La lutte contre les sectes en France

27 décembre 1995
02m 05s
Réf. 04671

Notice

Résumé :

Les drames collectifs liés aux sectes ont mené à une réflexion politique sur les différents moyens de prévention et de répression envisageables. Une mission interministérielle spécialisée a ainsi été créée pour lutter contre les dérives sectaires.

Date de diffusion :
27 décembre 1995
Source :
France 2 (Collection: JA2 20H )
Lieux :

Contexte historique

Des drames au retentissement international, comme le suicide de 914 personnes appartenant au "Temple du Peuple" au Guyana en novembre 1978, ont incité les autorités politiques à prendre des mesures de prévention contre les sectes. En 1983, un premier rapport est remis au gouvernement par le député socialiste Alain Vivien. Il recense une dizaine de sectes présentant de réels dangers pour leurs membres. Dans les années 80, la réflexion se poursuit, tant en France qu'en Europe, mais les actions concrètes se heurtent à la nécessité de préserver la liberté d'opinion et de croyance. Au milieu des années 90, les "suicides" organisés au Canada, en Suisse et en France par les membres de la secte du "Temple solaire" relancent le débat. Une commission d'enquête parlementaire sur les sectes est mise en place et aboutit en janvier 1996 à la publication d'un rapport intitulé : "Les sectes en France". Ce texte permet d'avoir une vue globale sur le phénomène sectaire en France : il recense 173 groupes et définit de manière précise dix critères de dangerosité. Il préconise une coopération judiciaire accrue entre les différents pays européens et la création d'un Observatoire interministériel (mis en place en mai 1996).

En octobre 1998, cet observatoire est remplacé par la M ission Interministérielle de Lutte contre les Sectes (MILS) placée sous l'autorité du Premier Ministre. Son rôle consiste à travailler conjointement avec les administrations pour obtenir et diffuser des informations sur les sectes. Elle alerte un large public sur le danger sectaire et participe aux concertations internationales sur le sujet. En 1999, la publication d'un nouveau rapport intitulé "Les sectes et l'argent" démontre l'importance du patrimoine financier de certains groupes sectaires. En 2001, la loi About-Picard renforce les moyens de prévention et de répression contre les agissements de ces mouvements, qui vont à l'encontre les libertés et droits fondamentaux.

La France est un des pays pionniers en ce qui concerne sa législation pour combattre les dangers sectaires. En novembre 2002, le gouvernement Raffarin instaure une nouvelle Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires (MIVILUDES). Elle prend en compte la protection des victimes et veille à lutter contre les agissements des sectes contraires à la loi ou troublant l'ordre public.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

La diffusion de ce reportage intervient quelques jours après la découverte des corps de 16 adeptes de la Secte du Temple Solaire dans la massif du Vercors. Cette affaire relance alors le débat sur l'importance du phénomène sectaire en France. Ce reportage est construit à partir des interviews d'Alain Vivien, auteur du premier rapport sur les sectes en 1983, et d'une militante associative pour la défense des victimes, Jeanine Tavernier. Leurs propos laissent à penser que l'Etat est infiltré à grande échelle par des représentants des sectes (notamment par la scientologie). Ces propos très pessimistes émanent des principaux représentants de la lutte anti-sectes. Leurs accusations ne reposent en outre sur aucun chiffre précis. Mme Tavernier cite une seule anecdote pour étayer sa théorie.

La fin du sujet a une portée plus informative puisque la journaliste fait mention d'un rapport à paraître, fruit du travail d'une commission d'enquête parlementaire mise en place bien avant ce mois de décembre 1995. Le reportage s'achève sur des images d'illustration tournées à l'intérieur du Palais Bourbon (on aperçoit Philippe Séguin, alors président de l'Assemblée Nationale). Le ton du commentaire ("Que faire ? Attendre") met l'accent sur l'impuissance des pouvoirs publics et relaie la parole des deux personnes interrogées quant à la nécessité de durcir l'action répressive. On peut remarquer que le point de vue très pessimiste adopté ici participe à alimenter le climat de psychose qui a entouré la découverte macabre (en plateau, le présentateur évoque même des membres du Temple Solaire craignant pour leur vie).

Emeline Vanthuyne

Transcription

Benoît Duquesne
Faut-il alors créer une législation spéciale pour lutter contre les sectes ? Il y a 10 ans, le député socialiste Alain Vivien, avait bien planché sur la question, à la demande du premier ministre de l'époque, Pierre Mauroy, mais ses recommandations étaient restées lettre morte. Une commission d'enquête parlementaire doit rendre un nouveau rapport d'ici le 10 janvier ; elle préconise la création d'un observatoire des Sectes. Explication, Michael Darmon et Marie-Pierre Farkas.
Marie-Pierre Farkas
Alain Vivien a été le premier homme politique à enquêter sur les sectes. Son rapport parlementaire a 10 ans. Il admet que depuis 85 les enquêtes financières sur les sectes ont donné de bons résultats. En revanche il est plus circonspect sur l'action judiciaire.
Alain Vivien
J'aurais souhaité qu'il y ait des investigations plus approfondies en matière de justice sur un certain nombre de sectes. C'est vrai que... que c'est délicat. Il y a, le mot n'est pas trop fort, des infiltrations délibérées de certaines sectes, pas toutes, au sein des grands organismes de l'Etat, et naturellement la magistrature ne fait pas exception. Mais la défense nationale, l'intérieur non plus.
Marie-Pierre Farkas
L'Etat infiltré par les sectes, c'est aussi la conviction de Jeanine Tavernier. Elle dirige une association d'aide aux victimes, elle a plus que des soupçons.
Jeanine Tavernier
Je peux vous donner des exemples, j'ai eu quelqu'un qui faisait partie d'un ministère très important, j'avais sur mon bureau un document sur une société informatique scientologue. Il m'a dit : pourquoi vous avez cette société sur votre bureau ? J'ai dit : mais c'est la scientologie.
Marie-Pierre Farkas
Il m'a dit : ah bon, très bien, mais c'est cette société qui informatise un service de notre ministère. Que faire ? Attendre. Dans 15 jours, une nouvelle commission sur les sectes présentera ses conclusions à l'assemblée nationale. Alain Vivien, Jeanine Tavernier, espèrent vivement qu'on y évoquera l'application d'une loi de 1905 qui interdit en France les manipulations mentales.
Benoît Duquesne
Et pour être tout à fait complet sur la question, sachez que des adeptes du Temple Solaire, qui craignent maintenant pour leur vie, sont de plus en plus nombreux à se manifester auprès des autorités. Et puis que les policiers et les gendarmes français et suisses se sont retrouvés aujourd'hui à Paris pour une réunion de travail.