Hommage à l'écrivain Blaise Cendrars

04 avril 1987
03m 40s
Réf. 04640

Notice

Résumé :

Dans son émission "Boîte aux lettres", Jérôme Garcin rend hommage à l'écrivain Blaise Cendrars à l'occasion du centenaire de sa naissance.

Type de média :
Date de diffusion :
04 avril 1987

Contexte historique

Issu d'une famille bourgeoise, Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric Sauser Hall (1887-1961), né en Suisse, prend très vite goût aux voyages. Après avoir abandonné ses études, il séjourne ainsi à Moscou, puis à Paris et New York. Il évoque ses différentes expériences dans ses premiers poèmes. Il en tire son recueil le plus célèbre Les Pâques à New York publié en 1912 où il rompt avec les formes poétiques traditionnelles à la manière d'Apollinaire.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, ce père de famille de 27 ans choisit de s'engager en tant que volontaire étranger au sein de l'armée française (il sera naturalisé en 1916). Blessé par un obus au bras en septembre 1915, il est amputé de la main droite. Cette expérience va bouleverser sa manière d'envisager l'écriture : il publie ensuite des poèmes courts, dépersonnalisés où l'homme devient spectateur et distant de lui-même. En 1926, avec la publication d'un grand roman surréaliste Moravagine, Cendrars revient à l'avant-garde de la création littéraire (jeux de miroirs, dédoublement du "Je", présence de l'irrationnel).

Dans les années 30, il se lance dans le journalisme et met à profit son goût du voyage pour réaliser des reportages, notamment à Hollywood. En 1939, il devient correspondant de guerre pour l'armée anglaise. Après la défaite française, il quitte Paris pour Aix-en-Provence et cesse d'écrire jusqu'en 1943.

Il ne parvient à retranscrire son expérience de guerre sous forme d'autobiographie qu'après le second conflit mondial avec la publication de L'Homme foudroyé en 1945 ou de La main coupée en 1946.

Il poursuit par la suite son oeuvre littéraire à Paris, mais victime d'une congestion cérébrale, il est dans l'incapacité d'écrire lorsque Malraux lui remet la Légion d'Honneur un an avant sa mort en 1960.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

L'émission "Boîtes aux lettres" était diffusée le dimanche sur FR3 de 1983 à 1987. Elle se présentait sous forme de journal télévisé axé sur l'actualité de la semaine et présenté en direct de Paris ou d'une station régionale de la châine en direct par Jérôme Garcin (actuel présentateur de l'émission radiophonique "Le Masque et la Plume"). Un invité témoin venait commenter les reportages diffusés.

A l'occasion du centenaire de sa naissance, l'émission du 4 avril 1987 fut consacrée à Blaise Cendrars et sa fille Myriam vint parler de son père sur lequel elle venait de publier une biographie.

Dans l'extrait de l'émission sélectionné, le reportage-photo permet de redécouvrir des images du poète et romancier : dédicaces, remise de la Légion d'Honneur par Malraux. Le montage sonore à partir de ces images d'archives nous donne un aperçu des entretiens radiophoniques avec Cendrars diffusés au début des années 50 : il y explique entre autres son amour de la poésie comme foyer de l'avant-garde artistique et sa déception face à l'évolution de la société industrielle dont il avait loué les progrès techniques.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Jérôme Garcin
Bonjour. A vingt ans, il était soutier à l'hôtel des wagons-lits, à Pékin. A 28 ans, alors qu'il était engagé volontaire dans la Légion Etrangère, il était blessé et était amputé du bras droit. Après, bien, après il a été tour à tour, successivement comme vous voulez, grand reporter, correspondant de guerre, cinéaste, et bien sûr, écrivain. Il a traversé le monde de part en part, et il l'a traduit dans une oeuvre littéraire absolument magistrale. De lui, Dos Passos avait dit : c'est le Homère du Transsibérien, et Henri Michaud avait dit : il a le voyage dans le ventre. S'il vivait encore aujourd'hui, eh bien, Blaise Cendrars, puisque c'est de lui qu'il s'agit, aurait aujourd'hui cent ans, une bonne occasion pour nous de fêter donc les cent bougies pour Blaise Cendrars. Et tout de suite, si vous le voulez bien, quelques images d'archives, un montage à la fois d'images anciennes et de textes dits par Blaise Cendrars à la radio, regardez bien, c'est très émouvant.
(Musique)
Journaliste
Vous avez dit en parlant de vous-même que vous vous fortifiez dans l'amour et dans la solitude.
Blaise Cendrars
J'ai dit que je voulais montrer réellement que des artistes vivent à côté et en marge de la vie, de l'humanité ; c'est pourquoi ils sont très grands ou très petits. On ne peut pas échapper à l'écriture, il faut tout de même se vider comme après un bon déjeuner, n'est-ce pas, on va se vider, le Christ l'a dit d'ailleurs, eh bien, que voulez-vous ? Mais c'est pas une raison ni une preuve de génie, que d'écrire contraint et forcé puisqu'il faut aussi écrire contraint et forcé et baragouiner. Quand un garçon comme moi qui ait chanté là, il y a vingt ans, la vie moderne, la mise en scène moderne, toutes ces belles usines et toutes ces machines là, quand on voit à quoi ça aboutit, eh bien, réellement, réellement c'est pas encourageant. Moi je prétends et j'ai toujours prétendu, qu'un garçon comme Picasso qui passe pour être le père du cubisme, et que d'une façon générale, les peintres sont de 50 ans en retard sur ce que produisent les poètes, un garçon comme Picasso illustre merveilleusement Mallarmé. Ce n'est pas un moderne pour un sou. Les peintres n'ont pas encore atteint la vision de Rimbaud. Il y a pas un ! Baudelaire a eu une très grosse influence, à un moment donné de ma vie, quand je l'ai découvert, personne n'en avait jamais parlé, n'est-ce pas ? C'est un grand poète, bien sûr, c'est surtout un profond esprit catholique, dans sa critique, et comme critique c'était un type étonnant, bien en avant sur son époque, et je crois que durant longtemps encore, mettons jusqu'au bout de ce XXème siècle, il influencera des tas de gens par sa critique. Et les gens ne s'amusent plus, moi c'est ça qui m'épouvante le plus, c'est de voir le sérieux avec lequel ils se considèrent tous. Mais nous de nos temps, je vous assure qu'il n'y avait pas de prix, qu'il n'y avait pas de ci, qu'il n'y avait pas de ça, et puis aller porter de la copie au journal Et toucher un sou la ligne, eh bien mon cher, il fallait, il fallait, des mois, des mois et des années, et attendre son tour, c'est le propre des générations de bouffer de la vache enragée. Heureusement que la vache enragée existe, qu'on l'a pas encore mise en boîte comme le singe et le cochon de Chicago.
(Musique)