L'action humanitaire en Indonésie après le passage du tsunami

22 avril 2005
02m 44s
Réf. 04685

Notice

Résumé :

Après le passage du tsunami en Asie du Sud-Est en 2004, de nombreuses associations humanitaires (dont Médecins Sans Frontières) se sont rendues sur place afin de venir en aide aux victimes, grâce à un élan de générosité internationale sans précédent.

Date de diffusion :
22 avril 2005
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Contexte historique

L'association Médecins sans Frontières a été créée le 22 décembre 1971. C'est une Organisation Non Gouvernementale (ONG) à but humanitaire indépendante de toute autorité politique et religieuse et ses financements sont d'origine privée à plus de 80%. Elle a été fondée par des médecins français dont les objectifs rompaient avec la tradition de réserve et de neutralité instaurée jusque là par la Croix Rouge. Au nom du droit d'ingérence humanitaire (reconnu en droit international depuis 1988), ses membres entendent utiliser les médias afin d'alerter l'opinion publique internationale sur les situations de crises (alimentaires, armées..) à travers le monde. Ils s'accordent le droit d'intervenir en ne tenant pas compte du principe de souveraineté nationale si l'urgence humanitaire l'exige.

En 1980, Bernard Kouchner, un des fondateurs de l'association, en désaccord sur la stratégie médiatique à adopter, fait scission et crée une autre organisation : Médecins du Monde. L'association MSF est intervenue après des catastrophes naturelles importantes (famine en Ethiopie en 1984 ; séisme en Arménie en 1988) ou lors de conflits armés (1ère guerre d'Irak en 1991 ; génocide au Rwanda en 1994, guerre en ex-Yougoslavie en 1995). En 1999, l'association reçoit pour l'ensemble de ses actions le Prix Nobel de la Paix. Depuis lors, les lieux d'intervention des ONG telles que MSF ne manquent pas : on peut citer la guerre au Darfour depuis 2004 ou le tsunami en Asie du Sud-Est du 26 décembre 2004. Cette catastrophe a touché notamment l'Inde, l'Indonésie, le Sri Lanka et le sud de la Thaïlande et fait plus de 200 000 morts. L'élan international de générosité a été d'une ampleur sans précédent : 300 millions d'euros récoltés en France et plus de 10 milliards à l'échelle mondiale. Un débat s'est ouvert depuis sur l'utilisation des fonds collectés.

Médecins Sans Frontières a suscité une vive polémique en déclarant dès janvier 2005 que l'ensemble des sommes reçues ne pourraient être dépensé. L'ONG a alors demandé à ses donateurs l'autorisation de reverser le surplus des dons (qui s'élevaient au total à 40 millions d'euros) à des causes moins médiatisées (Darfour, Congo). D'autres associations comme Médecins du Monde ont depuis suivi son exemple. Sur place, après une première phase d'urgence (mise à l'abri des populations, ravitaillement), le travail des ONG s'est inscrit sur le temps long : reconstructions des maisons, des écoles, aide psychologique, formation agricole...

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage est diffusé au journal télévisé de France 2 en avril 2005. Il présente ici aux téléspectateurs un exemple de l'utilisation faite des sommes records collectées quatre mois plus tôt. Le commentaire du journaliste s'appuie sur des images d'illustration : on voit des pêcheurs en train de reconstruire leurs bateaux au bord de l'eau, des ruines près desquelles jouent les enfants, des plans larges sur les rues du village.

Les entretiens avec le responsable logistique de Médecins Sans Frontières et avec un pêcheur permettent de comprendre l'importance de l'aide à la reconstruction fournie par les Organisations Non Gouvernementales (ONG). On peut d'ailleurs noter que MSF, spécialisée dans les actions médicales, diversifie ici ses activités (construction de bateaux). L'intervention des militaires indonésiens, filmée de manière clandestine, nous laisse appréhender les limites de l'action humanitaire. Les autorités locales gardent le contrôle des opérations et peuvent ainsi à tout moment freiner le travail des associations présentes sur place.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Béatrice Schönberg
En Indonésie, 4 mois après le raz-de-marée qui a dévasté la région de Banda Aceh, la reconstruction avance à tout petits pas. Les organisations humanitaires, comme Médecins sans Frontières, se sont installées sur la côte est de Sumatra, dans une zone moins alimentée par l'aide internationale. Reportage près de Sigli avec Stephan Breitner et Gilles Jacquier.
Stephan Breitner
Pasirawa, c'était un petit village de maisons en briques avec vue imprenable sur la mer turquoise. Ici vivaient un millier de pêcheurs. Aujourd'hui, il n'en reste que 500, tout au plus. La flotte a été presque totalement détruite, les maisons englouties ou balayées par les flots. Heureusement, depuis 2 mois, il y a de nouveau de l'espoir. Sous ces quelques bouts de toile plantés au milieu des ruines, pêcheurs et charpentiers fabriquent toute la journée. Celui qui veille à la production, c'est Pierre-Yves Simon de Médecins sans Frontières. L'organisation humanitaire pilote deux projets dans les hôpitaux de Sigli, la grande ville d'à côté. Mais les bateaux, c'est une grande première.
Pierre-Yves Simon
On n'est pas une, une organisation de développement de bateaux, on n'y connaît rien. Nous, ce qu'on a voulu, c'est donner l'impulsion première, en identifiant quelque chose qui nous paraissait important.
Stephan Breitner
Reconstruire des bateaux, des petits bateaux, mais qui leur sont indispensable pour retrouver, pour retrouver une vie normale. Ce devait être un grand moment cet après-midi-là. 16 bateaux tout neufs attendaient d'être distribués aux pêcheurs. Mais l'armée indonésienne est venu gâcher la fête, et rappeler que dans la province d'Aceh, une guerre contre les indépendantistes dure depuis 30 ans. Les militaires ont rassemblé tout le village sur un bout de pelouse. Ils sont, disent-ils, à la recherche d'un groupe de rebelles. Evidemment, interdiction nous a été donnée de filmer. Après 2 heures d'attente, et un sermon du commandant sur la nécessité de dénoncer les traîtres, chacun retrouve sa liberté et le bord de l'eau. Une péripétie qui ne perturbe pas les pêcheurs, ils ne sont plus à un jour près pour avoir leur embarcation.
Inconnu
Ce qui compte c'est d'avoir un bateau, et grâce aux Français ça va beaucoup plus vite qu'avec les autorités locales. Je ne peux pas attendre plus longtemps pour recommencer à gagner ma vie.
Stephan Breitner
Médecins sans frontières ne s'est pas installé ici par hasard. Dans cette zone moins touchée par le tsunami, il y a aussi moins d'ONG, donc plus de travail. MSF compte rester en Indonésie au moins un an. Sur la somme record de 102 millions d'euros de dons, seulement un quart sera dépensé. Le reste, 75 millions, va être réaffecté à d'autres projets, dans d'autres pays. En théorie, les 400 ONG présentes en Indonésie doivent quitter le pays au plus tard le 27 mai. Mais à de rares exceptions près, toutes ont demandé une prolongation de mission, qui devrait leur être accordée, cette fois ci, pour une longue durée.