Le traitement des déchets radioactifs

29 janvier 1992
02m 21s
Réf. 04669

Notice

Résumé :

Au début des années 90, les angoisses concernant la gestion des déchets radioactifs à longue durée de vie font naître des polémiques quant à l'emplacement des futurs sites de stockage et d'enfouissement.

Date de diffusion :
29 janvier 1992
Source :
Antenne 2 (Collection: MIDI 2 )
Personnalité(s) :

Contexte historique

Aujourd'hui, 75% de l'électricité est produite en France grâce à l'énergie nucléaire. Celle-ci est également utilisée dans le domaine médical (radiothérapie, imagerie médicale) et dans le domaine de l'industrie et de la recherche. Ces différents usages produisent des déchets radioactifs, dont 85% est généré par la production d'électricité. On distingue deux types de déchets radioactifs : ceux qui ont une durée de vie longue (leur rayonnement ionisant se poursuit sur plus de 300 ans et peut se poursuivre pendant des milliers, voire des millions d'années) et ceux dont la durée de vie est inférieure à 300 ans. La gestion des déchets est donc différenciée selon leur taux de radioactivité et leur durée de vie. Une première étape consiste à les compacter et à les confiner dans des colis comprenant 15% de déchets pour 85% d'enrobage (le choix du matériau dépend de la dangerosité du déchet). Les déchets faiblement radioactifs dont la durée de vie est courte (soit 90% de l'ensemble des déchets) sont entreposés en surface sur les sites de Morvilliers dans l'Aube (pour les déchets très faiblement radioactifs) et de La Hague dans la Manche et Soulaines dans l'Aube (pour les déchets de faible et moyenne activité ). L'Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) surveille, comptabilise et gère le stockage de ces déchets.

Le problème du stockage des déchets radioactifs à durée de vie longue est plus épineux. La loi Bataille de 1991 ouvre trois pistes de recherche pour la gestion des déchets hautement radioactifs à durée de vie longue : la séparation et la transmutation des déchets (l'objectif est de réduire la radioactivité des déchets et de limiter sa durée de vie) ; le stockage géologique en profondeur (stockage dans une roche imperméable à l'eau à plus de 200 m de profondeur) ; l'entreposage de longue durée en surface ou subsurface. Un débat a eu lieu en 2005 et a abouti au vote d'une nouvelle loi qui s'inscrit dans le prolongement de celle de 1991, mais aucune solution définitive n'a été adoptée. L'Andra est chargée actuellement de préparer le stockage géologique des déchets à faible intensité et à vie longue pour une mise en service en 2019. A titre de comparaison, les Etats-Unis ont opté depuis 1999 pour des centres de stockage en surface ; la Finlande depuis 2001 pour l'enfouissement en formation géologique, tout comme la Suède.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage montre les angoisses suscitées par la gestion des déchets radioactifs et les risques qu'ils font courir pour l'environnement. Le problème est présenté en des termes quelques peu outranciers : le présentateur du journal télévisé définit le stockage des déchets comme "le grand problème du prochain siècle", la journaliste parle de "climat de guerre civile et d'émeute" pour évoquer les affrontements de 1989 entre écologistes et les forces de l'ordre. L'enfouissement des déchets radioactifs à durée de vie longue apparait ici comme une solution adoptée dans de nombreux pays ( "la seule solution connue à ce jour" ). La journaliste omet de mentionner les deux autres pistes de recherche établies par la loi de 1991 (stockage en surface et processus de séparation-transmutation). Le commentaire évoque également, carte de France à l'appui, les sites choisis pour traiter ce type de déchets : on peut noter qu'aucun des sites mentionnés n'a finalement été retenu puisque le laboratoire d'expérimentation se situe à Bure dans la Meuse.

Tous ces éléments montrent que le dossier des déchets radioactifs est mal connu du grand public et suscite de nombreuses résistances. On remarque d'ailleurs que Christian Bataille, rapporteur de la loi de 1991, prend beaucoup de précautions en évoquant ses efforts de transparence et de dialogue avec les populations des sites concernés. Cela explique également le retard pris dans la gestion des déchets à longue durée de vie. Seize ans plus tard, les enjeux demeurent identiques, concernant notamment le problème des déchets venus de l'étranger et stockés à La Hague.

Quant à la polémique suscitée au début des années 90 par le choix des sites de stockage des déchets radioactifs de faible intensité mais de longue durée, elle pourrait être relancée après l'appel à candidature lancé en juin 2008 par Jean-Louis Borloo, ministre de l'écologie, auprès de 3000 maires pour accueillir les futures installations.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Hervé Claude
Problèmes de déchets, suite. Vous savez que c'est le grand problème du prochain siècle. Comment nos sociétés vont-elles se débarrasser de leurs déchets ? La semaine dernière, nous avons examiné le problème des ordures ménagères. Plus difficile, aujourd'hui, le problème des déchets radioactifs. Il faut trouver des endroits, des sites, pour mettre ces déchets. Les premiers habitants des sites choisis ne sont pas enthousiastes, c'est le moins qu'on puisse dire. Aujourd'hui donc le gouvernement propose 7 sites, il faudra choisir, il faudra en choisir parmi, il faudra en choisir 2 parmi ces 7 là. Sophie Jouve, tour de France.
Sophie Jouve
Un climat de guerre civile dans les champs et les prairies de Segré, près d'Angers. Un des sites retenus à l'époque par le gouvernement pour y enfouir des déchets nucléaires à vie longue. En 90, la violence des émeutes oblige le gouvernement à geler le projet. Aujourd'hui, il revient à la charge avec une loi en poche, et une liste de 7 sites, pressentis pour leur qualité géologique. L'argile dans l'Aisne et dans les Landes, le granit dans les Deux-Sèvres et l'Ille et Vilaine, le schiste en Maine et Loire et en Mayenne, le sel dans l'Ain. Deux d'entre seront sélectionnés d'ici la fin de l'année, mais cette fois le gouvernement veut jouer la concertation.
Christian Bataille
J'ai dit à ces populations qu'on s'y était mal pris, que le dialogue me paraissait l'élément le plus important, que la transparence en ce qui concerne une grande industrie - chaque français est consommateur d'énergie nucléaire - il est tout à fait logique que l'on soit transparent. Et il faut que les autorités, notamment le CEA, en finissent avec une détestable culture du secret.
Sophie Jouve
Et pour venir à bout des récalcitrants, une indemnité de 60 millions de francs par an est prévue pour les communes où seront implantés les laboratoires. Car avant de stocker les déchets de nos centrales nucléaires, il faudra étudier les garanties d'un enfouissement à mille mètres de profondeur, seule solution connue à ce jour, et prospecter partout dans le monde. Les Allemands testent déjà une mine de sel. A 900 mètres sous terre, les containers pourraient y être définitivement empilés. Les Belges, eux, ont réalisé une galerie unique au monde : un boyau creusé dans l'argile, congelé par mesure de sécurité. Dans ces 2 pays, la décision d'enfouir les déchets n'a pas encore été prise. En attendant, ils sont traités et entreposés chez nous, à La Hague. Mais il faudra bien qu'un jour, chacun récupère ses colis empoisonnés.

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