L'Exposition coloniale de 1931 à Vincennes

06 mai 1931
3m 15s
Réf. 04713

Notice

Résumé :

L'Exposition coloniale inaugurée en mai 1931 à Vincennes permet de montrer aux visiteurs les richesses et les splendeurs de la "plus grande France", les territoires colonisés par la France depuis plusieurs siècles sur les cinq continents.

Type de média :
Date de diffusion :
06 mai 1931
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Contexte historique

A partir de la fin du XIXe siècle, la IIIe République ne cesse de multiplier les initiatives pour convaincre les Français de l'intérêt politique, économique et social de l'empire colonial. Lors de l'Exposition universelle de 1889, une cité exotique est par exemple édifiée sur le Champ-de-Mars, avec un pavillon célébrant les colonies et protectorats français. Progressivement, des manifestations spécifiques, ayant pour unique objet l'Empire colonial, sont organisées, comme par exemple à Marseille en 1906. Un "Comité national des expositions coloniales en France, aux colonies et à l'étranger" prévoit d'organiser régulièrement ce genre d'expositions. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Paris revendique le soin de préparer une exposition à dimension internationale. Une loi est votée en ce sens le 7 mars 1920.

Le maréchal Lyautey, qui a construit toute sa carrière dans les différents territoires de l'Empire (Algérie, Indochine, Madagascar, Maroc), est nommé commissaire général en 1927 ; la date est fixée à 1931 et le site choisi est celui du Bois de Vincennes. D'énormes travaux sont entrepris pour accueillir cette exposition : la ligne 8 du métro est prolongée, les boulevards Soult et Poniatowski et l'avenue Daumesnil sont agrandis, la Porte Dorée, qui doit constituer l'entrée principale de l'Exposition, devient une large esplanade tandis que 8 kilomètres d'allées nouvelles sont tracées dans le bois de Vincennes. A proximité de l'exposition un "musée des Colonies" est prévu. La pose de la première pierre a lieu le 5 novembre 1928 : pendant plus de deux ans, les 110 hectares situés autour du lac Daumesnil deviennent un énorme chantier. L'inauguration de l'exposition par le président Doumergue et le maréchal Lyautey a lieu le 6 mai 1931.

L'Exposition est un véritable succès : plus de 8 millions de visiteurs se pressent dans les allées du bois de Vincennes, certains revenants plusieurs fois (30 millions de billets vendus). Arrivant par la grande esplanade de la Porte Dorée, scandée de palmiers, les visiteurs découvrent tout d'abord le musée des Colonies, construit pour l'occasion et rappelant les différentes phases de la conquête coloniale. Ils peuvent ensuite admirer les pavillons des vieilles colonies (Côte française des Somalies, Indes françaises, Guyane, Antilles) et ceux des missions catholiques et protestantes, avant de se diriger vers le pavillon de l'Indochine, avec une reproduction à l'échelle exacte du temple d'Angkor Vat, qui occupe 5000 mètres carrés et s'illumine à la tombée de la nuit (l'exposition est ouverte jusqu'à minuit). En continuant leur chemin, les visiteurs parviennent ensuite au deuxième fleuron de l'exposition, le pavillon de l'AOF et son palais fortifié inspiré de celui de Tombouctou. En face se trouve le pavillon plus modeste de l'AEF avec sa forme de case conique. Après le pavillon de Madagascar dominé par une "tour des bucranes" se trouvent les bâtiments des territoires nord-africains : un grand palais imité des architectures palatiales de Marrakech constitue le pavillon du Maroc. La Tunisie possède également son palais, avec une reconstitution fidèle des souks, le pavillon de l'Algérie se distingue par son minaret caractéristique.

Après les possessions françaises se trouvent les pavillons étrangers d'une exposition présentée comme internationale : pavillon du Congo Belge, des colonies africaines appartenant à l'Italie (avec notamment une reconstitution de la basilique de Leptis Magna), de l'Indonésie hollandaise (comprenant un théâtre balinais), des colonies portugaises en Afrique (Mozambique, Angola). Les Etats-Unis participent également à l'exposition avec une reconstitution de la maison de Georges Washington à Mount Vernon. L'Empire britannique constitue le grand absent de l'Exposition car les Anglais ont refusé d'y participer. Après 5 mois d'ouverture, le bilan de l'Exposition est tel que l'on songe un moment à maintenir en l'état tout ou partie des pavillons pour une exposition permanente. Mais les autorités reculent devant les sommes qu'il faudrait engager pour l'entretien des bâtiments. Seul, comme prévu, le "musée des Colonies" est maintenu après l'Exposition coloniale.

Quelques voix discordantes se font toutefois entendre : des manifestants indochinois distribuent des tracts aux abords du bois de Vincennes pour dénoncer la répression menée par la France en Indochine tandis que le parti communiste organise aux Buttes-Chaumont une contre-exposition visant à dénoncer l'exploitation coloniale (mais celle-ci ne recevra que quelques milliers de visiteurs). Au final, l'Exposition coloniale constitue une étape essentielle pour convaincre une majorité des Français de l'importance de l'Empire et du lien entre son maintien et la grandeur de la France, d'autant qu'en 1931 le pays s'enfonce dans la crise économique et fait le choix d'un repli important sur l'Empire. Par la fascination qu'elle a pu exercer sur le public, l'Exposition coloniale est également un témoin de l'intérêt pour les cultures d'ailleurs et l'exotisme.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Ce reportage constitue une sorte de "visite guidée" de l'exposition coloniale, en suivant l'itinéraire principal qu'empruntent des millions de visiteurs et en montrant les pavillons et les reconstitutions les plus importantes. La présence de nombreux enfants sur les images montre que l'on vient en famille à cette Exposition particulièrement attractive et qui accueille 8 millions de visiteurs. Afin de mieux mettre en valeur les différents monuments de l'Exposition, les images sont selon les cas aplaties ou élargies. Elles permettent également de rappeler que l'Exposition coloniale n'est pas qu'un musée grandeur nature mais également une véritable foire pour les visiteurs, une fête permanente, avec ses attractions (la possibilité de faire un tour de chameau par exemple), ses spectacles, ses manèges, ses restaurants, ses stands divers. Ce sont aussi ces activités de délassement et de loisirs, s'ajoutant à la visite plus pédagogique des pavillons coloniaux, qui font le succès de l'Exposition, notamment lors des mois d'été (ouverte jusqu'à minuit, l'Exposition devient à la nuit tombée une féérie d'eau et de lumières).

On aperçoit enfin à travers ces images la présence "d'indigènes" (spahis, tirailleurs sénégalais par exemple) : ils sont plusieurs centaines à participer ainsi au spectacle de la "plus grande France" (piroguiers de Dahomey, danseuses de Bali, musiciens des Antilles, artisans des souks, chameliers du Niger, troupes indigènes...), intervenant ponctuellement dans un spectacle ou étant tout simplement consignés chaque jour à leur poste avec interdiction de quitter l'espace de l'Exposition. Plusieurs pavillons cherchent à recréer une "ambiance locale" pour les visiteurs, comme par exemple le pavillon tunisien avec la reconstitution d'un véritable souk comprenant ses artisans au travail et ses vendeurs au milieu de ruelles étroites et mal pavées.

On remarque enfin la présence de nombreux drapeaux français auprès des pavillons coloniaux. Ce drapeau constitue le symbole du lien entre deux univers assez lointains : l'Empire et la France. Il doit convaincre les Français que ces peuples colonisés viennent renforcer la nation, et montre que cette nation affirme son autorité sur l'outre-mer. Il symbolise enfin une certaine pacification de l'Empire alors qu'en réalité, de l'Indochine au Maghreb, gronde déjà un mouvement nationaliste qui, quinze ans plus tard, réclamera l'indépendance et la fin de la présence française.

Emeline Vanthuyne

Transcription

[Musique]

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