Pierre Nora présente son ouvrage Les Lieux de mémoire

07 décembre 1984
02m 27s
Réf. 04655

Notice

Résumé :

Invité par Bernard Pivot en 1984, Pierre Nora explique les raisons qui l'ont poussé à diriger une oeuvre éditoriale majeure pour l'histoire culturelle : Les Lieux de mémoire.

Type de média :
Date de diffusion :
07 décembre 1984

Contexte historique

Né à Paris en 1931, Pierre Nora est issu d'une famille de la grande bourgeoisie parisienne. Après son échec au concours de l'Ecole Normale Supérieure, il obtient l'agrégation d'histoire en 1958. Il enseigne ensuite à Oran et publie à son retour Les Français d'Algérie en 1961. Il poursuit en parallèle une carrière universitaire et des activités dans le milieu de l'édition. Il est à l'origine d'une nouvelle collection chez Julliard intitulée "Archives" puis de "Bibliothèque des sciences humaines" et "Témoins" chez Gallimard. Il entend ainsi diffuser des textes à valeur historique et les écrits des historiens issus de l'Ecole des Annales (Duby, Le Goff, Le Roy Ladurie).

Pierre Nora, par ses nombreuses activités, permet d'établir des liens entre le monde de l'édition (chez Gallimard), du journalisme ( au Nouvel Observateur ) et des universitaires de l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (où il fait son entrée en 1976). Il participe donc à l'émergence médiatique de la "Nouvelle Histoire". Grâce à sa revue Le Débat, fondée en 1980 avec Marcel Gauchet, il encourage les discussions parfois polémiques entre les acteurs des différentes disciplines des sciences exactes et humaines.

A partir de 1984, il se consacre à une vaste entreprise éditoriale : dans Les Lieux de Mémoire, il ambitionne de recenser les principaux monuments,lieux et symboles qui ont contribué à fonder l'identité française à travers l'histoire. Les "lieux de mémoire" sont des éléments matériels ou idéels qui jouent un rôle dans la constitution de l'identité collective en étant parfois instrumentalisées par différents acteurs aux mémoires concurrentes (le drapeau français, l'hymne national, le 14 Juillet...). Cette série d'ouvrages demeure une référence de l'histoire culturelle et l'impose comme une figure incontournable de la communauté des historiens. Pierre Nora est d'ailleurs élu à l'Académie Française en 2001.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

L'émission Apostrophes, diffusée de 1975 à 1990, a permis de faire connaître au grand public de nouveaux courants de pensée tant en littérature que dans d'autres domaines des sciences humaines.

L'émission diffusée le 7 décembre 1984 est ainsi consacrée aux "monuments de la République". En direct d'un des studios de la rue Montaigne, Bernard Pivot s'entretient autour de ce thème pendant près d'une heure avec plusieurs historiens dont Pierre Goubert, Alain Decaux, Max Gallo.

Pierre Nora vient à cette occasion présenter le premier volume de son ouvrage, les Lieux de Mémoire, consacré à la République. Il explique ici qu'il dirige une oeuvre collective (qui comprendra plus d'une centaine d'auteurs), fruit des réflexions de son séminaire d'histoire à l'université. Cette oeuvre incarne le renouveau de l'histoire culturelle : il s'agit ici à partir de lieux, de monuments et de symboles de retracer une partie de l'histoire républicaine en France. La publication des Lieux de Mémoire s'est échelonnée sur plusieurs années : de 1984 à 1992 (sous trois rubriques "La République", "La Nation", "Les France") et comprend 7 volumes. L'ouvrage, devenu lui-même un monument de historiographie, traduit en anglais et en allemand, a été republié en 3 volumes en 1997 dans la collection "Quarto" du même éditeur, plus accessible financièrement et plus maniable.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Invité
82 Eh oui
Bernard Pivot
Bon alors, maintenant le livre de Pierre Nora. D'abord quelques, quelques mots pour présenter votre entreprise qui est fort originale, tout à fait passionnante et vaste, et qui s'intitule donc : Les Lieux de mémoire.
Pierre Nora
Eh bien, écoutez ! J'ai voulu étudier la mémoire nationale, et plutôt que de faire des généralités soit sur la mémoire soit sur la nation, il m'a paru beaucoup plus excitant d'étudier les emblèmes, les symboles, les fêtes, les commémorations, les musées, les archives, tous ces lieux où s'est condensée, incarnée, exprimée, la mémoire nationale. Que là on pouvait véritablement étudier toutes les sédimentations de la mémoire, il y avait une force de l'objet en quelque sorte, qui imposait sa présence. Et puis qu'il fallait évidemment entendre lieu à la fois au sens le plus concret et au sens le plus élaboré du terme. Et puis, ô surprise, quand j'ai commencé à m'y mettre avec mon équipe, avec le séminaire, on s'est aperçu que tout ça n'était finalement pas fait ou épars. Prenez par exemple, la Marseillaise, les seuls vieux livres sur la Marseillaise datent de la guerre de 14-18, et le seul spécialiste de la Marseillaise aujourd'hui c'est le musicographe de la Garde Républicaine (ndlr : de la Musique des Gardiens de la paix) qui a fait quelques articles, c'est Frédéric Robert qui est d'ailleurs le fils d'André Wormser. Prenez les monuments aux morts qui couvrent quand même tous les villages de France, eh bien, c'est seulement très récemment, Antoine Prost dans sa thèse, lequel Antoine Prost nous a donné la mouture de ces typologies des monuments aux morts. Prenez les mairies, quand même on ne les a pas véritablement étudiées dans leur style, dans leur évolution, et vous pouvez prendre ça dans à peu près tous les sujets, il y a une espèce de manque, comme une sorte de point aveugle d'une histoire qui ne s'était pas regardée pas elle-même. Alors je crois d'ailleurs qu'il y a des raisons pour ça, c'est que tant que nous vivions dans l'intimité, la chaleur de la mémoire républicaine, tant que nous combattions en quelque sorte pour cette mémoire républicaine, on n'éprouvait pas le besoin d'en faire l'histoire. Et nous sommes à un moment particulier où bascule d'une certaine façon dans l'histoire tout un capital mémoriel que nous vivions spontanément. C'est ce moment au fond que Les Lieux de mémoire veulent saisir. On a commencé par la République puis il y aura deux volumes ensuite sur la Nation, et un volume ensuite sur les Frances, les Frances politiques, les Frances sociales, les Frances régionales, les Frances religieuses.
Bernard Pivot
Alors le premier qui est...

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