Entretien avec le psychanalyste Jacques Lacan

09 mars 1974
03m 20s
Réf. 04643

Notice

Résumé :

Jacques Lacan explique ses théoriques psychanalytiques sur l'inconscient à la télévision en mars 1974.

Type de média :
Date de diffusion :
09 mars 1974
Source :
(Collection: Un certain regard )

Contexte historique

Né à Paris, Jacques Lacan (1901-1981) entame ses études de médecine alors que les idées freudiennes se diffusent en France. Spécialisé en neurologie et en psychiatrie, il devient chef de service à l'hôpital Saint-Anne où sont formés les premiers psychanalystes. Il obtient sa thèse de doctorat en médecine en 1932 : il y soutient de nouvelles analyses en faisant notamment le lien entre la notion de personnalité et d'environnement social.

Il développe par la suite d'autres théories : ses observations sur le petit enfant face au miroir lui permettent d'établir un lien entre le moi, l'imaginaire et le langage. En 1953, Lacan fonde la Société française de psychanalyse et est rejoint notamment par Françoise Dolto. Il s'appuie sur la linguistique ("l'inconscient est structuré comme un langage"), la logique et les mathématiques pour repenser certaines théories analytiques. Il anime également un séminaire qui connaît un succès remarquable jusqu'en 1979. Il y développe ses théories sur l'imaginaire, le réel et le symbolique avec une éloquence et un art de la formule restés célèbre.

En 1964, il est à l'origine de la création de l'Ecole freudienne de Paris qu'il dissout en 1980, un an avant sa mort.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Cet entretien avec Jacques Lacan est un extrait d'une émission de la série "Un certain regard". Diffusée sur la première chaîne de 1964 à 1975, ce programme avait pour but de partir à la rencontre de spécialistes et d'approfondir la réflexion autour de grandes questions contemporaines. Elle a été mise au point par le Service de la Recherche de l'ORTF dans un effort de vulgarisation culturelle à la télévision. Jacques Lacan anime alors un séminaire d'enseignement et ses théories psychanalytiques intéressent de nombreux intellectuels. L'émission, intitulée "l'inconscient ça parle", a donc pour but de faire connaître ses analyses à un plus large public. Lacan est reconnu pour ses talents d'orateur qui fascinent les auditoires. Le célèbre psychanalyste est ici filmé en plan large derrière son bureau dans la situation d'un professeur qui dispense un cours face à la caméra. On remarque les efforts déployés par le réalisateur pour rendre le propos plus pédagogique : le journaliste interrompt le cours magistral de Lacan par des questions (un peu érudites) et des panneaux annoncent sur fond noir les principaux thèmes abordés.

Il est cependant difficile de substituer une caméra à un parterre d'étudiants et Lacan semble assez mal à l'aise : il ne regarde pas l'objectif et semble parfois monologuer. L'absence de communication avec le téléspectateur ne facilite pas la transmission d'une pensée complexe. Les nombreux silences, les changements de ton et les gestes saccadés du philosophe nous éloignent un peu du propos et prêtent parfois à sourire. On se rend compte ici que la communication face à une caméra est un art complexe que ne maîtrise pas Jacques Lacan (par ailleurs étonnant de charisme face à ses étudiants).

Il reste que ce document télévisuel a une valeur archivistique importante puisqu'il donne un aperçu, certes quelque peu caricatural, de la pensée et de la singularité d'un des psychanalystes français les plus éminents du XXe siècle.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Jacques Lacan
Approche l'inconscient, ça parle ; ce qui le fait dépendre du langage.
Interviewer
Je vous interromps. Vous dites que l'animal, parce qu'il ne parle pas, n'a pas d'inconscient. Descartes, lui, disait que l'animal n'avait pas d'âme. Ça tendrait à prouver que l'inconscient, ça n'est qu'une hypothèse, une supposition.
Jacques Lacan
L'âme, c'est une supposition aussi. Supposition de la somme, ça n'est pas rien qu'on puisse faire la somme, qu'on le suppose en tout cas. La somme des fonctions du corps, en quoi c'est une supposition bien plus problématique que celle de l'inconscient. Néanmoins, supposons-la. Parce qu'après tout, c'est raisonnable à supposer. Ca c'est toujours supposé de la même voie. D'Aristote au nommé Von Uexkull ; retenez ce nom si vous n'en avez jamais entendu parler. Et puis c'est encore ce que supposent, qu'ils le veuillent ou pas, les biologistes, les physiologistes. Donc l'âme est là. Alors, je dis que le sujet de l'inconscient ne touche à l'âme que par le corps. Et ce qui est plus raide, d'y introduire - je dis par le corps - la pensée, en quoi cette fois, je contredis Aristote. L'homme ne pense pas avec son âme. Comme il l'imagine là, le philosophe, comme il l'imagine ; il n'y a qu'à le lire pour s'en apercevoir. L'homme pense de ce qu'une structure découpe son corps, et en rondelles, n'ont rien à faire avec l'anatomie. Témoin : l'hystérique...

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