Journée mondiale de la liberté de la presse

03 mai 2005
02m 37s
Réf. 04686

Notice

Résumé :

Instaurée par l'ONU en 1993, la "Journée mondiale de la liberté de la presse" permet chaque année de rappeler les atteintes portées contre les journalistes et la nécessité de défendre ce droit d'expression fondamental pour la démocratie.

Date de diffusion :
03 mai 2005
Thèmes :

Contexte historique

La liberté d'expression est un droit fondamental inscrit dans l'article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 : "Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit". En décembre 1993, l'Assemblée Générale des Nations Unies a instauré une "Journée mondiale de la liberté de la presse", célébrée le 3 mai (date d'adoption de la Déclaration de Windhoek, affirmant le rôle essentiel d'une presse indépendante et pluraliste pour le maintien de la vie démocratique d'un pays). Chaque année, cette journée permet de mettre l'accent sur la nécessité de préserver la liberté de la presse et sur les atteintes au libre exercice des fonctions de journalistes dans certains pays (reporters emprisonnés ou tués, médias censurés).

L'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture) prend en charge différents programmes d'action afin de sensibiliser le public. Des organisations internationales comme "Reporters sans frontières" (RSF) profitent de cette journée pour récolter des fonds (vente d'albums photos) et dénoncer les "prédateurs de l'information" (dirigeants politiques responsables de la censure de la presse dans leur pays). Dans ses rapports annuels, RSF recense ainsi pays par pays les violations faites au principe de liberté de l'information. En 2007, 86 journalistes ont été tués, 887 emprisonnés, 67 enlevés et 1511 agressés ou menacés. Le nombre de journalistes assassinés n'a pas été aussi important depuis 1994 (tués principalement au Rwanda, en ex-Yougoslavie et en Algérie). L'année dernière, plus de la moitié sont morts en Irak : selon RSF, ce conflit est plus meurtrier pour les journalistes que ceux de la décennie précédente. En 2007, plus de deux journalistes par jour ont été emprisonnés, notamment en Chine et à Cuba.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Le portrait de Soro Solo, journaliste ivoirien, menacé de mort et exilé en France, permet ici d'illustrer la nécessité de défendre la liberté de la presse. En partant d'un cas particulier, les journalistes cherchent à sensibiliser les téléspectateurs du 19/20 aux dangers pris pour exercer ce métier dans certains pays. Le sujet n'est cependant pas anecdotique et l'interview de Soro Solo met en perspective les différentes menaces qui pèsent sur les médias dans le monde entier : intimidation physique, mais également liens entre groupes de presse et industriels. En France, le groupe Bouygues détient TF1 et plusieurs chaînes de télévision numérique, le groupe d'Arnaud Lagardère possède ou détient une participation dans de nombreux journaux et stations de radios (Europe 1, Elle, Paris Match, Le Monde... ) : il faut donc faire preuve de vigilance pour parvenir à dissocier les intérêts de ses groupes financiers et l'indépendance éditoriale de leurs filiales "médias".

Le reportage évoque également l'action de Reporters sans Frontières ( RSF). A l'époque, l'association menait une action en faveur de reporters français enlevés en Irak puis libérés (Christian Chesnot et Georges Malbrunot d'août à décembre 2004) puis Florence Aubenas (de janvier à juin 2005). On peut noter que RSF a fait parler d'elle au printemps 2008 par ses actions en faveur du boycott des JO de Pékin, pour protester contre la censure des journalistes en Chine.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Elise Lucet
La journée mondiale de la liberté de la presse, avec une année noire en 2004 pour les journalistes. 53 reporters ont en effet été tués, notamment en Irak, qui devient le conflit le plus meurtrier pour la presse, depuis la guerre du Vietnam. Mais beaucoup de nos confrères sont aussi empêchés d'exercer leur métier et contraints à l'exil. Le reportage de David Arnold et Fabrice Launay.
David Arnold
Soro Solo a du fuir la Côte d'Ivoire il y a 2 ans et demi. En janvier 2003, il atterrit ici, dans la maison des journalistes, un lieu d'accueil pour reporters exilés, un lieu de rencontre aussi.
Soro Solo
[incompris]
Inconnue
Ça va ?
Soro Solo
Comme tu vois, ça va à pied.
David Arnold
Dans son pays, ce journaliste de 53 ans animait une émission de radio, dans laquelle ses auditeurs dénonçaient les abus du pouvoir. Interpellé plusieurs fois, on l'accuse de vouloir déstabiliser l'Etat, sa vie est menacée.
Soro Solo
C'était le 18 octobre 2002 à 14 heures 30, au cimetière de Williamsville, c'est un des quartiers populaires d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire, où les gendarmes sont venus et ont abattu 2 de mes cousins, j'étais parti 10 - 15 minutes plus tôt. Et les deux personnes qu'ils ont tiré, portant le même nom patronymique que moi, ils ont été abattus.
David Arnold
Soro envoie sa famille à l'étranger et s'exile en France. Aujourd'hui pigiste à RFI, il ne vit plus dans la maison des journalistes mais il s'y rend souvent pour se faire des contacts ou consulter des journaux. Pour lui, les atteintes à la liberté de la presse existent aussi dans les grandes démocraties, même si elles sont plutôt liées à des intérêts financiers.
Soro Solo
Dès l'instant où un groupe de presse est racheté par un vendeur d'armes, est-ce qu'il peut se permettre de dénoncer et de dire l'incidence de la production d'armes dans les pays africains où il y a la guerre. Bien entendu il y a une forme d'autocensure ou de censure qui ne dit pas son nom...
David Arnold
La Côte d'Ivoire et ses milices ont été épinglés cette année par Reporters sans frontières, sur la liste des 34 prédateurs de la presse. Dans son rapport annuel, RSF souligne que les journalistes sont devenus des cibles.
Robert Ménard
Quand on tue des journalistes au Pérou, quand on tue des journalistes au Mexique, quand on tue des journalistes aux Philippines en dehors des zones de guérilla, on tue pas des journalistes parce que c'est la guerre, on tue des journalistes parce qu'ils dérangent.
David Arnold
RSF rappelle enfin que les prises d'otages continuent. Florence Aubenas et son guide sont détenus depuis 118 jours. Cet après-midi, Jean-Pierre Raffarin déclarait que les contacts avec les ravisseurs étaient parfois interrompus mais toujours rétablis. Selon le gouvernement français, Florence Aubenas est bien vivante.
Elise Lucet
Et si vous voulez soutenir l'action de Reporters sans frontières, vous pouvez acheter dans tous les kiosques, l'album de photos de l'association. Les clichés sont signés Jean-Loup Sieff, les fonds ainsi recueillis serviront à aider nos confrères en difficulté. Revenons...