L'agriculture algérienne

1948
04m 21s
Réf. 04718

Notice

Résumé :

Les consommateurs français peuvent bénéficier d'importants produits agricoles de qualité en provenance d'Algérie. Grâce à la colonisation, l'agriculture algérienne est en effet devenue très moderne, très performante et bien irriguée.

Type de média :
Date de diffusion :
1948

Contexte historique

La date de ce reportage (1948) s'inscrit dans un contexte tout à fait particulier pour en comprendre le sens. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, alors que les premiers craquements se font pourtant sentir dans l'Empire colonial (révolte de Sétif, soulèvement en Indochine, révolte malgache) et que la présence française est de plus en plus contestée, les Français apparaissent globalement très attachés à leurs colonies, notamment à la plus importante d'entre elles, l'Algérie.

Après l'humiliation de la défaite de 1940 et quatre années d'occupation allemande, les Français pensent en effet que l'Empire constitue le principal atout leur permettant de redevenir une grande puissance et d'accélérer la reconstruction. Sur le plan économique, l'Empire apparaît en effet comme une véritable réserve de matières premières et de produits agricoles pour la métropole. Et dans les années qui suivent la fin de la guerre, alors que les ressources agricoles restent très limitées en France (le rationnement alimentaire se maintient après la Libération, jusqu'en 1949), les Français mettent beaucoup d'espoir dans le rétablissement des liens avec l'Empire, qui ont été coupés à la faveur de la guerre, pour améliorer leur approvisionnement alimentaire.

Au sein de cet Empire, l'Algérie occupe bien sûr une place particulière puisque c'est avec elle que les liens de la métropole sont les plus forts (l'Algérie a le statut de département). C'est également la colonie la mieux mise en valeur, notamment sur le plan agricole.

Emeline Vanthuyne

Éclairage média

Tout le sens de ce reportage est de justifier la colonisation par le développement d'une complémentarité et réciprocité sur le plan économique entre la métropole et sa colonie algérienne. Le message dégagé est qu'avant la colonisation, une partie importante des terres en Algérie étaient incultes et l'agriculture se limitait à des techniques traditionnelles et peu performantes. Le colonisateur a permis, par ses travaux d'assainissement des zones marécageuses, par l'irrigation des terres les plus sèches (grâce à la construction de nombreux barrages et canaux) et par l'introduction d'une importante mécanisation (moissonneuses batteuses), le développement d'une agriculture capitaliste, moderne et performante. La mise en valeur de la plaine de la Mitidja est à cet égard exemplaire. En retour, l'Algérie apparaît comme une véritable réserve agricole pour la France, notamment pour les cultures fruitières et céréalières, les agrumes, la vigne.

Derrière ces clichés, la réalité est bien sûr toute autre. Si les Français ont tendance à considérer qu'ils ont "fait l'Algérie", les Algériens de leur côté soutiennent que la France a plutôt "défait" l'Algérie. L'Algérie était un pays prospère sur le plan agricole avant la colonisation. C'est la conquête coloniale, particulièrement violente, qui a contribué à détruire les structures agricoles du pays. De plus, les Européens ont en fait largement confisqué la terre aux musulmans, obligés de travailler comme ouvriers agricoles ou saisonniers dans les grandes exploitations constituées par les propriétaires pieds-noirs.

Enfin, l'agriculture capitaliste qui est présentée dans le reportage cache l'existence d'une agriculture particulièrement duale en Algérie, avec le maintien dans les régions de l'intérieur d'une agriculture traditionnelle, de subsistance, essentiellement laissée aux mains des musulmans, mais qui ne bénéficie pas des progrès et de la modernisation. Cette agriculture ne dégage quasiment pas de bénéfices et ses acteurs s'enfoncent le plus souvent dans la misère. Particulièrement symbolique par exemple est la situation de l'élevage en Algérie, pratiqué surtout par les musulmans, dans les régions les plus pauvres de l'intérieur du pays, et qui loin de progresser, connaît un véritable effondrement : les troupeaux bovins tombent ainsi de 1,1 millions de têtes à 800 000 entre 1911 et 1953, les ovins de 8 millions de têtes à 6 millions au cours de la même période.

Emeline Vanthuyne

Transcription

Présentateur
A l'ombre de l'église de Fourvière, Lyon aussi voit se répandre sur ces marchés aristocratiques ou populaires les plantureuses richesses de la terre algérienne.
(Musique)
Présentateur
Et partout maintenant, les vitrines des magasins de qualité se font honneur de présenter à leur clientèle ces produits choisis dont la sélection certifie ou confirme la qualité et dans la production desquelles l'Algérie tient la première place.
(Musique)
Présentateur
A ces détails riches de couleurs qui ajoutent au spectacle de la rue dans les grandes villes, s'en ajoutent d'autres plus familiers, plus sensibles. Le don de l'Algérie, c'est aussi cette scène classique des jardins publics, c'est aussi cette orange dans une petite main, cette joie dans les yeux d'un enfant.
(Musique)
Présentateur
C'est que tout a changé sur ces terres où voici moins de cent ans, des marécages s'étendaient un peu partout, couvrant des milliers d'hectares de terrain, faisant régner en permanence le paludisme et les épidémies génératrices d'une effrayante mortalité. Qu'on songe en effet que la mort fauchait régulièrement de 30 à 40% de la population européenne. L'Algérie, pouvait-on penser, devait rester en grande partie inculte et sauvage. On comptait sans l'effort français. A force de volonté, d'ingéniosité, de courage et de sacrifice, les marais ont pu être asséchés, les rivières endiguées, et d'immenses espaces rendus aux cultures et à la production. Aujourd'hui, aux endroits où s'étendaient autrefois ces espaces stériles et malsains, s'étendent les vastes cultures qui font de l'Algérie une terre bénie, bienveillante aux hommes. Mais dans ce pays, l'eau est rare, et par conséquent précieuse. Il faut pouvoir conserver celle qui tombe du ciel, qui dévale des pentes, enfle les rivières et les torrents, et se perd dans la mer ou dans les sables. Dans ce but, un gigantesque programme de construction de barrages a été entrepris et réalisé. Chacun de ces barrages réservoirs assure l'irrigation de vastes domaines dont le périmètre englobe quelques vingt mille hectares. Et l'on voit s'étendre chaque année sur les cartes la surface des terres irriguées, grandir les nouveaux domaines livrés à la culture.
(Musique)
Présentateur
Derrière les constructions cyclopéennes de cet ensemble considérable, dont le modernisme et l'importance confèrent à l'Algérie l'une des premières places dans le domaine de l'équipement hydraulique, l'eau des torrents peut s'accumuler pendant la saison des pluies, pour être réservée et employée à bon escient au temps de la sécheresse. Un système étendu de conduites de toutes tailles, allant du large canal à la simple rigole d'irrigation, s'étend et se diversifie dans le périmètre d'action du barrage, pour assurer la fertilité des terres.
(Musique)
Présentateur
Ainsi, dans ces plaines fertiles, dans ces vignes immenses, l'Algérie recueille-t-elle aujourd'hui les fruits des efforts prodigieux de tous ses fils venus de la métropole ou nés dans ce pays, qui communient dans le labeur fécond et l'activité créatrice. Mais à côté de ces immenses domaines voués à des productions de base, l'Algérie devait bientôt s'apercevoir que son sol lui assurait d'autres gages de succès. Sa fertilité et les particularités du climat lui promettaient d'autres destins que ceux d'une Beauce ou d'un Languedoc, terres vouées aux cultures industrielles du blé ou de la vigne. L'Algérie, elle, pouvait se diriger vers la qualité. Et la vendange n'est pas seulement ici la cueillette brutale des grains destinés aux pressoirs, mais le ramassage plus délicat des chasselas, qui peuvent rivaliser avec ceux des treilles les plus célèbres.

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