reprise de la guerre civile dans tout le pays.

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