L'exploitation du bois d'okoumé en AEF

1947
03m 07s
Réf. 04716

Notice

Résumé :

En AEF, la main d'œuvre indigène travaille dans la forêt gabonaise à la découpe du bois d'okoumé, puis à son transport jusque dans les scieries de Port-Gentil, où il sera découpé en fines lames de contreplaqués, avant d'être envoyé en métropole.

Type de média :
Date de diffusion :
1947

Contexte historique

Derrière les arguments "humanistes" parfois avancés pour justifier la colonisation (nécessité d'apporter le progrès et la civilisation aux populations sous développées), la principale motivation de la conquête coloniale est économique : la "colonisation est fille de la politique industrielle" lançait ainsi Jules Ferry en 1885. Sans nier l'existence de réalisations européennes en matière de scolarisation, d'équipements et d'action sanitaire, il est évident que les métropoles ont surtout orienté la mise en valeur des colonies au mieux de leurs intérêts, exploitant à moindre coût les richesses naturelles, minières et énergétiques nécessaires à l'industrie européenne et profitant de l'utilisation d'une main-d'œuvre bon marché ou gratuite, travaillant dans des conditions souvent inhumaines.

Si l'exploitation économique des métropoles s'est mise en place avant 1914, elle s'est surtout développée au cours de l'entre-deux-guerres : les années 1920, période de reconstruction et de croissance, entraînent un besoin important de matières premières pour satisfaire les besoins de l'industrie française, tandis que la crise des années 1930 conduit à un repli de la France sur son empire colonial. La date de ce reportage sur l'exploitation en AEF du bois d'okoumé (essentiellement utilisé à la fabrication du contreplaqué) est importante puisqu'elle se place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que la France doit faire face à l'important défi de la reconstruction. Or, après avoir en partie servi à libérer la France, l'Empire doit à nouveau jouer un rôle essentiel pour la reconstruction grâce à son réservoir de matières premières. Après l'humiliante défaite de 1940 et quatre années d'occupation allemande, les Français apparaissent ainsi en majorité attaché à l'Empire parce qu'ils ont le sentiment qu'il permettra à la France de redresser la pente et de redevenir une grande puissance.

Dans les faits pourtant, des historiens ont montré que l'Empire n'est pas une "si bonne affaire" que cela : les matières premières sont achetées à un cours parfois supérieur aux cours mondiaux, tandis que les investissements nécessaires à réaliser sur place sont très coûteux. L'Empire devient même une "très mauvaise affaire" à partir du moment où la France s'enlise dans de véritables guerres coloniales (Indochine, Algérie) qui accélèrent considérablement l'inflation sous la IVe République.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

L'objectif premier du reportage est de montrer toute l'importance sur le plan économique pour la France d'avoir un Empire, alors que le pays continue en 1947 de souffrir de nombreuses pénuries (restrictions et rationnement sont maintenus après la Libération) et doit faire face à une reconstruction lente et difficile.

Le commentaire insiste ainsi sur les nombreux usages qui peuvent être faits du contreplaqué obtenu à partir du bois d'okoumé, notamment dans certains secteurs particulièrement stratégiques en cette période de reconstruction : construction d'avions, de meubles, de maisons. Mais si le reportage cherche surtout à convaincre les spectateurs de l'utilité de l'Empire, les images permettent aussi de voir les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles travaille la main-d'œuvre indigène. Le milieu naturel (forêt équatoriale) est plutôt hostile, propice aux maladies, tandis que le travail de découpe et de transport du bois se fait de manière artisanale, sans machine, ce qui le rend très épuisant et très difficile physiquement. Cette main-d'œuvre apparaît largement exploitée, très mal payée, utilisée dans des conditions proches du servage et souvent réquisitionnée de force.

Si le reportage montre la transformation du bois en fines lames de contreplaqué dans une scierie située à Port-Gentil, les matières premières exploitées dans les colonies sont importées directement en France pour y être transformées dans des usines situées en métropole et servir à différents usages industriels. Ce système d'exploitation contribue à maintenir les colonies dans une situation de sous-développement industriel. L'absence de toute structure industrielle importante sur place constitue un handicap considérable pour le développement économique des colonies après leur indépendance.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Présentateur
De la roue caoutchoutée à l'aile de contreplaqué, les produits de l'AEF font la guerre. Engins gracieux et terribles comme leurs ancêtres les frégates, les avions Mosquitos sont en bois. Un avion n'est pas fabriqué de [INCOMPRIS] comme un tonneau, il est en contreplaqué. Et la forêt équatoriale est une mine d'avions. L'okoumé est le roi de la forêt gabonaise. Sur quinze mètres de long, deux mètres de diamètre, le tronc n'offre pas une bosse, pas une branche, pas un noeud. De son bois rose veiné, souple, on tire des poutres, des planches et du plaquage.
(Musique)
Présentateur
Le grand corps gisant est tronçonné, ce n'est plus que du bois en grume, trois billes sans défaut. Il s'agit à présent de les acheminer.
(Musique)
Présentateur
Trente tonnes de bois remorquées par une minuscule automotrice jusqu'à la rivière. Et c'est la mise à l'eau.
(Musique)
Présentateur
Les billes oscillent doucement et se groupent comme des crocodiles endormis à demi immergés. On les amarre, et un remorqueur entraînera le radeau vers l'usine.
(Musique)
Présentateur
Quatre cent mille tonnes de billes peuvent ainsi descendre chaque année les rivières du Gabon.
(Musique)
Présentateur
A l'arrivée à Port-Gentil, les treuils à vapeur s'emparent des billes. Certaines sont entraînées vers les scieries. D'autres sont fixées sur des tours géants, et on assiste à la fascinante opération du déroulage. La bille d'okoumé est attaquée par une lame, et la précision de l'appareil est telle que l'effet sur les feuilles est réglé au millimètre.
(Bruits ambiants)
Présentateur
La feuille est découpée en rectangles de un mètre sur deux. Séchée à la vapeur, mis en caisse à claire-voie, elle est expédiée outre mer à l'usine où trois feuilles seront ajustées et collées à contre-fil, d'où le nom de contreplaqué. En Angleterre, on a mis au point une colle synthétique et un procédé de moulage qui permet d'obtenir des formes aérodynamiques aussi variées que possibles. Mais l'aviation n'est pas le seul débouché de cette industrie. Et déjà des bois sont stockés pour fabriquer maisons et meubles que la guerre a détruits.