Entretien avec Emmanuel Le Roy Ladurie

31 décembre 1982
02m 06s
Réf. 04628

Notice

Résumé :

Emmanuel Le Roy-Ladurie, un des fondateurs de la "nouvelle histoire", évoque son parcours et sa démarche d'historien.

Type de média :
Date de diffusion :
31 décembre 1982

Contexte historique

Issu d'une famille noble du Calvados, Emmanuel Le Roy Ladurie, né en 1929, entre à l'ENS de la rue d'Ulm à 20 ans.

Il s'engage très tôt politiquement : il adhère au parti communiste pendant ses études à l'ENS et le quitte après les événements de Budapest en 1956. Il évoque dans cet extrait cet intérêt pour le marxisme. Il analysera d'ailleurs par la suite et avec recul le communisme et sa dérive totalitaire.

Agrégé d'histoire en 1953, il enseigne au lycée de Montpellier, puis est détaché au CNRS de 1960 à 1965. Il est alors assistant à la Faculté de Lettres de Montpellier et rédige sa thèse sur les Paysans du Languedoc en 1966. Maître de conférence à la Faculté de Lettres de Paris et professeur à la Sorbonne, il succède à Fernand Braudel au Collège de France en 1973.

Emmanuel Le Roy Ladurie appartient à la troisième génération de l'école historique des Annales qui, après Marc Bloch et Lucien Febvre, privilégie l'étude des évolutions historiques sur la longue durée. Il est également l'un des fondateurs d'un nouveau courant historiographique, appelée "nouvelle histoire". Il s'éloigne ainsi de l'histoire économique et sociale pour s'intéresser à l'étude des mentalités et des représentations collectives.

Il n'abandonne pas pour autant l'histoire quantitative en publiant en 1967 une Histoire du climat depuis l'an mil.

En 1975, il publie Montaillou, village occitan de 1294 à 1324. Dans cet ouvrage, qui fait date, il reconstitue la vie d'un petit village du Languedoc à l'époque de la lutte contre les Cathares grâce aux registres tenus par l'évêque inquisiteur. Il donne donc une dimension anthropologique à ses travaux afin de saisir les logiques structurelles qui sous-tendent l'organisation d'une société sur le temps long. Administrateur de la Bibliothèque nationale en 1987, il soutient le projet de la Bibliothèque Nationale de France (site François Mitterrand). Depuis 1993, il est membre de l'Institut.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Emmanuel Le Roy Ladurie participe à l'émission "Ouvert le Dimanche" animée par Jérôme Garcin. Ce magazine d'une durée de trois heures était diffusé sur France 3 le dimanche après-midi (de 15h à 18h) et consacré à la vie littéraire, artistique et musicales (avec alternance de reportages et d'invités reçus en plateau).

Interrogé par le journaliste Jean-Michel Damian, habituellement spécialiste musical de l'émission, Emmanuel Le Roy Ladurie revient sur son parcours : ses origines rurales, son passage par le marxisme et son intérêt pour l'histoire des mentalités. Il fait ici une mise au point utile pour comprendre ce qu'est la "nouvelle histoire". Il ne s'agit pas de délaisser totalement l'histoire quantitative et événementielle au profit d'une histoire sur le temps long plus ethnographique. Il explique bien que toutes les dimensions de l'analyse historique sont liées et interdépendantes. Il répond ainsi aux critiques qui ont pu être émises à l'encontre de l'histoire des représentations.

La réalisation de l'émission est très simple : dans cet extrait, le décor semble assez sobre et la caméra cadre en plan large et fixe l'invité et le journaliste (de dos). A aucun moment, on ne peut donc percevoir de plus près les expressions du visage d'Emmanuel Le Roy Ladurie. Celui-ci semble d'ailleurs impassible et s'exprime sur un ton calme et professoral, qui démontre sa maîtrise de ce type d'exercice.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Emmanuel Le Roy-Ladurie
Oui, je suis parti d'une attitude, disons, plus économiste, l'histoire agraire qui est combinée à la fois à mes origines non pas paysannes du tout mais rurales, Et puis mon passage par un certain économisme marxiste, très vite j'ai évolué vers un certain scientisme, parce que j'avais et j'ai encore le goût de la science, et qui m'a amené à m'intéresser à l'histoire du climat, peu à peu, j'ai été conquis par l'histoire récente dite des mentalités, qui certes n'est pas la loi des prophètes, qui ne doit pas nous faire oublier l'histoire économique comme nous le faisons trop souvent, mais enfin qui apporte quelque chose. Et aussi l'ethnologie, qui a été, quand j'avais trente-cinq ou quarante ans, une espèce de nouvelle révélation pour moi. C'est ainsi que j'ai été amené à m'occuper de l'histoire d'une petite communauté ou un village, Montaillou, puis d'une fête urbaine, le Carnaval de Romans. Je me suis même un peu intéressé à la sorcellerie récemment, enfin. Mais je crois qu'il faut toujours garder les pieds par terre, ne pas perdre de vue l'histoire économique et aussi une certaine histoire politique, une certaine histoire de l'Etat en particulier qui reste importante. Je ne suis même pas a priori hostile à l'événementiel, encore faut-il savoir de quel événementiel il s'agit, la peste noire aussi est un événement. Je suis frappé par le fait que les scientifiques eux-mêmes font maintenant de l'histoire, le Big Bang, l'explosion initiale du monde a quand même l'air d'être une sorte d'événement, si j'ai bien compris, qui s'est passé il y a quinze milliards d'années ou vingt, Les origines de l'homme dont monsieur Coppens nous parle si souvent avec beaucoup de talent, Adam et Ève si vous voulez au Kenya, avec ces petits bipèdes et australopithèques et autres, là aussi ce n'est pas des lois générales comme celles de Newton, c'est vraiment un événement, une série d'événements.

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