L'impact des sondages sur les élections présidentielles depuis 1995

07 avril 2007
03m 07s
Réf. 04700

Notice

Résumé :

La place croissante faite aux sondages par les médias au cours des campagnes électorales pose la question de leur impact sur le comportement politique des Français.

Date de diffusion :
07 avril 2007
Lieux :

Contexte historique

Les sondages d'opinion peuvent être utilisés par des entreprises ou des médias dans le cadre d'une enquête de satisfaction. La méthode la plus fréquemment utilisée consiste à former un échantillon représentatif de l'ensemble de la population (sur la base des recensements effectués par l'Insee). En terme d'opinion politique, les sondeurs prennent en compte une marge d'erreurs car il existe de nombreux biais : évolution des intentions de vote entre deux sondages, refus d'avouer un vote aux extrêmes...

La multiplication des sondages d'opinion, surtout en période électorale, amène à s'interroger sur leur impact sur le débat public. Certains chercheurs en sciences sociales (dont Pierre Bourdieu) ont dénoncé l'influence des sondages dans la formation d'une "opinion publique" difficilement saisissable. Les médias utilisent cependant de plus en plus cet outil pour parler de l'évolution des intentions de vote, sans pour autant en rappeler les limites. A plusieurs reprises, les sondages ont d'ailleurs démontré qu'ils ne pouvaient servir de baromètre précis : en 1995, les principaux instituts annonçaient Edouard Balladur au second tour. En 2002, Lionel Jospin était placé devant Jean-Marie Le Pen. Ces erreurs n'ont pas empêché les médias d'exploiter à nouveau cet outil lors de la dernière campagne présidentielle.

Face à de possibles abus, des mesures ont été mises en place afin de mieux surveiller l'utilisation des sondages. Créée en 1977, une Commission des sondages veille à la conformité des sondages publiés avec les normes en vigueur. Elle publie des communiqués afin de rappeler à l'ordre en cas de dérive dans l'utilisation des sondages. Au cours de la campagne présidentielle de 2007, elle a ainsi mis en garde les journalistes contre une lecture erronée des sondages (sans tenir compte d'une marge d'erreurs importante). L'interdiction de publication de sondages à une semaine de l'élection est également une mesure limitative. Elle est toutefois remise en cause par l'utilisation croissante d'internet : en mai 2007, des sondages sortis des urnes étaient disponibles sur des sites internet étrangers (et même sur certains blogs en France, de manière illégale).

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

La publication de nombreux sondages au cours de la campagne présidentielle de 2007 a conduit la rédaction de France 3 à diffuser un sujet sur leur possible impact sur l'électorat. Le reportage s'appuie d'abord sur des images d'archives : on revoit Nicolas Sarkozy en 1995, au soir du premier tour de l'élection présidentielle. Les images d'illustration qui leur succèdent (vues sur une foule de passants) permet à la journaliste de poursuivre sa réflexion sur l'efficacité des sondages. Elle s'intéresse au mode de fabrication d'un sondage : les images sont tournées à l'intérieur d'une centrale téléphonique avec des plans resserrés sur une opératrice dont on peut suivre la conversation avec une des personnes interrogées. Le commentaire explique de manière très claire les biais liés à ce type d'enquête. La Commission sur les sondages (dont un des membres est interrogé) demande d'ailleurs de manipuler les chiffres avec le plus de précaution possible.

L'entretien avec le journaliste Nicolas Jallot permet de déplacer la problématique : ce n'est pas la méthode de fabrication des sondages qui est en cause mais leur utilisation par certains journalistes qui y voient une photographie de l'état de l'opinion publique. En cabine de montage, le journaliste explique les effets pervers des sondages à répétition sur le débat public. La journaliste conclut sur la volatilité d'une partie de l'électorat encore indécise. Les sondages sont donc peu significatifs mais influencent la stratégie des hommes politiques et peuvent également intervenir comme un des critères de choix pour l'électeur.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Présentateur
Et à chaque jour son sondage. Ce matin dans le Figaro le baromètre SOFRES indique que les écarts se resserrent entre les quatre principaux candidats, Sarkozy à 28% et Royal à 23.5 sont en légère baisse, Bayrou et Le Pen, eux, progressent, avec respectivement 20 et 13% d'intention de vote. La campagne présidentielle va battre le record des enquêtes d'opinions publiées, on en discutera dans un instant avec Stéphane Rozès, de l'institut CSA, Et comme toujours, ressurgit l'éternelle question de l'impact des sondages sur l'élection, Bénédicte Doré, Karine Dubois.
Bénédicte Doré
1995, tous les sondages donnent gagnant Edouard Balladur. Au soir du premier tour, il est troisième, et son conseiller de l'époque, Nicolas Sarkozy, règle ses comptes.
Nicolas Sarkozy
La première victime ce soir, ce sont les instituts de sondages qui ont été dans leur immense majorité complètement balayés dans leurs prévisions.
Bénédicte Doré
Les sondages font-ils une élection, ont-ils une trop importante influence ? Depuis 1995, ils envahissent les médias, les partis politiques, et surtout l'opinion publique. Dans ce centre d'appel, quelques dizaines de sondeurs interrogent un échantillon représentatif de la population française, selon les critères très précis donnés par l'INSEE.
Inconnue
C'est tout à fait anonyme, c'est vraiment juste pour les statistiques.
Bénédicte Doré
Un millier de personnes sont ainsi sondées, au hasard chaque fois, et l'institut récupère les données brutes. Les chiffres bruts sont ainsi pondérés, c'est ce qu'on appelle le redressement. Exemple avec Jean-Marie le Pen : les réponses le concernant tournent autour de 4% d'intentions de vote, mais dans les publications, il est crédité de 16%. Une méthode indispensable pour s'approcher de la réalité. C'est ici, au Conseil d'Etat, que les données publiées sont en permanence vérifiées afin d'éviter, entre autre, toute manipulation.
Matthias Guyomar
Alors nous contrôlons l'ensemble du travail qu'ils font, depuis la constitution de l'échantillon, son caractère représentatif, jusqu'au critère de la méthode retenue. Par exemple, les redressements, dont on entend souvent parler. Et nous contrôlons à la fois la pertinence de ces redressements et la constance de la méthode d'une vague à l'autre.
Bénédicte Doré
Pour le journaliste Nicolas Jallot, la manipulation se fait dans l'utilisation de ces sondages. Dans un documentaire, il raconte comment les études de dernière minute sont utilisées par les partis pour mobiliser l'électorat, comment elles influencent l'opinion et les électeurs.
Nicolas Jallot
On assiste à un commentaire sportif, c'est-à-dire qu'aujourd'hui ce qui compte dans les sondages, c'est de savoir qui est premier, qui est second, qui est l'outsider, qui va dépasser l'autre etc. Et les gens assistent à une course à l'élection présidentielle et non plus à un débat comme il avait lieu autrefois, pour savoir qui sera le meilleur président pour la France.
Bénédicte Doré
Aujourd'hui, plus de la moitié des personnes interrogées se disent indécises sur leur vote. D'ici le 22 avril, les chiffres peuvent donc changer ou s'inverser, mais le sondage, instrument redoutable, fait partie de la stratégie politique.