La dernière émission d'Apostrophes

22 juin 1990
07m 10s
Réf. 04654

Notice

Résumé :

Pour la dernière émission, Bernard Pivot revient sur les moments les plus emblématiques du magazine littéraire Apostrophes qui par son succès d'audience et sa longévité reste une référence en terme de diffusion de la culture à la télévision.

Type de média :
Date de diffusion :
22 juin 1990

Contexte historique

L'émission littéraire Apostrophes était diffusée chaque vendredi en deuxième partie de soirée sur Antenne 2 de 1975 à 1990. L'animateur Bernard Pivot a reçu sur son plateau des centaines d'écrivains et de spécialistes regroupés par thème.

La forte audience de l'émission en fait encore aujourd'hui un des exemples de démocratisation de la culture à la télévision. Elle permettait de donner une visibilité à des disciplines parfois méconnues du grand public : le courant historiographique de la "Nouvelle Histoire" (Duby, Le Goff), la philosophie (Jankélévitch), la linguistique (Hagège).

Elle est également un lieu de débat et de polémiques. Certaines altercations sont restées dans les annales télévisuelles : l'ivresse de Bukowski, l'altercation entre les chanteurs Gainsbourg et Béart... Le principal reproche fait à l'émission est d'accorder trop d'importance à la personnalité des auteurs qui habituellement s'effacent devant leurs œuvres : des émissions spéciales ont été ainsi consacrées à Marguerite Duras, Yourcenar, Françoise Dolto...

Apostrophes devient cependant au fil des années une tribune exceptionnelle qui permet à un auteur de multiplier le nombre d'exemplaires vendus. Si bien qu'après l'arrêt de l'émission en 1990, on réclame de retour de Bernard Pivot qui revient avec Bouillon de culture, reprenant le même concept mais en l'élargissant à des domaines culturels plus vastes (peinture, sculpture).

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Pour la 724ème et dernière émission, Bernard Pivot a réuni sur son plateau 80 écrivains et 2 dessinateurs. Il consacre les deux heures d'antenne à la rediffusion des extraits les plus emblématiques du magazine littéraire : les excès de l'écrivain américain Charles Bukowski, l'entretien avec de l'écrivain dissident russe Alexandre Soljenitsyne en 1983, les discussions houleuses entre Serge Gainsbourg et Guy Béart, des extraits des émissions spéciales consacrées à Marguerite Duras ou Yourcenar...

Entre chaque extrait, les écrivains présents en plateau sont invités à choisir leurs "mots préférés" au sein de la langue française.

L'extrait choisi est un des moments les plus souvent repris dans les bêtisiers de fin d'année : l'ivresse de l'écrivain Bukowski qui illustre les risques d'une émission en direct. On remarque également que le succès d'Apostrophes tient à la personnalité de ses invités qui doivent se plier à un exercice nouveau et parfois difficile : donner envie au plus grand nombre de lire leurs ouvrages. Certains auteurs refusent de s'y plier : Julien Gracq est volontairement absent des plateaux de télévision, préférant s'effacer derrière son œuvre ; Nabokov participe à l'émission mais lit un texte rédigé à l'avance par crainte de s'exprimer publiquement. D'autres auteurs comme Jean d'Ormesson sont au contraire des habitués de l'émission. En définitive, Apostrophes demeure une référence et une source archivistique exceptionnelle pour étudier la personnalité des auteurs de la deuxième moitié du XXe siècle.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Voix Off
Antenne 2 et Paribas ont l'honneur de vous présenter la 724ème et dernière émission d'Apostrophes.
Bernard Pivot
Eh oui, bonsoir à tous, voici donc la 724ème et dernière émission d'Apostrophes, la première ayant eu lieu, il y a 15 ans et demi, le 10 janvier 1975. Donc c'est la dernière émission, et en même temps c'est une première, parce que c'est la première fois qu'elle est programmée aussi tôt dans la soirée. Emission exceptionnelle par sa durée - plus de 2 heures -, par le nombre de ses invités - plus de 80 écrivains - et par la profusion des documents tirés de la mémoire d'Apostrophes. Je ne voudrais surtout pas que ce soit une émission de nostalgie. J'espère, au contraire, que ce sera la rencontre heureuse du passé et du présent, d'un rendez-vous hebdomadaire autour du livre ; ce qu'était Apostrophes. Apostrophes, 724ème émission, la dernière.
(Musique)
Bernard Pivot
Alors, ces portraits sont extraits de cet album intitulé Dans les coulisses d'Apostrophes qui est paru il y a quelques mois aux Presses de la Cité, et que j'ai préfacé, dont l'auteur appartient à cette maison. Il s'appelle Lucien Caselotti, il est cadreur, il est d'ailleurs à ma droite, c'est lui qui fait la caméra de droite, et c'est un très bon photographe. Il adore, il dépense tout son argent dans la photographie, et voilà donc, il a fait cet album, Dans les coulisses, cet album qui me rappelle, enfin cet album me rappelle de très bons souvenirs. J'espère que vous aurez aussi, vous aimerez l'avoir dans votre bibliothèque. Alors, je vais d'abord vous dire ce que ne sera pas cette émission. Elle ne présentera pas un palmarès des écrivains, ce ne sera pas non plus un recensement des exclusivités, des scoops, d'ailleurs exclusivité et scoop sont des mots que je n'ai jamais employés ici. Et elle ne prétend pas non plus, cette dernière émission, faire un bilan littéraire ou esquisser une histoire des idées de ces 15 dernières années. Cet ultime Apostrophes se contentera de vous présenter un florilège des bons moments de l'émission, des bons moments forts, des moments forts, moments dramatiques, moments drôles, moments cocasses, moments d'engueulade, etc. Vous aurez l'occasion de revoir Vincenot, Soljenitsyne, Marguerite Yourcenar, Albert Cohen, Maurice Genevoix, Jankélévitch, Dumézil, Nabokov, etc, etc. Mais évidemment, impossible de revoir tous les écrivains célèbres, français et étrangers, qui ont marqué l'émission, il faudrait prolonger, il faudrait prolonger cette émission jusqu'à, je sais pas, 2 ou 3 heures du matin. Alors, car nous sommes évidemment limités dans le temps, mais nous sommes aussi limités dans l'espace. J'espérais accueillir les 140 auteurs qui sont passés au moins 4 fois à Apostrophes, mais comme ce studio ne peut pas contenir plus de 100 personnes, eh bien j'ai dû en inviter que quelques 80. Que les absents veuillent bien m'excuser et plus encore tous ceux qui ne sont jamais venus à Apostrophes, pendant ces 15 ans, et là ils sont des milliers. Tous les écrivains rassemblés ici diront au moins un mot. Au moins un mot, celui qu'ils ont choisi en réponse à cette question : de tous les mots de la langue française, quel est celui que vous préférez ? Réponses échelonnées tout au long de la soirée. Enfin, quelques-uns de ces écrivains viendront commenter les séquences tirées de la mémoire d'Apostrophes. Et puis comme Apostrophes a souvent accueilli des dessinateurs, eh bien Cabu et Wolinski étant venus, les plus souvent cités dans cette émission, eh bien ils sont là à côté de nous, et ils illustreront l'émission de leur esprit facétieux. Alors on va commencer par des extraits de l'émission la plus célèbre d'Apostrophes, quoique la plus atypique, mais celle qui en son temps avait fait scandale, mais comme vous savez tous que on va vous la montrer, autant le faire tout de suite, autant vous la proposer tout de suite. Voici Bukowski dans ses oeuvres. Cavanna, pourquoi vous avez dit que, vous avez écrit dans votre journal que Bukowski était pour vous un grand écrivain. Pourquoi ?
François Cavanna
Parce que c'en est un.
Bernard Pivot
Oui mais pourquoi ?
François Cavanna
Pourquoi ? Pourquoi quelque chose est beau ? Pourquoi quelque chose est très beau ? C'est comme ça, j'ai lu Bukowski, j'ai pleuré de plaisir. Je suis heureux, je saute au plafond.
Charles Bukowski
J'ai écrit, au fond pourquoi est-ce que j'ai écrit ? Mais en tout cas, une fois qu'on a écrit quelque chose, et on m'a fait parler à la télévision ensuite, et pour moi c'est franchement un peu terrible cela ; quelle évolution. Je connais beaucoup d'écrivains aux Etats-Unis qui adoreraient être ici comme moi là devant les écrans, devant les caméras en train de parler, d'avoir la possibilité de dire n'importe quoi ; c'est formidable, mais moi ça ne me fait pas plaisir.
Bernard Pivot
J'ai trouvé ce petit texte, page 73, dans L'Amour est un chien de l'enfer, vous dites : C'est sans doute mon enfance... Attendez je vous lis ces 3 lignes C'est sans doute...
Charles Bukowski
Non, je voudrais qu'on passe à la personne suivante s'il vous plaît.
Bernard Pivot
Bon !
Charles Bukowski
Personne-ci puis cette personne là.
Bernard Pivot
O.K. Catherine Paysan, c'est un roman que vous avez écrit.
Catherine Paysan
Oui, c'est un roman et non pas un témoignage.
Bernard Pivot
Le Clown de la rue Montorgueil. Voilà. C'est un, ... moi il m'a semblé effectivement que le personnage dont vous parlez, ce clown, c'est un... Vraiment obsédé hein !
Catherine Paysan
Ça c'est le pompon !
Marcel Mermoz
C'est un hommage madame Paysan, c'est un hommage...
Catherine Paysan
J'ai bien fait de mettre une jupe fendue.
Gaston Ferdière
Je vous l'avais conseillé.
Marcel Mermoz
Mais moi ce que j'ai aimé chez madame Paysan, ce que je sens, je me sens en communion avec elle. Son amour de la terre, de la campagne, son amour de la forêt, son amour de tout ça ; ça, ça me touche, je me sens une certaine fraternité.
Bernard Pivot
Non, non, ne parlez pas pendant que monsieur Mermoz parle.
Marcel Mermoz
Et je lui ai dit, elle a raconté un truc sur son clown, il trait les vaches.
Catherine Paysan
Oui quand il est prisonnier en Allemagne.
Marcel Mermoz
Il entrave les vaches, ça j'ai jamais vu.
François Cavanna
Bukowski, ta gueule, tu nous enquiquines. Moi je voudrais dire quelque chose au docteur Ferdière et je peux pas. J'attends le trou et tu me le donnes pas.
Bernard Pivot
Bukowski, shut up !
François Cavanna
Bukowski, je vais te foutre mon poing dans la gueule.
Marcel Mermoz
Doucement Cavanna ! Doucement !
François Cavanna
Ah, c'est pas vrai !
Bernard Pivot
De temps en temps, quand on nous emmerde trop... O. K. Ciao !
Charles Bukowski
O.K.
Bernard Pivot
Au revoir, au revoir, O. K. Ben finalement, il tient pas tellement la bouteille, cet écrivain américain. Tenez, vous voulez pas l'emmener là, voilà, monsieur, monsieur...
François Cavanna
Salut !
Bernard Pivot
Au revoir monsieur ! Bye, bye !
Gaston Ferdière
Ça c'est votre faute, il fallait mettre un faux vin, il fallait mettre de l'eau dedans !
Bernard Pivot
Oui alors,...

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