Alain Finkielkraut rend hommage à Primo Levi

27 septembre 1996
02m 49s
Réf. 04648

Notice

Résumé :

Invité sur le plateau de "Bouillon de culture", Alain Finkielkraut rend hommage à l'écrivain Primo Levi.

Type de média :
Date de diffusion :
27 septembre 1996
Source :

Contexte historique

Né en 1919 à Turin, Primo Levi entame une carrière de chimiste après avoir soutenu sa thèse en 1941. La chute de Mussolini en juillet 1943 le pousse à rejoindre la Résistance mais il se fait arrêter par des miliciens appartenant à la République de Salo. D'origine juive, il est bientôt livré aux Allemands et séjourne à Auschwitz où il entre le 25 février 1944. Il doit sa survie à ses talents de chimiste : il est employé dans une usine de caoutchouc située à Monowitz (camp satellite). Malade, il est abandonné à l'intérieur du camp et ne participe pas à la terrible marche dans laquelle les nazis entraînent les survivants valides. Il est libéré par les Soviétiques le 27 Janvier 1945 mais ne rejoint l'Italie qu'en Octobre. Il reprend sa carrière au sein d'une entreprise de peinture dont il prendra la tête jusqu'à sa retraite.

Il ressent très vite le besoin d'écrire et de témoigner des horreurs vécues à l'intérieur des camps de la mort. En 1947, il publie un livre dans une petite maison d'édition Si c'est un homme. D'abord méconnu, cet ouvrage est aujourd'hui une des oeuvres de référence sur le système concentrationnaire nazi. Par la suite, Primo Levi écrit d'autres récits sur son expérience : citons La Trêve en 1963 qui raconte le voyage du retour des camps vers l'Italie ou Naufragés et Rescapés publié en 1986. Souffrant d'une dépression liée au syndrome du survivant (culpabilisation...), il se donne la mort le 11 avril 1987.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce document est un extrait de l'émission "Bouillon de culture", présentée par Bernard Pivot. Celui-ci, ayant animé "Apostrophes" pendant quinze ans, veut étendre les thèmes et les disciplines artistiques évoqués dans son émission (où sculpture, peinture côtoient littérature et sciences humaines).

Dans son émission du 27 septembre 1996, il reçoit le philosophe et essayiste Alain Finkielkraut. Ce dernier vient présenter son livre L'Humanité perdue où il analyse l'évolution des sociétés au cours du XXe siècle. Dans cet ouvrage, il cite le témoignage de Primo Levi.

Finkielkraut, enseignant et habitué des plateaux de télévision, se montre très à l'aise et didactique dans ses réponses. Il revient dans un premier temps sur le parcours de Primo Levi et son témoignage majeur sur son expérience concentrationnaire Si c'est un homme. Il évoque également dans le détail un passage du livre : l'arrivée au camp de l'ancien déporté juif italien qu'il rattache au titre de son propre ouvrage, L'humanité perdue. On peut noter qu'à sa gauche, on remarque la présence de Jean-François Revel, connu entre autres pour ses talents de polémiste (éditorialiste à L'Express puis au journal Le Point ).

Emeline Vanthuyne

Transcription

Bernard Pivot
Je vois le livre de Alain Finkielkraut, alors voici ce qu'un intellectuel peut faire de plus utile, me semble-t-il. C'est-à-dire écrire un livre dans lequel il réfléchit sur le XXe siècle. Il réfléchit sur la place que l'homme s'est donnée dans ce XXe siècle, et vous commencez d'ailleurs tout de suite par un souvenir de Primo Levi, au camp d'Auschwitz.
Alain Finkielkraut
Je commence, oui, à la fois par un souvenir de Primo Levi, et un souvenir de Levinas. Un extrait de Si c'est un homme.
Bernard Pivot
Qui est réédité d'ailleurs dans la collection Pavillon chez Robert Laffont, avec une interview de Primo Levi par Philip Roth et deux autres textes.
Alain Finkielkraut
Ce livre d'ailleurs a connu un destin particulier. Primo Levi l'a écrit immédiatement après sa sortie du camp, et il n'a, à l'époque, intéressé personne. Les éditeurs italiens ont mis du temps, il a été d'abord publié chez Buchet Chastel, dans une traduction un peu fautive mais il est passé totalement inaperçu jusqu'à la fin des années 70. On dit souvent que les survivants ne voulaient pas tellement parler, il est possible aussi qu'on n'ait pas tellement voulu les entendre. Et Primo Levi est arrivé à Auschwitz, il est italien, partisan et juif, enfin il arrive à Auschwitz en 1944. Et là il est proposé aux membres de son bloc, chimistes, de faire de la chimie. Faire de la chimie, ça leur permet d'échapper au travail forcé, les chimistes le désignent mais il faut qu'ils passent un examen. Et on sait évidemment le sort qui allait être réservé aux imposteurs, il se retrouve devant l'ingénieur docteur Panwitz qui le regarde et qui lui fait passer l'examen devant le bureau. Et il analyse le regard qu'ils échangent. Et il dit : ce regard a été échangé comme à travers la vitre d'un aquarium Et dit-il aussi, j'ai souhaité après être libéré du camp, revoir le docteur Panwitz pour comprendre les sens de ce regard et satisfaire la curiosité de l'âme humaine. C'est-à-dire, quelque chose là, comment dire, qui n'est pas simplement le comble de l'inhumain. Et pas seulement la cruauté extrême, puisqu'on est au-delà de la relation ami-ennemi, c'est la rupture totale du lien humain. Et Levinas raconte une aventure moins tragique mais un peu comparable qui lui est arrivée dans un camp de prisonniers lorsqu'il était, en tant que prisonnier israélite il était protégé, mais les gens de l'entourage en quelque sorte ne le regardaient même pas. Là aussi, il y avait la vitre d'un aquarium, et il n'a eu d'échange, si je peux dire humain, lui et les autres prisonniers qu'avec un chien, un chien qu'ils ont appelé Bobby, et dont Levinas nous dit qu'il fut le dernier kantien de l'Allemagne nazie.
Bernard Pivot
Ah oui...

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