Max-Pol Fouchet évoque Paul Eluard

18 juin 1958
03m 51s
Réf. 04641

Notice

Résumé :

En 1958, Max-Pol Fouchet, qui publia pendant la guerre à Alger le poème Liberté d'Eluard, profite de la célébration du 18 juin pour revenir sur les valeurs défendues par les poètes résistants.

Type de média :
Date de diffusion :
18 juin 1958
Source :

Contexte historique

Max-Pol Fouchet (1913-1980) est surtout célèbre pour ses talents de critique dans des émissions littéraires à la télévision ("Lectures pour tous", "Italiques"). Ces activités ont été cependant plus larges : il fut à la fois poète, historien d'art et éditeur.

Né dans la Manche, il suit des études secondaires et supérieures à Alger où il rencontre Albert Camus. Devenu professeur, il écrit dans la revue Esprit avant de fonder la sienne intitulée Fontaine en 1939. Pendant la guerre, celle-ci devient un organe de la Résistance intellectuelle. Au début de l'année 1942, il part à Paris où il noue des liens avec des écrivains et se voit confier par Paul Eluard une copie de son poème Liberté publié dès son retour à Alger et qui devient un des symboles de la lutte contre l'Occupant. En novembre, après le débarquement allié en Afrique du Nord, Max-Pol Fouchet se consacre à sa revue et à des émissions radiophoniques.

A partir des années 50, il devient homme de télévision et diffuseur de culture grâce sa participation à de nombreuses émissions littéraires ( "Lectures pour tous" créée avec Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes) et artistiques ( "Terre des Arts").

Engagé à gauche, il soutient le mouvement de Mai 68. Ses prises de positions l'éloignent de la télévision. Il se consacre alors à la publication de ses oeuvres personnelles restées assez confidentielles : il revient notamment sur sa trajectoire dans certains de ses romans dont La Rencontre de Santa Cruz publié en 1976. Il décède en 1980. [cf InaEdu04620]

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Lors de l'émission "Lectures pour tous", diffusée le 18 juin 1958, Max-Pol Fouchet revient sur l'engagement des poètes au sein de la Résistance. Après avoir lu un poème de Paul Eluard (Elle ne vit que par sa forme ), il rend hommage à celui qui lui avait confié une copie de son poème Liberté, devenu un de symbole de la lutte contre l'Occupant.

Dans cet extrait, filmé en plan rapproché, le critique littéraire démontre son amour pour la poésie. Il met une nouvelle fois son éloquence au service de la diffusion de la culture à la télévision. Le rythme de ses phrases rend son discours extrêmement clair et pédagogique.

Il ne s'agit pas seulement de célébrer le 18 Juin comme appel à la Résistance de De Gaulle à la BBC mais comme le symbole de l'union des Résistances de droite et de gauche, intellectuelle ou en armes : les poètes "ont sauvé eux aussi l'honneur de la France" et doivent donc être associés à cette journée où l'on célèbre la Résistance.

Il délivre également un message politique. Si on se replace dans le contexte de l'époque, on comprend que c'est un message de vigilance que lance ici cet homme de gauche: "La France ne peut pas être sans liberté, la France meurt sans liberté[...]. Il était bon de le redire aujourd'hui 18 juin 1958". Le vote d'une loi de pleins pouvoirs en faveur de De Gaulle le 3 juin dans un contexte troublé par les événements en Algérie fait en effet craindre à certains observateurs les abus liés à l'exercice d'un pouvoir trop personnel. On remarque ici la liberté de ton du critique littéraire en direct à la télévision, qui est alors un média au public restreint, donc encore peu soumis à la censure.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Max-Pol Fouchet
Cela pourrait être une définition de la poésie de Paul Eluard. Quand on relit ses poèmes, c'est au même miracle que l'on assiste. Cette poésie, qui est sur le papier, noir sur blanc, semble se dissoudre, la page semble devenir blanche, tout est transparent, on est dans un monde irréel. Cela pourrait être une définition de la poésie de Paul Eluard. Quand on relit ses poèmes, c'est au même miracle que l'on assiste. Cette poésie, qui est sur le papier, noir sur blanc, semble se dissoudre, la page semble devenir blanche, tout est transparent, on est dans un monde irréel. Et pourtant, dans la réalité, c'est Paul Eluard qui sans doute a donné de la poésie l'une de ses plus belles définitions, elle est rêve et réalité, comme il y a la rose et le rosier. Et pourtant, dans la réalité, c'est Paul Eluard qui sans doute a donné de la poésie l'une de ses plus belles définitions, elle est rêve et réalité, comme il y a la rose et le rosier. Qu'il soit l'un des plus grands poètes d'amour de la langue française, ce n'est que trop évident lorsqu'on lit ses textes. Qu'il soit l'un des plus grands poètes d'amour de la langue française, ce n'est que trop évident lorsqu'on lit ses textes. Peut-être pour trouver l'équivalent, faut-il remonter jusqu'au XVIe siècle, à Maurice Scève, à Ronsard. Peut-être pour trouver l'équivalent, faut-il remonter jusqu'au 16ème siècle, à Maurice Scève, à Ronsard. Mais ce qui est admirable dans cette poésie amoureuse de Paul Eluard, c'est que c'est une poésie qui part de la solitude la plus absolue, qui passe par le couple et à partir du couple, s'ouvre sur la multitude. Mais ce qui est admirable dans cette poésie amoureuse de Paul Eluard, c'est que c'est une poésie qui part de la solitude la plus absolue, qui passe par le couple et à partir du couple, s'ouvre sur la multitude. Le poète est sorti de la solitude par l'amour, il rêve d'une foule enfin réconciliée. Le poète est sorti de la solitude par l'amour, il rêve d'une foule enfin réconciliée. C'est ce que l'on constate, ce que l'on sent dans ses poèmes. C'est ce que l'on constate, ce que l'on sent dans ses poèmes. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ses poèmes, mais le nom de Paul Eluard, ce soir, a une signification particulière. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ses poèmes, mais le nom de Paul Eluard, ce soir, a une signification particulière. Nous avons lu Paul Eluard pendant 4 ans, pendant les années sombres. Nous avons lu Paul Eluard pendant 4 ans, pendant les années sombres. C'est lui qui nous a donné un des poèmes de résistance où nous trouvions la force pour continuer le combat, pour continuer d'espérer. C'est lui qui nous a donné un des poèmes de résistance où nous trouvions la force pour continuer le combat, pour continuer d'espérer. Un poème qu'il intitula d'abord : Une Seule pensée. Un poème qu'il intitula d'abord : « une seule pensée ». C'était un poème composé de quatrains, où Eluard faisait une sorte d'inventaire des aspects du monde, nous disait cet inventaire, et chaque quatrain se terminait par cette phrase : « j'écris ton nom ». C'était un poème composé de quatrains, où Eluard faisait une sorte d'inventaire des aspects du monde, nous disait cet inventaire, et chaque quatrain se terminait par cette phrase : « j'écris ton nom ». Et l'on pouvait se demander alors que la lecture cheminait, au long des 21 quatrains, quel était le nom que le poète écrivait sur tous les aspects du monde, et enfin le nom venait, c'était : Liberté. Et l'on pouvait se demander alors que la lecture cheminait, au long des 21 quatrains, quel était le nom que le poète écrivait sur tous les aspects du monde, et enfin le nom venait, c'était : Liberté. Ce fut un chant profond de la résistance française. Ce fut un chant profond de la résistance française. Comment ne pas penser aujourd'hui à Paul Eluard, mais aussi comment ne pas penser, en ce soir du 18 juin 1958, aux écrivains, aux poètes, aux artistes qui ont payé de leur vie, de leur sacrifice, pour que nous puissions nous retrouver ce soir. Comment ne pas penser aujourd'hui à Paul Eluard, mais aussi comment ne pas penser, en ce soir du 18 juin 1958, aux écrivains, aux poètes, aux artistes qui ont payé de leur vie, de leur sacrifice, pour que nous puissions nous retrouver ce soir. Je pense à tous. Je pense à tous. Je pense à ceux qui étaient de gauche, comme à ceux qui étaient de droite, à ceux qui croyaient au ciel, comme à ceux qui n'y croyaient pas. Je pense à ceux qui étaient de gauche, comme à ceux qui étaient de droite, à ceux qui croyaient au ciel, comme à ceux qui n'y croyaient pas. Je pense à Jacques Decourt, comme à Max Jacob, à Saint-Pol-Roux, comme à Jean Prévost. Je pense à Jacques Decourt, comme à Max Jacob, à Saint-Pol-Roux, comme à Jean Prévost. Eluard est mort après la Libération, c'est vrai, mais il fait partie de cet ensemble d'hommes qui encore une fois ont sauvé eux aussi l'honneur de la France. Eluard est mort après la Libération, c'est vrai, mais il fait partie de cet ensemble d'hommes qui encore une fois ont sauvé eux aussi l'honneur de la France. Ils ont donné à ce moment là, une voix à notre espoir. Ils ont donné à ce moment là, une voix à notre espoir. C'est eux-mêmes qui par leur voix précisaient notre espoir. C'est eux-mêmes qui par leur voix précisaient notre espoir. Ils nous apprenaient en tous cas, que la France ne peut pas être sans la liberté. Ils nous apprenaient en tous cas, que la France ne peut pas être sans la liberté. Que la France meurt sans la liberté. Que la France meurt sans la liberté. Et que sans liberté, il n'y a pas d'oeuvre humaine possible. Et que sans liberté, il n'y a pas d'oeuvre humaine possible. Il était bon de le redire, aujourd'hui, 18 juin 1958.
Il était bon de le redire, aujourd'hui, 18 juin 1958.

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