Philippe Sollers et la revue Tel Quel

31 mars 1968
01m 54s
Réf. 04647

Notice

Résumé :

Philippe Sollers explique la démarche et les ambitions de la revue Tel Quel dont il est l'animateur. Il se situe alors à l'avant-garde littéraire et entend rénover les codes romanesques traditionnels.

Type de média :
Date de diffusion :
31 mars 1968
Source :

Contexte historique

Né en 1936, Philippe Joyaux (alias Sollers) participe à l'avant-garde littéraire dans les années 1960 et 70.

Etudiant dans une grande école de commerce, il publie son premier roman Une curieuse Solitude à 22 ans. Il est tout de suite salué par la critique et de grandes figures de la littérature comme François Mauriac ou Louis Aragon admirent son style. Il fonde en 1960 la revue Tel Quel et cherche alors à s'affranchir de certaines conventions romanesques classiques. Tel Quel devient alors une revue engagée politiquement (tournée vers le marxisme puis le maoïsme, elle est caractéristique du climat intellectuel de Mai 68). Elle permet également à de jeunes auteurs de développer leurs nouvelles théories sur la littérature et ses liens avec d'autres disciplines. Sollers obtient parallèlement la reconnaissance de ses pairs : il obtient le prix Médicis pour Le Parc en 1961 et ses ouvrages suivants suscitent les analyses de plusieurs spécialistes de la linguistique (dont Roland Barthes ou Julia Kristeva, sa future épouse).

Dans les années 80, il revient à une forme de romans et d'essais plus conventionnels dont certains deviennent des best-sellers (Femmes, 1983). Il reste par la suite engagé dans la recherche de nouvelles formes de dissidences. Il publie également des critiques pour le journal Le Monde et se fait connaître du grand public grâce à ses nombreuses prestations remarquées sur les plateaux de télévision.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

D'avril 1967 à octobre 1968, l'émission Le nouveau dimanche remplit la tranche horaire du dimanche après-midi (de 14h-18h30 environ) sur la 2ème chaîne de l'ORTF. Un film, diffusé en ouverture de programme, était suivi de séries, des variétés et de reportages sur le monde des arts, de la littérature ou du spectacle.

Ce reportage sur le mouvement Tel Quel et Philippe Sollers est diffusé le 31 mars 1968 dans la rubrique "Lire".

C'est une des premières interventions télévisuelles d'un écrivain devenu depuis très médiatique. Il se met ici en scène dans un reportage de facture très originale. Celui-ci débute et se conclut par de très gros plans sur quelques pages des ouvrages de Sollers qui donnent une idée de la rupture formelle qu'il recherche dans la présentation de son œuvre. Le réalisateur joue sur une alternance de plans : Philippe Sollers apparaît en plan resserré puis en plan large lorsque débute l'entretien. Cela permet au téléspectateur d'apercevoir un décor assez moderne et dépouillé (hormis la présence de quelques affiches et d'une table vide). Le réalisateur multiplie les mouvements de caméra : zoom avant puis plan en contre-plongée où l'on devine Sollers en train d'écrire sur sa table de style très moderne. Le fond musical en fin de reportage ajoute par son intensité un aspect quelque peu dramatique à l'ensemble. Ce reportage souffre au final d'une mise en scène excessive et d'un manque de simplicité, qui illustre les propos d'un jeune auteur qui a alors l'ambition, grâce à ses écrits, de révolutionner les codes traditionnels de la littérature.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Présentateur
Philippe Sollers publia un roman Nombres, et un recueil d'essais Logiques. Il est actuellement le centre d'une polémique qui oppose le mouvement Tel quel à divers écrivains et critiques. Philippe Sollers est en effet le seul membre du premier Tel quel qui ait survécu aux différents remaniements du groupe. Tel quel , au départ qu'est-ce que ça voulait dire ?
Philippe Sollers
Tel quel , au départ, le titre, c'est si vous voulez le titre le plus neutre possible. C'est d'abord un titre qui doit attirer l'attention sur le fait que le texte, et le texte seul, le texte publié est en cause dans cette publication. C'est le titre le plus vide possible, le plus vide de sens possible. C'est-à-dire remplissable par des textes très différents les uns des autres mais où l'accentuation est mise toujours sur le texte tel qu'il est. Nous ne sommes pas des écrivains, au sens où justement la société conventionnelle admet ce mot. C'est-à-dire producteur, quelqu'un, un individu privilégié qui a du talent, et donc produit une oeuvre et par conséquent est un écrivain. Si vous voulez ce que nous mettons justement en question, c'est pour ça que ça agace et que ça énerve beaucoup le code dans lequel est reçue la littérature dans notre société, c'est que justement nous mettons en cause les concepts comme ceux d'oeuvre, d'écrivain, etc.
(Musique)

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